Les civilization des arabes

Gustave Le Bon (1884) La civilisation des Arabes Livres I : Le milieu et la race. Livre II : Les origines de la civilisation arabe Un document produit en version numérique par Jean-Marie Tremblay, bénévole, professeur de sociologie au Cégep de Chicoutimi Courriel: jmt_sociologue@videotron.ca Site web: http://pages.infinit.net/sociojmt Dans le cadre de la collection: “Les classiques des sciences sociales” Site web: http://www.uqac.uquebec.ca/zone30/Classiques_des_sciences_sociales/index.html Une collection développée en collaboration avec la Bibliothèque Paul-Émile-Boulet de l’Université du Québec à Chicoutimi Site web: http://bibliotheque.uqac.uquebec.ca/index.htm Gustave Le Bon (1884), La civilisation des Arabes : livres I et II. 2 Cette édition électronique a été réalisée par Jean-Marie Tremblay, bénévole, professeur de sociologie au Cégep de Chicoutimi à partir de : Gustave Le Bon (1884) La civilisation des Arabes Livres I : Le milieu et la race. Livre II : Les origines de la civilisation arabe Une édition électronique réalisée à partir de l’article de Gustave Le Bon (1884), La civilisation des Arabes. [Livres I et II] Paris : Firmin-Didot, 1884. Édition réimprimée à Paris en 1980 par Le Sycomore, Éditeur, 1980, 511 pages. Polices de caractères utilisée : Pour le texte: Times, 12 points. Pour les citations : Times 10 points. Pour les notes de bas de page : Times, 10 points. Édition électronique réalisée avec le traitement de textes Microsoft Word 2001 pour Macintosh. Mise en page sur papier format LETTRE (US letter), 8.5’’ x 11’’) Édition complétée le 10 octobre 2003 à Chicoutimi, Québec. Je voudrais remercier M. Roger Deer, bénévole, pour avoir entièrement relu et corrigé ce livre puisque des centaines d’erreurs s’étaient glissées malgré plusieurs lectures attentives. Dans la reconnaissance de caractères du texte, aucun accent n’avait été reconnu. Nouvelle édition complétée le 15 octobre 2003, grâce au remarquable dévouement de M. Deer. Gustave Le Bon (1884), La civilisation des Arabes : livres I et II. 3 Table des matières Introduction I II III Livre premier : Le milieu et la race Chapitre I L’Arabie 1. GÉOGRAPHIE DE L’ARABIE. Limites de l’Arabie. Superficie. Population. Configuration. Montagnes. Cours d’eau. Climats. – 2. PRODUCTIONS DE L’ARABIE. Productions animales, végétales et minérales. Rôle du chameau et du cheval en Arabie. – 3. LES PROVINCES DE L’ARABIE. Connaissances des anciens relatives à l’Arabie. Époque récente à laquelle a été connue l’Arabie. Divisions anciennes et modernes de l’Arabie. Arabie Pétrée. Ses souvenirs bibliques. Nejed. Fertilité de cette province. Hedjaz. La Mecque et Medine. Pays d’Acyr. Yémen. Anciennes relations des habitants de l’Yémen avec l’Égypte, la Perse et l’Italie. Richesse et fertilité de l’Yémen. Hadramaut Mahrah, Oman et haça. Chapitre II Les Arabes 1. L’IDÉE DE RACE D’APRÈS LA SCIENCE ACTUELLE. Valeur des mots de race et d’espèce appliqués à l’homme. Ce qu’il faut entendre par peuple et par race. Comment se forment les races. Influence du milieu, du croisement et de l’hérédité. Stabilité des caractères héréditaires. L’hérédité seule peut lutter contre l’hérédité. Les milieux n’agissent que quand les caractères héréditaires ont été dissociés par des croisements. Résultat des croisements entre les races mélangées en proportions inégales. – 2. IMPORTANCE DE L’ÉTUDE DES CARACTÈRES MORAUX ET INTELLECTUELS DANS LA CLASSIFICATION DES RACES. La langue, la religion, les groupements politiques, les caractères anatomiques ne permettent pas de classer une race. Cette classification doit reposer principalement sur l’étude des caractères moraux et intellectuels. Fixité de ces caractères. Ils déterminent l’évolution des peuples dans l’histoire. Comment le caractère d’un peuple se fixe et se transforme. Pourquoi les caractères des nations modernes sont en voie de transformation. – 3. ORIGINE DES ARABES. Communauté probable d’origine des peuples sémitiques. Ancienne parenté des Juifs et des Arabes. Leurs différences actuelles. – 4. DIVERSITÉ DES POPULATIONS ARABES. Les populations des divers pays arabes diffèrent autant entre elles que celles de l’Europe. Au centre même de l’Arabie, les populations arabes sont très différentes. – 5. DESCRIPTION DES DIVERSES POPULATIONS ARABES. Division fondamentale des Arabes en sédentaires et en nomades. Caractères Physiques des Arabes. Psychologie des Arabes de l’Arabie, de la Syrie, de l’Égypte, de l’Afrique, de l’Espagne et de la Chine Gustave Le Bon (1884), La civilisation des Arabes : livres I et II. 4 Chapitre III Les Arabes avant Mahomet 1. PRÉTENDUE BARBARIE DES ARABES AVANT MAHOMET. La civilisation d’un peuple peut apparaître brusquement dans l’histoire, mais elle résulte toujours d’une élaboration fort lente. Importance de la civilisation de l’Arabie aux temps les plus reculés de l’histoire. Documents mettant en évidence l’importance de cette civilisation. – 2. HISTOIRE DES ARABES AVANT MAHOMET. Période préhistorique. Les plus anciennes traditions de l’Arabie ne remontent pas plus haut qu’Abraham. Sources de l’histoire des Arabes avant Mahomet. Chroniques arabes. Inscriptions assyriennes. Auteurs grecs et latins. Luttes des Arabes contre les Grecs et les latins. Expédition d’Auguste dans l’Yémen. Puissance du royaume d’Hira. L’Arabie a toujours échappé aux invasions. – 3. CIVILISATION DE L’ARABIE AVANT MAHOMET. Indications fournies par la Bible, Hérodote, Strabon, etc. Richesse des palais de Saba. Conformité des renseignements fournis par les auteurs classiques avec ceux des anciens auteurs arabes. Civilisation de l’Yémen. Importance de ses villes et de ses monuments. Ses relations commerciales aux temps bibliques avec les peuples les plus éloignés du monde. Pendant toute l’antiquité classique l’Arabie a servi de trait d’union entre l’Occident et l’Orient. Anciennes routes commerciales de l’Arabie. – 4. LES ANCIENNES RELIGIONS DE L’ARABIE. Diversité des cultes des Arabes avant Mahomet. Documents fournis par les inscriptions assyriennes et celles de Safa. Tous les cultes de l’Arabie avaient pour centre le temple de la Kaaba. Ses trois cent soixante dieux à l’époque de Mahomet. Germes d’unité que présentaient tous ces cultes Livre deuxième : Les origines de la civilisation arabe Chapitre I Mahomet. Naissance de l’empire arabe. 1. LA JEUNESSE DE MAHOMET. Comment fut élevé Mahomet. Ses voyages en Syrie. Sa bonne réputation. Son mariage. – 2. PRÉDICATIONS DE MAHOMET. Visions de Mahomet à l’âge de quarante ans. Il expose sa mission à ses parents et à ses amis. Minime succès de ses prédications pendant dix ans. Persécutions qu’il endure. Il est obligé de fuir à Médine. – 3. MAHOMET DEPUIS L’HÉGIRE. Commencement des succès de Mahomet. Son influence s’étend chaque jour. Premières luttes à main armée. Mahomet s’empare de la Mecque. Il essaie de répandre sa doctrine hors de l’Arabie. Son message au roi des Perses. Derniers moments de Mahomet. – 4. CARACTÈRE ET VIE DE MAHOMET. Psychologie de Mahomet d’après les indications fournies par les chroniqueurs arabes. Sa faiblesse pour les femmes. Ses miracles. État mental de Mahomet. Ses hallucinations. Grandeur des résultats obtenus par Mahomet pendant sa vie Chapitre II Le Coran. 1. RÉSUMÉ DU CORAN. Comment a été composé le Coran. Sa rédaction définitive. Parenté du Coran avec les livres juifs et chrétiens. Son infériorité à l’égard des livres religieux de l’Inde. Extraits divers du Coran. Définition de Dieu. La création du monde. Chute des premiers hommes. L’Enfer et le Paradis. Tolérance extrême du Coran pour les juifs et les chrétiens. Prétendu fatalisme du Coran. – 2. PHILOSOPHIE DU CORAN. SA DIFFUSION DANS LE MONDE. Monothéisme absolu du Coran. De ce monothéisme absolu dérive la simplicité très grande de la religion de Mahomet. Sa simplicité et son absence de mystères la rendent accessible à toutes les intelligences. La clarté des doctrines du Coran, son esprit de charité et de justice ont beaucoup contribué à sa rapide diffusion dans le monde. Importance de l’influence politique et civilisatrice du Coran. Il a survécu à la civilisation créée sous son influence. L’islamisme est encore une des religions les plus répandues à la surface du globe. Liens créés Gustave Le Bon (1884), La civilisation des Arabes : livres I et II. 5 entre des peuples très divers par le Coran. Erreur des historiens sur les causes de la diffusion progressive du Coran dans le monde. Chapitre III Les conquêtes des Arabes. 1. LE MONDE À L’ÉPOQUE DE MAHOMET. État de l’empire d’Orient et de celui des Perses. État de l’Europe. Causes qui rendirent les conquêtes des Arabes faciles. Puissance de l’idéal nouveau créé par Mahomet. Comment les arabes acquirent les connaissances militaires qui leur manquaient. – 2. CARACTÈRES DES CONQUÊTES DES ARABES. Habileté politique des premiers successeurs de Mahomet. Leur tolérance. Modération des conditions qu’ils imposaient aux peuples soumis par eux. Leur respect des croyances, des lois et des usages des peuples envahis. Leur règle de ne jamais imposer le Coran par la force. Conduite d’Omar à Jérusalem. Grandeur de l’influence civilisatrice exercée par les Arabes. Leur religion et leur langue n’ont jamais été déracinées des pays où ils les ont introduites. – 3. LES PREMIERS SUCCESSEURS DE MAHOMET. État de l’Arabie au moment de la mort de Mahomet. Difficultés très grandes que rencontrèrent ses successeurs. Simplicité et austérité des premiers khalifes. Principes d’égalité qu’ils maintinrent d’abord entre tous les Arabes. Débuts des grandes conquêtes des Arabes. – 4. RÉSUMÉ DE L’HISTOIRE DES CONQUÊTES DES ARABES. Leurs conquêtes pendant les premiers siècles de l’hégire. Période d’organisation. Période de dislocation, puis de décadence. Invasion des Mongols. Les peuples qui renversent les Arabes adoptent leur religion et leur langue et essaient de continuer leur civilisation Livre troisième : L’empire des Arabes Chapitre I Les Arabes en Syrie DIVERSITÉ DES CONDITIONS D’EXISTENCE AUXQUELLES SE TROUVÈRENT SOUMIS LES ARABES DANS LES CONTRÉES QU’ILS ENVAHIRENT. Les conditions d’existence différentes auxquelles furent soumis les Arabes ont eu pour résultat un développement très inégal de leur civilisation dans les diverses contrées. La civilisation arabe présente suivant les temps et les lieux des phases d’évolution qui ne peuvent être confondues. – 2. ÉTABLISSEMENT DES ARABES EN SYRIE. État de la Syrie lorsque les Arabes y pénétrèrent. Comment se fit la conquête. Revers d’abord subis par les Arabes. Prise de Damas, de Jérusalem et de toutes les villes importantes. Tolérance déployée par les Arabes en Syrie. – 3. CIVILISATION DE LA SYRIE SOUS LES ARABES. Prospérité de la Syrie sous les Arabes. Tranquilité dont jouissaient les chrétiens. État florissant de l’agriculture, de l’industrie, des sciences et des arts. Parallèle entre cette prospérité de la Syrie et son état de décadence actuelle. – 4. LES MONUMENTS LAISSES PAR LES ARABES EN SYRIE. Importance et antiquité de ces documents. Architectes étrangers employés par les arabes. Physionomie spéciale imprimée aux monuments arabes de Jérusalem et de ses environs. Tour arabe de Ramleh. Monuments arabes de Damas. Les Arabes respectent partout la civilisation existant avant eux. Ils constituent d’abord l’ancienne civilisation, mais lui impriment bientôt un cachet personnel Chapitre II Les Arabes à Bagdad 1. CIVILISATION DES ARABES EN ORIENT PENDANT LE KHALIFAT DE BAGDAG. L’époque du khalifat de Bagdad est une des plus brillantes de la civilisation arabe. Comment, à défaut de monuments, il est possible de reconstituer la civilisation de Bagdad. Renseignements fournis par les chroniqueurs arabes. Civilisation de Bagdad sous Haroun al Rachid et son fils Mamoun. Organisation de l’empire. Gouvernement. Postes. Finances. Administration. Police. Agriculture. Industrie. Universités. Luxe et puissance des khalifes. Ils obligent l’empereur de Constantinople à leur payer tribut. Décadence du khalifat. Ses causes. Fin de la dynastie des Gustave Le Bon (1884), La civilisation des Arabes : livres I et II. 6 Abassides. Influence de la civilisation arabe en Orient. Elle subjugue bientôt les peuples qui avaient tenté de la renverser Chapitre III Les Arabes en Perse et dans L’Inde 1. LES ARABES EN PERSE. Les matériaux qui permettent de reconstituer la civilisation des Arabes varient dans chaque pays. Conquête de la Perse par les Arabes. L’Histoire de la Perse sous leur domination se confond avec celle de Bagdad. Destruction de la puissance des Arabes par les Mongols et les Turcomans. Destruction de tous les anciens monuments de la Perse. Preuve, de l’influence exercée par la civilisation arabe sur la Perse. Influence de leur religion, de leur langue, de leurs connaissances scientifiques et de leur architecture. L’influence des Arabes en Perse fut plus faible que dans la plupart des autres contrées. – 2. LES ARABES DANS L’INDE. Importance très faible de la puissance politique des Arabes dans l’Inde et importance très grande de leur influence civilisatrice. 50 millions d’Hindous adoptèrent la loi du prophète. Puissance et antiquité des civilisations rencontrées par les Arabes dans l’Inde. La civilisation arabe ne se substitue pas dans l’Inde à celle du peuple envahi, mais se fusionne avec elle. Les Arabes sont bientôt remplacés dans l’Inde par diverses dynasties asiatiques qui continuent leurs traditions. L’étude des monuments dans l’Inde montre comment se sont combinées les influences hindoue, perse et arabe. L’importance de chacun de ces éléments varie suivant les époques. Exemples divers. Tour du Koutab. Porte d’Aladin. Mausolée d’Altamesh. Mausolée d’Akbar, à Secundra. Le Tadj Mahal et la mosquée des Perles, à Agra, Palais du grand mogol, à Delhi Chapitre IV Les Arabes en Égypte 1. L’ÉGYPTE AU MOMENT DE L’INVASION DES ARABES. Importance particulière de l’étude des Arabes en ÉGYPTE. l’Égypte est une des contrées où la civilisation arabe s’est entièrement substituée à celle existant avant elle. Solidité et durée de l’ancienne civilisation égyptienne. Les Grecs et les Romains n’avaient pas réussi à la renverser. État de l’Égypte avant les Arabes. Conditions particulières d’existence qu’elle présente. Le sol, le climat et les habitants. – 2. CONQUÊTE DE L’ÉGYPTE PAR LES ARABES. Faible résistance que les arabes rencontrèrent en ÉGYPTE de la part de la population. Résistance de l’armée grecque. Longueur du siège d’Alexandrie. Conduite bienveillante d’Amrou à l’égard des vaincus. Il respecte leurs lois, leurs coutumes et leurs croyances. Protection particulière accordée aux chrétiens. Organisation de la justice, de l’administration, des travaux publics, etc. Résumé de l’histoire de l’Égypte pendant la période arabe. – 3. CIVILISATION DES ARABES EN ÉGYPTE. Éléments d’où fut tirée cette civilisation. Développement des arts et de l’industrie sous les Fatimites. Sources de la richesse des khalifes. L’Égypte était le centre des relations entre l’Orient et l’Occident. Cette source de richesse dura jusqu’à la découverte d’une route par le Cap de Bonne-Espérance. – 4. MONUMENTS LAISSÉS PAR LES ARABES EN ÉGYPTE. Importance de ces monuments. Ils présentent des spécimens variés de toutes les époques, depuis les premiers temps de l’Islamisme. La ville du Caire. Mosquées d’Amrou, de Touloun, d’el Azhar, de Kalaoun, d’Hassan, de l’émir Akhor, d’el Barqouq, de Mouaiad, de Kaït bey. Mosquées modernes du Caire. Autres monuments arabes du Caire. Portes de la ville. Citadelle. Puits de Joseph, etc. Chapitre V Les Arabes dans l’Afrique septentrionale 1. L’AFRIQUE SEPTENTRIONALE AVANT LES ARABES. Anciennes populations de l’Afrique. Toutes les populations désignées sous les noms de Maures, Numides, Libyens, etc., étaient constituées par des Berbères. Dans l’ancienne Afrique tout ce qui n’était pas nègre était berbère. Origine des Berbères. Invasions venues de l’Orient et de l’Occident ayant contribué à les former. Anthropologie des Berbères. Leur langue, leurs coutumes et leurs mœurs. Leurs institutions politiques et sociales. Psychologie des Berbères. Les Berbères se divisent, comme les Arabes, en nomades et sédentaires, et forment aussi deux populations très distinctes. Erreurs Gustave Le Bon (1884), La civilisation des Arabes : livres I et II. 7 professées à l’égard de la nature des différences existant entre les Arabes et les Berbères. Prétendue aptitude spéciale du Berbère à la civilisation. – 2. ÉTABLISSEMENT DES ARABES EN AFRIQUE. Difficultés que présenta aux Arabes la conquête de l’Afrique. Lenteur de la conquête. La conquête de l’Afrique par les Arabes comprend deux périodes distinctes. Immigration d’une population arabe en Afrique au Xle siècle. Désastreuse influence de cette invasion. Division de l’Afrique en royaumes indépendants. – 3. MONUMENTS LAISSÉS PAR LES ARABES DANS L’AFRIQUE SEPTENTRIONALE. Ces monuments sont très inférieurs à ceux qu’ils ont laissé en ÉGYPTE et en Espagne. Mosquées de Biskra, de Kairouan, de Tlemcen, d’Alger et du Maroc Chapitre VI Les Arabes en Espagne 1. L’ESPAGNE AVANT LES ARABES. But des Arabes en entreprenant la conquête de l’Espagne. Nécessité d’occuper au dehors les Berbères. État de l’Espagne au moment des invasions arabes. Faiblesses de la monarchie des Goths. – 2. ÉTABLISSEMENT DES ARABES EN ESPAGNE. Rapidité de la conquête de l’Espagne par les Arabes. Leur modération à l’égard des populations soumises. Les armées envahissantes furent composées d’Arabes et de Berbères. Mélanges en Espagne des Arabes, des Berbères et des chrétiens. Résultats de ce mélange. Résumé de l’histoire politique de l’Espagne pendant la domination arabe. Faiblesse du génie politique des Arabes en Espagne. Grandeur de leur influence civilisatrice. Leur expulsion par les chrétiens. Décadence profonde qui résultat de cette expulsion. – 3. CIVILISATION DES ARABES EN ESPAGNE. Les Arabes transforment entièrement l’Espagne en moins d’un siècle. État prospère de l’industrie, de l’agriculture, du commerce, des sciences, des lettres et des arts sous la domination. Ils placent l’Espagne au premier rang des nations civilisées au moyen âge. Leur influence morale fut aussi grande que leur influence intellectuelle. Parallèle entre les mœurs chevaleresques et celles des Européens de la même époque. Protection accordée aux chrétiens et aux Juifs. – 4. MONUMENTS LAISSÉS PAR LES ARABES EN ESPAGNE. En quoi les classifications actuelles des monuments de l’Espagne ne sauraient être admises. Comment les Arabes, après avoir subi l’influence byzantine, s’y soustraient bientôt. Les monuments des Arabes dans les divers pays présentent des caractères communs, mais diffèrent notablement entre eux. Monuments arabes de Cordoue, Tolède, Séville, Grenade, etc. Chapitre VII Les Arabes en Sicile, en Italie et en France 1. LES ARABES EN SICILE ET EN FRANCE. Caractères différents des invasions arabes dans les divers pays où elles se sont produites. Pourquoi elles ne furent pas civilisatrices en France et ne le devinrent qu’au bout d’un certain temps en Italie et en Sicile. Histoire de l’établissement des Arabes en Sicile. Invasion des Normands, leurs luttes avec la papauté et avec les Arabes. Caractère particulier des guerres de l’époque. Conquête définitive de la Sicile par les Normands. L’influence des Arabes se continue longtemps après la conquête. – 2. CIVILISATION DES ARABES EN SICILE. Prospérité de la Sicile sous les Arabes. Constitution politique de la Sicile. Situation des chrétiens. Agriculture, industrie et commerce. Villes et monuments. – 3. INVASION PAR LES ARABES EN FRANCE. But des nombreuses incursions des Arabes en France. Ils ne cherchent pas à s’y établir d’une façon définitive. Caractère réel de l’invasion d’Abdérame. Sa défaite à Poitiers par Charles Martel. Faibles conséquences de cette défaite. Les chrétiens s’allient bientôt avec les Arabes pour repousser Charles Martel. Après la bataille de Poitiers, les Arabes continuent à occuper pendant deux siècles les villes qu’ils possédaient auparavant. Erreur générale des historiens sur les résultats de la bataille de Poitiers. Pourquoi le cours de l’histoire n’eût pas changé si Charles Martel eût été vaincu. Traces laissées par les Arabes en France dans la langue et dans le sang. Populations françaises descendant des Arabes Chapitre VIII Luttes du christianisme contre l’islamisme. Les croisades. Gustave Le Bon (1884), La civilisation des Arabes : livres I et II. 8 1. ORIGINE DES CROISADES. Terreur qu’inspiraient en Europe les Mahométans à l’époque des croisades. État de l’Europe et de l’Orient au moment des croisades. Difficultés des pèlerinages chrétiens à Jérusalem lorsque les Turcs eurent remplacé les Arabes en Syrie. Prédications de Pierre l’Ermite. – 2. RÉSUMÉ DES CROISADES. Causes qui déterminèrent les populations européennes à s’engager pour la première croisade. Une grande partie de l’Europe valide se précipite sur l’Asie. Prise de Jérusalem. Destruction de la totalité des habitants de la ville. Récits des chroniqueurs chrétiens ; leur opinion sur les croisés. Fondation du royaume de Jérusalem. Décadence rapide de la Syrie sous la domination chrétienne. Jérusalem est reprise par les Mahométans malgré la seconde croisade. Les six nouvelles croisades entreprises par l’Europe pour reprendre Jérusalem échouent complètement. – 3. RÉSULTATS DES CROISADES. Résultats avantageux et résultats nuisibles. Impuissance de l’Europe barbare contre l’Orient civilisé. Influence qu’exerce la civilisation arabe sur l’Europe par l’intermédiaire des croisades. Les croisades accroissent la puissance spirituelle des papes. Comment elles établirent pour plusieurs siècles l’intolérance en Europe. Elles affaiblissent la puissance féodale en France, mais la fortifient en Angleterre et en Allemagne. Extension considérable donnée aux communes par les croisades. Relations commerciales de l’Orient consécutives aux croisades. Ces relations sont l’origine de la puissance de Venise. Influence très grande des croisades sur l’industrie et les arts en Europe. Elles n’exercent qu’une influence très faible sur la propagation des oeuvres scientifiques et littéraires. Le résultat définitif des croisades fut de préparer l’Europe à sortir de la barbarie Livre quatrième : Les mœurs et les institutions des Arabes. Chapitre I Les Arabes nomades et Arabes sédentaires des campagnes. 1. RECONSTITUTION DE LA VIE DES ANCIENS. Comment il est possible de reconstituer la vie des anciens Arabes. Les changements sociaux importants n’affectent que les couches supérieures d’une population. Pourquoi, arrivés à une certaine phase de leur civilisation, les Arabes ont fini par ne plus changer. – 2. VIE DES ARABES NOMADES. Simplicité de l’existence. Absence de besoins. Invariabilité de l’existence des nomades depuis les temps les plus reculés. Leur vie au désert. Occupations habituelles. Travaux des femmes, Campements, etc. – 3. VIE DES ARABES SÉDENTAIRES DES CAMPAGNES. Vie sociale des Arabes sédentaires. Fixité de leurs mœurs et coutumes. Description détaillée d’une population choisie pour type. Mœurs patriarcales. Communauté des biens. Vie de famille. Domesticité. Identité de certaines coutumes avec celles existant déjà aux temps bibliques. Régime légal. Polygamie. Nécessités impérieuses qui empêchent les communautés de se dissoudre. Relations avec les nomades. Obligation de leur payer un tribut pour empêcher leur déprédations, et les avoir pour alliés. Ce tribut représente ce que dépenserait une société civilisée pour l’entretien de magistrats et de gendarmes. Vie domestique des Arabes sédentaires de divers pays. Demeures. Alimentation et repas. Costumes Chapitre II Les Arabes des villes. – Mœurs et coutumes. 1. LA SOCIÉTÉ ARABE. Différences profondes qui séparent les sociétés de l’Occident de celles de l’Orient. Agitation fébrile des unes, sérénité des autres. Absence de rivalités sociales en Orient. Politesse et tolérance très grande pour les hommes et les choses. Modération dans les besoins. Dignité dans toutes les classes. Comment l’état actuel des Arabes des villes peut fournir d’utiles renseignements pour la reconstruction de leur état passé. – 2. LES VILLES ARABES. HABITATIONS. BAZARS etc. Physionomie des villes arabes. La vie extérieure cesse avec le coucher du soleil. La soirée est exclusivement consacrée à la vie de famille. Rues de l’Orient. Douceur des Orientaux à l’égard de tous les animaux. Moyens de transport. Habitations. Description d’un palais de Damas. Maisons d’Algérie, du Maroc et d’Égypte. Pourquoi les Gustave Le Bon (1884), La civilisation des Arabes : livres I et II. 9 demeures arabes présentent des types assez différents dans les diverses contrées. Bazars de l’Orient. 3. FÊTES ET CÉRÉMONIES. Naissances. Circoncision. Mariage, enterrements, etc. 4. COUTUMES ARABES DIVERSES. Bains. Cafés. Usage du tabac et du haschisch, etc. 5. JEUX ET SPECTACLES. Jeux divers des Arabes. Chants et musique. Danses. Almées, etc. – 6. L’ESCLAVAGE EN ORIENT. Idées erronées des Européens sur l’esclavage en Orient. La situation des esclaves en Orient est supérieure à celle des domestiques en Europe. lis peuvent s’élever aux plus hautes fonctions. Ils refusent la liberté que les lois leur accordent. Opinion des Orientaux sur les motifs de l’intervention européenne dans la traite des nègres. Cette traite est moins funeste que l’importation forcée de l’opium en Chine par les Européens Chapitre III Institutions politiques et sociales des Arabes 1. ORIGINE DES INSTITUTIONS DES ARABES. Nécessités qui déterminent les institutions politiques et sociales d’un peuple. Elles sont la simple expression de sentiments et de besoins héréditaires. Impossibilité d’imposer à un peuple des institutions qui n’ont pas été engendrées par son passé. Le Coran ne put être imposé qu’aux peuples dont les mœurs et coutumes étaient très voisines de celles des Arabes. Comment peuvent se transformer les institutions d’un peuple. Lenteur extrême de ces transformations. Le Coran n’a pas modifié sensiblement les institutions des Arabes. Le livre de Mahomet est un recueil d’anciennes coutumes déjà fixées par l’opinion. Son étude révèle très bien l’état social de la nation où il a pris naissance. – 2. INSTITUTIONS SOCIALES DES ARABES. Sources de la jurisprudence musulmane. Rite hanéfite, schafeite, malékite et hanbalite. Droit coutumier. Droit criminel. Peine du talion. Son utilité dans toutes les sociétés primitives. Introduction de la compensation. Prix du sang. Droit civil. Propriété. Successions. Étude comparée des codes français, anglais et arabe au point de vue du droit de succession. Organisation judiciaire, et procédure des Arabes. Sentiment d’égalité qui règne dans toutes les institutions arabes. – 3. INSTITUTIONS POLITIQUES DES ARABES. Le régime politique des Arabes est une démocratie sous un maître absolu. Pourquoi ce système politique très faible fit les Arabes très grands. Les mêmes institutions peuvent, suivant les temps et les races, amener la grandeur d’un peuple ou sa décadence Chapitre IV Les femmes en Orient. 1. CAUSE DE LA POLYGAMIE EN ORIENT. Erreurs professées en Europe sur les causes de la polygamie en Orient. Elle est très antérieure à l’islamisme et est la conséquence nécessaire du climat, du genre de vie et du tempérament. Supériorité de la polygamie légale des Orientaux sur la polygamie hypocrite des Européens. Absence de rivalité et de jalousie dans les mariages polygames. – 2. INFLUENCE DE L’ISLAMISME SUR LA CONDITION DES FEMMES EN ORIENT. Influence heureuse exercée par le Coran sur la condition sociale des femmes en Orient. État des femmes avant et après Mahomet. Les mœurs chevaleresque obligeant à traiter les femmes avec du respect sont dues aux Arabes. Comment elles étaient traitées du temps de Charlemagne. Oeuvres littéraires des femmes arabes pendant la période brillante de l’islamisme. La région de Mahomet est la première qui ait relevé la condition des femmes. – 3. LE MARIAGE CHEZ LES ARABES. Prescriptions légales du Coran relatives au mariage. Possibilité du divorce mais nécessité d’assurer le sort de la femme divorcée. Moralité des mariages en Orient. Rareté du célibat. Autorité du père dans la famille orientale. La situation légale de la femme mariée est bien plus avantageuse pour elle en Orient qu’en Europe. La femme est plus respectée et plus heureuse en Orient qu’en Europe. Elle y est généralement plus instruite. – 4. LES HAREMS DE L’ORIENT. La vie de famille au harem. Avantages et inconvénients des harems. Chapitre V Religion et morale. 1. INFLUENCE DE LA RELIGION CHEZ LES MUSULMANS. Les croyances religieuses ont été chez les Arabes un facteur capital de leur évolution. Influence profonde du Coran sur les Gustave Le Bon (1884), La civilisation des Arabes : livres I et II. 10 Arabes. Aucun musulman n’oserait se soustraire à ses prescriptions. Ce n’est que par la religion qu’il est possible d’agir sur l’esprit des Orientaux. – 2. SECTES ET CÉRÉMONIES RELIGIEUSES DE L’ISLAMISME. Sectes diverses : chiites et sunnites, etc. Cérémonies religieuses. Prières. Jeûnes. Fêtes religieuses. Pèlerinage à la Mecque. Cérémonies pratiquées par les derviches. Monuments religieux : Mosquées, couvent, écoles – 3. LA MORALE DANS L’ISLAMISME. Analyse des prescriptions morales du Coran et de celles de l’Évangile. Indépendance de la religion et de la morale. Variabilité de la moralité des Orientaux suivant les temps et les races. Moralité comparée des Orientaux chrétiens et mahométans. Puissance de certains morts Livre cinquième : La civilisation des Arabes. Chapitre I Origine des connaissances des Arabes. Leur enseignement et leurs méthodes. 1. SOURCES DES CONNAISSANCES SCIENTIFIQUES ET LITTÉRAIRES DES ARABES. Influence civilisatrice des Perses et des Byzantins sur les Arabes. Comment la science grecque pénétra en Orient. Traductions des auteurs grecs ordonnées par les khalifes. Ardeur apportée par les Arabes dans les études scientifiques et littéraires. Fondations de bibliothèques, d’universités, de laboratoires et d’observatoires. – 2. MÉTHODE SCIENTIFIQUES DES ARABES. Parti que surent tirer les Arabes des matériaux qu’ils avaient entre les mains. Ils substituent bientôt l’expérience et l’observation à l’étude des livres. Ils furent les premiers qui introduisirent l’expérimentation dans l’étude des sciences. Précision que cette méthode donna à leurs travaux. Elle leur rendit possibles des découvertes importantes Chapitre II Langue, philosophie, littérature et histoire. 1. LA LANGUE ARABE. Parenté de l’arabe avec les langues sémitiques. L’écriture arabe. L’idiome adopté pour la rédaction du Coran fixa la langue. L’arabe est devenu la langue universelle de tous les peuples professant l’islamisme. Traces laissées par l’arabe dans l’espagnol et le français. – 2. PHILOSOPHIE DES ARABES. Elle dérive de la philosophie grecque. Culture de la philosophie dans les universités musulmanes. Scepticisme général des philosophes arabes. – 3. LITTÉRATURE DES ARABES. Poésie des Arabes avant Mahomet. Extraits de quelques poèmes. Influence considérable des poètes chez les Arabes. Culture de la poésie pendant toute la durée de la civilisation arabe. Invention des rimes par les Arabes. Romans et nouvelles. Les séances d’Hariri. Les Mille et une nuits. Indications psychologiques fournies par l’étude de cet ouvrage pour la reconstitution de certains sentiments chez les Orientaux. Fables et proverbes. Leur importance. Énumération des plus remarquables. Histoire. Les Historiens Arabes : Tabari, Maçoudi, Aboulfarage, Ibn Khaldoun, Makrisi, Howairi, etc. La rhétorique et l’éloquence chez les Arabes. Chapitre III Mathématiques et astronomie. 1. MATHÉMATIQUES. L’étude des mathématiques, et notamment de l’algèbre fut très répandue chez les Arabes. Importance de leurs découvertes en trigonométrie et en Algèbre. – 2. L’ASTRONOMIE CHEZ LES ARABES. Écoles d’astronomie fondées par les Arabes. École de Bagdad. Résumé des travaux des principaux astronomes de cette école : mesure de l’obliquité de l’écliptique, d’un arc du méridien. Étude des mouvements de la lune. Détermination exacte de la durée de l’année, etc. L’influence de cette école survit à la chute de Bagdad. Les astronomes arabes deviennent les maîtres des Mongols. Leurs ouvrages sont introduits en Chine et y deviennent la base de l’astronomie chinoise. Les derniers ouvrages de l’école de Bagdad sont du XVe siècle de notre ère. Ils relient l’ancienne astronomie à celle de nos jours. Écoles d’astronomie du Caire. Publication de la table hakémite. Richesse de l’ancienne bibliothèque Gustave Le Bon (1884), La civilisation des Arabes : livres I et II. 11 astronomique du Caire. Écoles d’astronomie d’Espagne et du Maroc. Instruments astronomique du Caire. Résumé des découvertes astronomiques des Arabes. Chapitre IV Sciences géographiques. 1. EXPLORATIONS GÉOGRAPHIQUES DES ARABES. Relations des Arabes avec les contrées les plus éloignées du globe. Relations avec la Chine au IXe siècle de notre ère. Voyages de Maçoudi, Haukal, Albirouni, Batoutah, etc., à travers le monde. – 2. PROGRÈS GÉOGRAPHIQUES RÉALISÉS PAR LES ARABES. Travaux de géographie astronomique. Rectification des erreurs considérables de Ptolémée. Comparaison des positions astronomiques déterminées par les Grecs sur la longueur de la Méditerranée. Importance des ouvrages de géographie des Arabes. Traité d’Edrisi. Il a été recopié par tous les géographes européens pendant plusieurs siècles. Connaissance d’Edrisi sur les sources du Nil. Résumé des travaux géographiques des Arabes Chapitre V Sciences physiques et leurs applications. 1. PHYSIQUE ET. MÉCANIQUE. Travaux des Arabes en physique et en mécanique. Traité d’optique d’Alhazen. Connaissances des Arabes en mécanique appliquée. Description de la grande horloge de la mosquée de Damas. Description de divers appareils mécaniques. – 2. CHIMIE. Les bases de la chimie sont dues aux Arabes. Ils découvrent les corps les plus importants, tels que l’acide sulfurique, l’alcool, etc. Les opérations fondamentales de la chimie, comme la distillation leur sont dues. Travaux des principaux chimistes arabes. Leurs théories alchimiques. – 3. SCIENCES APPLIQUÉES, DÉCOUVERTES. Connaissances industrielles des Arabes. Applications de la chimie à l’extraction des métaux, la fabrication de l’acier, la teinture, etc. Inventions de la poudre et des armes à feu. Travaux modernes démontrant que cette découverte leur est due. Recherches de MM. Reinaud et Favé. Différence entre la poudre et le feu grégeois. Innocuité de ce dernier. Chroniques des Arabes prouvant que les armes à feu furent employées par eux bien avant les Européens. Invention du papier de soie par le Chinois et du papier de coton et de chiffons par les Arabes. Application de la boussole à la navigation. Résumé des découvertes Arabes Chapitre VI Science naturelles et médicales. 1. SCIENCES NATURELLES CHEZ LES ARABES. Ils publièrent de nombreux ouvrages sur les plantes, les métaux, les fossiles, etc. Plusieurs théories toutes modernes sont déjà indiquées dans leurs livres. – 2. SCIENCES MÉDICALES. Importance des sciences chez les Arabes. Indication des ouvrages de médecine et de découvertes des principaux médecins arabes. Aaron, Rhazès, Ali Abbas, Avicenne, Albucacis, Averroès, etc. Hygiène des Arabes. Les préceptes de l’école de Salerne sont extraits des livres arabes. Progrès réalisés par les Arabes dans les sciences médicales. Introduction de nombreux médicaments nouveaux dans la thérapeutique. Les Arabes sont les véritables créateurs de la pharmacie. Leurs découvertes chirurgicales Chapitre VII Les arts Arabes. Peinture, sculpture, arts industriels. 1. IMPORTANCE DES OEUVRES D’ART POUR LA RECONSTITUTION D’UNE ÉPOQUE. Les oeuvres d’art ne font qu’exprimer les sentiments, croyances, besoins d’une époque, et se transforment avec elle. On doit les ranger parmi les documents historiques les plus importants. L’art d’un peuple se transforme immédiatement aussitôt qu’il est adopté par un autre peuple. Exemple fourni par l’art musulman. Facteurs qui déterminent l’évolution des oeuvres d’art. Conditions nécessaires pour que les œuvres d’art constituent une langue d’une lecture facile. – 2. LES ORIGINES DE L’ART ARABE. Les arts de tous les peuples dérivent toujours de ceux qui les ont précédés. Exemple fournis par les Grecs et les diverses nations européennes. Ce qui constitue l’originalité d’un peuple dans l’art. Création d’un art nouveau avec des éléments Gustave Le Bon (1884), La civilisation des Arabes : livres I et II. 12 antérieurs. Les éléments empruntés par les Arabes aux Byzantins et aux Perses forment bientôt un art entièrement original. En quoi certains peuples n’ont jamais pu s’élever à l’originalité dans l’art. Exemples fournis par les Turcs et les Mongols. Les éléments des arts antérieurs sont superposés chez ces derniers, mais non combinés. – 3. VALEUR ESTHÉTIQUE DES ARTS ARABES. Impossibilité de trouver une échelle absolue pour déterminer la valeur d’une oeuvre d’art. Valeur relative de la beauté et de la laideur. Origine de nos sentiments esthétiques. Origine de nos illusions sur la valeur absolue des oeuvres d’art. L’art n’a pas pour objet de reproduire fidèlement la nature. Caractéristique des arts arabes. – 4. LES ARTS ARABES. Peinture et sculpture. Travail des métaux et des pierres précieuses. Orfèvrerie, bijouterie, damasquinerie, ciselure. Travail du bois et de l’ivoire. Mosaïques, verrerie, céramique. Étoffes, tapis et tentures Chapitre VIII L’architecture des Arabes. 1. ÉTAT ACTUEL DE NOS CONNAISSANCES RELATIVES À L’ARCHITECTURE DES ARABES. Extrême insuffisance de ces connaissances. Absence complète de travail d’ensemble sur l’architecture arabe. Importance d’une étude comparée des arts arabes dans les diverses contrées. – 2. ÉLÉMENTS CARACTÉRISTIQUES DE L’ART ARABE. Matériaux de construction. Colonnes et chapitaux. Arcades. Minarets. Coupoles. Pendentifs. Arabesques et détails d’ornementation. Décoration polychrôme. – 3. ÉTUDE COMPARÉE DES DIVERS MONUMENTS D’ARCHITECTURE ARABE. Classification et description des monuments de la Syrie, de l’Égypte, de l’Afrique septentrionale, de l’Espagne, de l’Inde et de la Perse à diverses époques. Analogies et différences de ces monuments. Nouvelle classification des monuments arabes, Chapitre IX Commerce des Arabes. – Leur relation avec divers pays. 1. RELATIONS DES ARABES AVEC L’INDE. Ancienneté de ces relations. Routes terrestres et maritimes. Importance des relations commerciales des Arabes avec l’Inde. L’Égypte était l’entrepôt de ce commerce et servait de trait d’union entre l’Occident et l’Orient. – 2. RELATIONS DES ARABES AVEC LA CHINE. Routes terrestres et maritimes. Voyages en Chine des Arabes au Xe siècle. Objet de leur trafic. – 3. RELATIONS DES ARABES AVEC L’AFRIQUE. Importance des explorations des Arabes en Afrique. Elles s’étendaient jusqu’à des régions qu’on commence seulement à explorer aujourd’hui. – 4. RELATIONS DES ARABES AVEC L’EUROPE. Relations avec les régions limitrophes de la Méditerrannée. Relations avec la Russie, le Danemark, la Norvège. Routes qui conduisaient dans le nord de l’Europe Chapitre X Civilisation de l’Europe par les Arabes. Leur influence en Occident et en Orient 1. INFLUENCE DES ARABES EN ORIENT. Cette influence fut beaucoup plus considérable que celle des Perses, des Grecs et des Romains. Les Arabes furent les seuls conquérants qui réussirent à faire accepter en Orient leur religion, leur langue et leurs arts. Leur influence en Égypte, en Syrie, en Perse, en Chine et dans l’Inde. – 2. INFLUENCE DES ARABES EN OCCIDENT. Barbarie de l’Europe lorsque les Arabes y pénétrèrent. Comment ils civilisèrent l’Europe. Le moyen âge ne vécut que des traductions d’ouvrages arabes. Importance de ces traductions du XlIe au XVe siècle. Ce n’est qu’aux Arabes que l’Europe doit la connaissance des écrivains de l’antiquité. Emprunts que font à leurs livres tous les savants européens antérieurs à la Renaissance. Leur influence dans les universités de France et d’Italie. L’islamisme, considéré comme religion n’exerça aucune influence sur les doctrines scientifiques des Arabes et sur leur propagation. Influence de l’architecture arabe en Europe. Elle fut moins grande sur l’architecture gothique qu’on le croit généralement. Influence des Arabes sur les mœurs de l’Europe. Ils substituent les usages de la chevalerie à la barbarie. Pourquoi l’influence des Arabes sur l’Europe est si généralement méconnue Gustave Le Bon (1884), La civilisation des Arabes : livres I et II. 13 Livre sixième : La décadence de la civilisation arabe. Chapitre I Les successeurs des arabes. – Influence des européens en Orient. 1. LES SUCCESSEURS DES ARABES EN ESPAGNE. Causes de la puissance de la monarchie espagnole après la conquête de l’Espagne. Position que les Arabes continuèrent à occuper en Espagne pendant les premiers temps qui suivirent la conquête. Leur expulsion. Écroulement immédiat de la civilisation espagnole après l’expulsion des Arabes. Dépopulation des villes et des campagnes. Disparition de l’agriculture et de l’industrie. Abaissement considérable du niveau intellectuel de l’Espagne. Elle en est réduite à se faire gouverner par des étranger et à tout emprunter au dehors. L’Espagne n’a jamais pu se relever de la décadence qui suivit le départ des Arabes. – 2. LES SUCCESSEURS DES ARABES EN ÉGYPTE ET EN ORIENT. Résultats de la substitution des Turcs aux Arabes en Orient. Faiblesses des institutions politiques de ces derniers. Leur impuissance à utiliser la civilisation qui leur était léguée. Les derniers successeurs des Arabes en ÉGYPTE. Influence des Européens en Égypte. Destruction actuelle des monuments. – 3. SUCCESSEURS DES ARABES DANS L’INDE. Les Mongols et les Anglais. Prospérité de l’Inde sous les Mongols. Misère actuelle de l’Inde. – 4. Cause de l’impuissance des Européens à faire accepter leur civilisation en Orient. Opinion des Orientaux sur notre morale. Résultats des tentatives de civilisation européenne au Japon Chapitre II Causes de la grandeur et de la décadence des Arabes. État actuel de l’islamisme. 1. CAUSES DE LA GRANDEUR DES ARABES. Influence du moment. Les mêmes qualités produisent des résultats différents suivant les époques. La race. Importance du caractère sur l’évolution d’un peuple. Variation apparente de ces effets. Influence de l’idéal. Il est le plus puissant facteur de l’évolution des sociétés humaines. Puissance de l’idéal créé par Mahomet. La décadence commence pour un peuple quand il n’a plus d’idéal à défendre. Causes des conquêtes des Arabes. Comment elles furent facilitées par une extrême tolérance pour les vaincus. Pourquoi leurs croyances leur survécurent. Facteurs de la civilisation des Arabes. Influence de leurs aptitudes intellectuelles. – 2. CAUSES DE LA DÉCADENCE DES ARABES. Plusieurs des causes de grandeur peuvent être invoquées comme causes de décadence. Influence du caractère. Influence des institutions politiques et sociales. Pourquoi elles arrêtèrent l’évolution des Arabes à un certain moment. Influence des invasions étrangères. Influence de la diversité des races soumises à l’islamisme. Impossibilité de soumette pendant longtemps à un même régime des peuples différents. Influence funeste des croisements. – 3. RANG DES ARABES DANS L’HISTOIRE. Difficulté de trouver une échelle pour mesurer la valeur des individus et des peuples. Cette échelle varie à chaque époque. Importance du caractère. Il détermine le succès bien plus sûrement que l’intelligence. Ce qui constitue la supériorité d’un peuple. Comparaison entre les couches moyennes des Orientaux et les couches européennes correspondantes. – 4. ÉTAT ACTUEL DE L’ISLAMISME. Progrès constants de l’islamisme. Peuples soumis à ses lois. Action bienfaisante qu’il exerce partout où il pénètre. Conclusion Table des figures (par ordre numérique) Table méthodique des cartes, planches en couleurs et illustrations Gustave Le Bon (1884), La civilisation des Arabes : livres I et II. 14 Table des figures (ordre numérique) Voir les gravures sur le site internet : Les Classiques des sciences sociales : Gustave Le Bon Retour à la table des matières Planches couleurs : Planche 1 : Décoration polychrome d’un pavillon de l’Alhambra à Grenade. Restitution par M. Garcia et le Dr. Gustave Le Bon Planche 2 : Table de bronze incrustée d’argent du sultan Mohammed Ben Kaloun. XIIIe siècle (Musée arabe du Caire). D’après une photographie et une aquarelle du Dr. Gustave Le Bon. Planche 3 : Mosquée d’Omar à Jérusalem ; d’après une photographie et une aquarelle de Dr. Gustave Le Bon. Planche 4 : Sanctuaire de la mosquée Al Acza à Jérusalem. D’après une photographie et une aquarelle de Dr. Gustave Le Bon. Planche 5 : Grande mosquée d’Ispahan. D’après un dessin de Coste. Planche 6 : Ornementation polychrome d’un plafond de l’ancienne Mosquée de Cordoue (Style Byzantin-Arabe) (Monuments architect. de l’Espagne). Planche 7 : Plafond d’une maison moderne à Damas. Dessiné d’après nature par Bourgoin. Planche 8 : I. Pavement en marbre d’une ancienne maison du Caire. II. Mosaïque en marbre et nacre de la Grande Mosquée de Damas. Planche 9 : Vitraux du Sanctuaire de la Mosquée El Acza à Jérusalem. D’après une photographie et une aquarelle du Dr. Gustave Le Bon. Planche 10 : Anciennes lampes arabes de mosquées en verre émaillé (Musée du Caire) D’après une photographie et une aquarelle du Dr. Gustave Le Bon. Cartes : Carte 1 : Carte de l’Arabie et de l’Égypte, d’après les documents les plus récents ; Carte 2 : Carte de l’empire des Arabes à l’époque de leur plus grande puissance et de l’Islamisme à l’époque actuelle, dressée sous la direction du Dr. Gustave le Bon Figure 233 : Carte arabe du milieu du XIIe siècle, dessinée au Caire, par Prisse d’Avesne. Figure 234 : Carte arabe d’Edrisi (1160) ; d’après V. de Saint-Martin. Figures : Gustave Le Bon (1884), La civilisation des Arabes : livres I et II. 15 Introduction Figure du début de l’ “Introduction” Livre 1 : Le milieu et la race (figures 1 à 19 bis.) La figure du début du “Livre I”. Fig. 1 : Le désert ; d’après une photographie. Fig. 2 : Campement de pèlerins près de la Mecque, à l’époque du pèlerinage ; d’après une photographie instantanée. Fig. 3 : Vue prise du sommet du Sinaï (Dessin de M. de Laborde). Fig. 4 : Oasis de Dahab, sur le golfe Élanitique. – Arabie pétrée. – (Dessin de M. de Laborde.) Fig. 5 : Ville et mosquée de la Mecque ; d’après une photographie du colonel égyptien Sadik bey. Fig. 6 : La Kaaba, dans la mosquée de la Mecque, pendant le pèlerinage ; d’après une photographie. Fig. 7 : Nomades et chefs nomades de tribus arabes indépendantes voisines de la mer Morte, photographiés par l’auteur. Fig. 8 : Bédouins nomades de la Syrie, photographiés à Jéricho par l’auteur. Fig. 9 : Arabes sédentaires de la Syrie, photographiés à Damas par l’auteur. Fig. 10 : Arabe sédentaire de la Syrie, photographiés à Damas par l’auteur. Fig. 11 : Arabes de la Haute Égypte, photographiés près de Thèbes par l’auteur. Fig. 12 : Femmes arabes des environs du Caire, d’après une photographie. Fig. 13 : Musulmans de la Nubie ; d’après des photographies de l’auteur. Fig. 14 : Musulmanes de la Nubie ; d’après des photographies de l’auteur. Fig. 15 : Mendiants marocains ; d’après une photographie. Fig. 16 : Marchand d’eau marocain de Tanger ; d’après une photographie. Fig. 17 : Arabes nomades du désert de la Syrie ; d’après une photographie. Fig. 18 : Femmes bédouines du désert de la Syrie ; d’après une photographie. Fig. 19 : Chameliers de l’Arabie pétrée. Fig. 19 bis : Agate. Livre 2 : Les origines de la civilisation arabe : figures 20 à 58. La figure du début du “Livre II”. Fig. 20 : Vue de Médine ; d’après une photographie. Fig. 21 : Campement des pèlerins aux portes de Médine ; d’après une photographie instantanée. Fig. 22 : Ablutions au puits sacré de Zem-Zem pendant le pèlerinage de la Mecque ; d’après une photographie instantanée. Fig. 23 : Tombeau de Fatime, fille de Mahomet, dans le grand cimetière de Damas ; d’après une photographie. Fig. 24 : Ornements extraits d’un ancien coran du Caire (Ebers). Fig. 25 : Chiffre de Mahomet ; d’après une ancienne inscription de la Mosquée de Touloun, relevée par M. Marcel. Fig. 26 : Dernière page d’un ancien coran de la Bibliothèque de l’Escurial (Musée espagnol). Fig. 27 : Dernière page d’un ancien coran de la Bibliothèque de l’Escurial (Musée espagnol). Gustave Le Bon (1884), La civilisation des Arabes : livres I et II. 16 Fig. 28 à 30 : Monnaies des premiers khalifes. (Ces monnaies et les suivantes proviennent de la collection de M. Marcel). Fig. 31 : Monnaie de khalife ommiade de Damas, Echâm, 107 de l’hégire (725 JésusChrist). (Ces monnaies proviennent de la collection de M. Marcel). Fig. 32 : Monnaie de khalife el Mahady, 162 de l’hégire (779 Jésus-Christ). (Ces monnaies proviennent de la collection de M. Marcel). Fig. 33 : Monnaie de khalife el Mamoun, 218 de l’hégire (833 Jésus-Christ). (Ces monnaies proviennent de la collection de M. Marcel) Fig. 34 : Monnaie de Touloun, 157 de l’hégire (870 Jésus-Christ). (Ces monnaies proviennent de la collection de M. Marcel). Fig. 35 : Monnaie du khalife Raddy, 328 de l’hégire (933 Jésus-Christ). (Ces monnaies proviennent de la collection de M. Marcel). Fig. 36-37 : Monnaie en or du khalife fatimite Mostanser, 442 et 465 de l’hégire (1050 et 1072 Jésus-Christ). (Ces monnaies proviennent de la collection de M. Marcel). Fig. 38 : Monnaie du sultan Saladin frappée à Damas, l’an 583 de l’hégire (1187 de Jésus-Christ). Elle porte sur son revers le nom du khalife abisside de Bagdad. (Ces monnaies proviennent de la collection de M. Marcel). Fig. 39 : Autre monnaie de Saladin. (Ces monnaies proviennent de la collection de M. Marcel). Fig. 40 : Monnaie du khalife el Melck-el-Kamel du commencement du XIIIe siècle. Elles portent au revers le nom du khalife abbasside de Bagdad. (Ces monnaies proviennent de la collection de M. Marcel). Fig. 41 : Monnaie du sultan Beybars. (Ces monnaies proviennent de la collection de M. Marcel). Fig. 42 à 50 : Monnaie des Arabes d’Espagne. (Musée espagnol d’antiquités.) (Ces monnaies proviennent de la collection de M. Marcel). Fig. 51 : Enseigne arabe des Almohades. (Musée espagnol d’antiquités.) Fig. 52 : Clefs arabes de villes et de châteaux. (Musée espagnol d’antiquités.) Fig. 53 : Casse-tête d’un prince arabe d’Égypte. Cette arme et les quatre suivantes ont été dessinées par Prisse d’Avesnes. Elles sont de style persan-arabe. Fig. 54 : Poignard d’un prince arabe d’Égypte. Cette arme a été dessinée par Prisse d’Avesnes. Elle est de style persan-arabe. Fig. 55 : Lance d’un prince arabe d’Égypte. Cette arme a été dessinée par Prisse d’Avesnes. Elle est de style persan-arabe. Fig. 56 et 57 : Haches d’un prince arabe d’Égypte. Cette arme a été dessinée par Prisse d’Avesnes. Elle est de style persan-arabe. Fig. 58 : Casque d’un prince arabe d’Égypte. (Style persan-arabe). Livre 3 : L’empire des Arabes : figures 59 à 163. La figure du début du “Livre III”. Fig. 59 : Murs de Damas ; d’après une photographie. Fig. 60 : Faubourg du Meidan à Damas ; d’après une photographie de l’auteur. Fig. 61 : Rue de Damas ; d’après une photographie. Fig. 62 : Cour de la grande mosquée de Damas ; d’après une photographie. Fig. 63 : Minaret de Jésus (grande mosquée de Damas). Fig. 64 : École et maître d’école, à Damas ; d’après une photographie de l’auteur. Fig. 65 : Mosquée d’Omar (temple de Jérusalem) ; d’après une photographie de l’auteur. Fig. 66 : Intérieur de la mosquée d’Omar (temple de Jérusalem) ; d’après une photographie de l’auteur. Gustave Le Bon (1884), La civilisation des Arabes : livres I et II. 17 Fig. 67 : Plafonds de la première galerie intérieure de la mosquée d’Omar (temple de Jérusalem) ; d’après une photographie de l’auteur. Fig. 68 : Mihrab de Zacharie, dans la mosquée El-Akza ; d’après une photographie de l’auteur. Fig. 69 : Oratoire d’Omar dans la mosquée El-Akza ; d’après une photographie de l’auteur. Fig. 70 : Tour de Ramleh ; d’après une photographie de l’auteur. Fig. 71 : Mosquée d’Orfa (Mésopotamie) ; d’après un dessin de Flandin. Fig. 72 : Passage de l’Euphrate à Bin-Hadjik ; d’après un dessin de Flandin. Fig. 73 : Vue prise dans Bagdad, près de la mosquée Ahmet-Kiaïa ; d’après un dessin de Flandin. Fig. 74 : Vue prise dans Bagdad ; d’après un dessin de Flandin. Fig. 75 : Vue prise dans Bagdad ; d’après un dessin de Flandin. Fig. 76 : Pavillon Tchéel-Soutoun à Ispahan ; d’après un dessin de Coste. Fig. 77 : Intérieur d’une mosquée d’Ispahan ; d’après un dessin de Coste. Fig. 78 : Pavillon des miroirs, à Ispahan ; d’après un dessin de Coste. Fig. 79 : Portail de la mosquée du Koutab, près de Delhi, et colonne de fer du roi Dhava ; d’après une photographie de Frith. Fig. 80 : Tour de Koutab, près de Delhi ; d’après une photographie. Fig. 81 : Porte d’Aladin, au Koutab, près de Delhi ; d’après une photographie de Frith. Fig. 82 : Tombeau d’Akbar, à Secundra ; d’après une photographie. Fig. 83 : Temple de Binderaboun près de Muttra ; d’après une photographie. Fig. 84 : Le Tâdj Mahal à Agra ; d’après une photographie. Fig. 85 : Grande salle octogone et dôme dans l’intérieur du Tâdj. Fig. 86 : Balustrade en marbre blanc ciselé entourant les cénotaphes de Shah Jehan et de sa femme, au Tâdj. Fig. 87 : Jumma-Musjid, grande mosquée de Delhi ; d’après une photographie. Fig. 88 : Intérieur de l’une des salles du palais des rois Mogols à Delhi ; d’après une photographie. Fig. 89 : Arabes des bords du Nil (Haute Égypte) ; d’après une photographie une photographie instantanée de l’auteur. Fig. 90 : Palmiers de Gizèh) ; d’après une photographie. Fig. 91 : Ile de Rodah au Caire (Ebers). Fig. 92 : Vue du Caire ; d’après une photographie. On voit la mosquée de Kaït bey au premier plan. Fig. 93 : Le Caire. Vue de la citadelle et de la mosquée Mehamet Ali ; d’après une photographie. Fig. 94 : Intérieur de la mosquée d’Amrou ; d’après un dessin de Coste. Fig. 95 : Cour intérieure, fontaine et minaret de la mosquée de Touloun (Ebers). Fig. 96 : Sanctuaire de la mosquée de Touloun (Ebers). Fig. 97 : Porte El-Saydet à la mosquée El-Azhar ; d’après un dessin de Coste. Fig. 98 : Partie supérieure des minarets de la mosquée El-Azhar ; d’après une photographie de l’auteur. Fig. 99 : Fenêtre de la mosquée de Kalaoun. Fig. 100 : Rue du Caire ; d’après une photographie. Fig. 101 : Vue de la mosquée Hassan (Ebers). Fig. 102 : Fontaine aux ablutions de la mosquée Hassan. État actuel ; d’après une photographie. Fig. 103 : Mosquée Akhor au Caire ; d’après une photographie. Fig. 104 : Mosquée funéraire el Barqouq aux tombeaux des khalifes ; d’après une photographie. Fig. 105 : Le Caire. Plaine des tombeaux, au pied de la citadelle et de la mosquée Méhémet Ali ; d’après une photographie. Gustave Le Bon (1884), La civilisation des Arabes : livres I et II. 18 Fig. 106 : Intérieur de la mosquée Mouaîyad ; d’après un dessin de Coste. Fig. 107 : Mosquée sépulturale de Kaït bey ; d’après une photographie. Fig. 108 : Chaire et sanctuaire de la mosquée de Kaït bey ; d’après une photographie. Fig. 109 : Porte-Bab-el-Fotouh (Ebers). Fig. 110 : Puits de Joseph construit au Caire par les Arabes ; d’après un dessin de Coste. Fig. 111 : Salon de réception arabe au Caire ; d’après un dessin de Prisse d’Avesne. Fig. 112 : Vue de Tunis ; d’après une photographie. Fig. 113 : Village berbère ; d’après une photographie de Geyser, à Alger. Fig. 114 : Berbère de l’Algérie ; d’après une photographie. Fig. 115 : Femme berbère fabriquant le kouskoussou ; d’après une photographie. Fig. 116 : Une des portes de la grande mosquée de Sidi Okba à Kairouan ; d’après une photographie. Fig. 117 : Vue du minaret de la grande mosquée de Sidi Okba ; d’après une photographie. Fig. 118 : Ancienne mosquée de Kairouan ; d’après une photographie. Fig. 119 : Ornements en faïence émaillée pris dans une mosquée de Kairouan ; d’après une photographie. Fig. 120 : Sculpture d’un panneau pris dans une mosquée de Kairouan ; d’après une photographie. Fig. 121 : Mihrab de la mosquée Si-el-Habib, à Kairouan ; d’après une photographie. Fig. 122 : Façade de la mosquée Djâma-el-Kebir, à Alger. Fig. 123 : Minaret de la grande mosquée de Tanger ; d’après une photographie. Fig. 124 : Intérieur de la mosquée Sidi Bou Médine, à Tlemcem ; d’après une photographie. Fig. 125 : Vue générale de Tanger (Maroc) ; d’après une photographie. Fig. 126 : Bras d’une croix en or ornée de pierreries provenant des Visigoths de Tolède (VIIe siècle) ; d’après une photographie. Fig. 127 : Intérieur de la mosquée de Cordoue Fig. 128 : Façade du mihrab de la mosquée de Cordoue ; d’après un dessin de Murphy. Fig. 129 : Plan de la mosquée de Cordoue ; d’après les anciens auteurs arabes. Fig. 130 : Porte du Soleil à Tolède ; d’après une photographie. Fig. 131 : Façade de l’Alcazar de Séville ; d’après une photographie. Fig. 132 : Intérieur de l’une des cours de l’Alcazar de Séville ; d’après une photographie. Fig. 133 : Intérieur de l’une des cours de l’Alcazar de Séville ; d’après une photographie. Fig. 134 : Salle des rois Maures à l’Alcazar de Séville ; d’après une photographie Fig. 135 : La Giralda de Séville ; d’après un dessin de G. de Prangey. Fig. 136 : Élévation du mihrab de la mosquée de l’Alhambra ; d’après un dessin de O. Jones. Fig. 137 : Façade de la mosquée de l’Alhambra de Grenade. Fig. 138 : Cour de l’Alberca ; d’après un dessin de O. Jones. Fig. 139 : Vue prise dans la salle des deux Sœurs ; d’après un dessin de O. Jones. Fig. 140 : Salle des Abencerrages, à l’Alhambra ; d’après un dessin de Murphy. Fig. 141 : Intérieur du cabinet de Linderaja, à l’Alhambra. Fig. 142 : Cours des Lions, à l’Alhambra ; d’après une photographie. Fig. 143 : Détails de l’une des fenêtres de la mosquée de l’Alhambra. Fig. 144 : Alcazar de Ségovie ; d’après une photographie. Fig. 145 : Alcazar de Ségovie ; d’après une photographie. Fig. 146 : Façade principale du château arabe de la Ziza en Sicile ; d’après une photographie Gustave Le Bon (1884), La civilisation des Arabes : livres I et II. 19 Fig. 147 : Vue intérieure du château arabe de la Ziza en Sicile ; d’après un dessin de Girault de Prangey. Fig. 148 : Détail d’architecture de l’une des façades du palais arabe de la Cuba en Sicile ; d’après une photographie. Fig. 149-151 : Monnaies chrétiennes-arabes des rois normands de Sicile. Fig. 152 : Buire arabe du Xe siècle, en cristal de roche, du musée du Louvre. (Gazette des Beaux-Arts). Fig. 153 : Armes arabes de diverses époques ; d’après une photographie de l’auteur. Fig. 154 : Gaines et fourreaux d’armes arabes ; d’après une photographie de l’auteur. Fig. 155 : Porte de Damas, à Jérusalem ; d’après une photographie. Fig. 156 : Vue d’une partie des murs de Jérusalem ; d’après une photographie de l’auteur. Fig. 157 : Vue de Jérusalem ; d’après une photographie de l’auteur. Fig. 158 : Le Haram-ech-Chérif. Intérieur de l’enceinte où se trouve la mosquée d’Omar à Jérusalem et où se trouvait autrefois le temple de Solomon ; d’après une photographie de l’auteur. Fig. 159 : Chaire de marbre, dite chaire d’Omar, dans l’enceinte du Haram à Jérusalem ; d’après une photographie de l’auteur. Fig. 160 : Porte de Jaffa à Jérusalem ; d’après une photographie instantanée de l’auteur. Fig. 161 : Verre arabe, dit de Charlemagne, probablement rapporté d’Orient à l’époque des Croisades (Musée de Chartres). Fig. 162 : Vase arabe de cuivre damasquiné, connu sous le nom de baptistère de Saint Louis. (Musée du Louvre). Fig. 163 : Ancien plat arabe en cuivre. Livre 4 : Les mœurs et les institutions des Arabes : figures 164 à 214 La figure du début du “Livre IV”. Fig. 163 bis : Oasis de Biskra (Algérie) ; d’après une photographie. Fig. 164 : Campement d’Arabes nomades en Algérie ; d’après une photographie instantanée. Fig. 165 : Un marché au Maroc ; d’après une photographie instantanée. Fig. 166 : Campement de nomades aux portes de Tanger ; d’après une photographie instantanée. Fig. 167 : Chameliers d’Égypte ; d’après une photographie. Fig. 168 : Arabes nomades faits prisonniers aux environs de Tunis ; d’après une photographie. Fig. 169 : Femmes bédouines des environs de Baalbeck (Syrie) ; d’après une photographie. Fig. 170 : Une ancienne rue du Caire ; d’après une photographie. Fig. 171 : Une rue de Tanger (Maroc) ; d’après une photographie instantanée. Fig. 172 : Monture du Caire ; d’après une photographie de Sebah. Fig. 173 : Porte d’une ancienne maison du Caire ; d’après une photographie de l’auteur. Fig. 174 : Plafond d’une ancienne maison arabe du Caire ; d’après une photographie de l’auteur Fig. 175 : Vitrail du harem du palais d’Azhad pacha, à Damas ; d’après une photographie de l’auteur. Fig. 176 : Un cortège nuptial au Caire ; d’après une photographie de Sébah. Fig. 177 : Narghilé arabe en cuivre incrusté d’argent ; d’après une photographie de l’auteur. Gustave Le Bon (1884), La civilisation des Arabes : livres I et II. 20 Fig. 178 : Narghilé persan-arabe ; d’après une photographie de l’auteur. Fig. 179 : Boutique d’armurier arabe en Syrie ; d’après une photographie. Fig. 180 : Vendeurs ambulants, au Caire ; d’après une photographie de Sebah. Fig. 181 : Écrivain public à Jérusalem ; d’après une photographie. Fig. 182 : Marchands d’eau, au Caire ; d’après une photographie. Fig. 183 : Intérieur d’une cour arabe, au Caire ; d’après une photographie. Fig. 184 : Ancienne coupe arabe en verre (Ebers). Fig. 185 : Ancien vase arabe en cuivre. Fig. 186-187 : Cadenas arabe. Fig. 188 : Coffret du sultan Kalaoum ; d’après un dessin de Prisse d’Avesne. Fig. 189 : Fragment de sculpture arabe sur pierre, photographié au Caire par l’auteur. Fig. 190 : Lampe de moquée du Caire. Fig. 191 : Une rue de Tanger ; d’après une photographie. Fig. 192 : Grand marché de Tanger (Maroc) ; d’après une photographie instantanée. Fig. 193 : Marchande de poterie de la haute Égypte (Ebers). Fig. 194 : Jeune fille copte (Ebers). Fig. 195 : Femme berbère de l’Algérie ; d’après une photographie. Fig. 196 : Femme berbère des environs de Biskra ; d’après une photographie. Fig. 197 : Jeune fille marocaine ; d’après une photographie. Fig. 198 : Jeune femme arabe d’Alger ; d’après une photographie. Fig. 199 : Jeune fille syrienne ; d’après une photographie. Fig. 200 : Jeune dame turque en costume de ville ; d’après une photographie. Fig. 201 : Intérieur du harem du palais d’Azhad pacha, à Damas ; d’après une photographie de l’auteur. Fig. 202 : Plateau de cuivre incrusté d’argent à Damas ; d’après une photographie de l’auteur. Fig. 203 : Un des mihrabs de la mosquée El Azhar, au Caire ; d’après une photographie de l’auteur. Fig. 204 : Tombeau d’un saint arabe dans le bois sacré de Blidah (Algérie) ; d’après une photographie. Fig. 205 : Partie supérieure de la chapelle sépulcrale des khalifes abassides récemment découverte au Caire ; d’après une photographie. Fig. 206 : Plafond de la mosquée Mouaîad au Caire ; d’après un dessin de Coste. Fig. 207 : Vitrail d’une mosquée arabe du Caire ; d’après une photographie de l’auteur. Fig. 208 : Vitraux d’une mosquée du Caire ; d’après une photographie de l’auteur. Fig. 209 : Vitrail d’une mosquée arabe ; d’après une photographie de l’auteur. Fig. 210 : Flambeau du sultan Kalaoun ; d’après un dessin de Prisse d’Avesne. Fig. 211 : Flambeau du sultan Kalaoun ; d’après un dessin de Prisse d’Avesne. Fig. 212 : Ancienne lampe de mosquée, en bronze ; photographiée au Caire par l’auteur. Fig. 213 : Ancienne lampe arabe provenant de la mosquée de l’Alhambra. Le modèle original a 2 mètres 15 de hauteur. (Musée espagnol d’antiquités). Fig. 214 : Derviches tourneurs ; d’après un croquis. Livre 5 : La civilisation des Arabes : figures 215 à 353. La figure du début du “Livre V”. Fig. 215 : Porte d’une petite moquée-école, à Damas ; d’après une photographie de l’auteur. Fig. 216 : Ancien couvent de derviches, école et fontaine publique au Caire ; d’après un dessin de Coste. Fig. 217 : Encrier en cuivre repoussé (style persan-arabe) ; d’après une photographie de l’auteur. Gustave Le Bon (1884), La civilisation des Arabes : livres I et II. 21 Fig. 218 : Inscriptions de la couverture d’un ancien coran (Ebers). Fig. 219 : Inscription ornementale formée par la combinaison de caractères koufiques. Fig. 220-223 : Sceau des quatre premiers khalifes Abou-Bekr, Omar, Othman et Ali. Fig. 224 : Frise d’une coupe arabe formant inscription par la déformation de la partie inférieure des personnages. Fig. 225 : Inscription arabe moderne relevée dans une maison de Damas par l’auteur. Fig. 226 : Inscription arabe moderne relevée dans une maison de Damas par l’auteur. Fig. 227 : Fragment d’une inscription d’un coffret persan incrusté de nacre (collection Schefer) ; d’après une photographie de l’auteur. Fig. 228 : Ancien astrolabe arabe (Musée espagnol d’antiquités). Fig. 229 : Ancien astrolabe arabe (autre face de l’instrument précédent) (Musée espagnol d’antiquités). Fig. 230 : Face antérieure d’un astrolabe arabe, conservé à la Bibliothèque nationale de Paris ; d’après une photographie. Fig. 231 : Face postérieure du même astrolabe arabe, conservé à la Bibliothèque nationale de Paris ; d’après une photographie. Fig. 232 : Astrolabe arabe de Philippe II d’Espagne (Musée espagnol d’antiquités). Fig. 233 : Carte arabe du milieu du XIIe siècle, dessinée au Caire, par Prisse d’Avesne. Fig. 234 : Carte arabe d’Edrisi (1160) ; d’après V. de Saint-Martin. Fig. 235-236 : Cavaliers arabes lançant le feu grégeois ; d’après un ancien manuscrit de la Bibliothèque nationale de Paris. Fig. 237 : Projectiles incendiaires employés par les Arabes au XIIIe siècle. Cavalier porteur d’une lance à feu. Il est recouvert comme ses servants d’une chemise de drap épais semé d’étoupes, destinée à être imbibée de naphte qu’on allumait ensuite, pour semer l’épouvante parmi les ennemis ; d’après un ancien manuscrit arabe conservé à Saint-Pétersbourg. Fig. 238 : Armes à feu employées par les Arabes au XIIIe siècle. Artilleur tenant à la main un petit canon, qu’il approche d’une flamme pour mettre le feu à la charge et faire partir le boulet ; d’après un ancien manuscrit arabe conservé à Saint-Pétersbourg. Fig. 239 : Fragment d’ancienne étoffe (Ebers). Fig. 240 : Fragment d’ancienne étoffe arabe. Fig. 241 : Fragment d’ancienne étoffe arabe ; d’après un dessin de Prisse d’Avesne Fig. 242 : Fragment d’ancienne étoffe arabe ; d’après un dessin de Prisse d’Avesne. Fig. 243 : Ancienne selle arabe (Musée royal de Madrid) ; d’après une photographie de Laurent. Fig. 244 : Entrée de l’une des salles de l’université El Azhar, au Caire (Ebers). Fig. 245-281 : Joyaux et pierres gravées arabes. (Musée espagnol d’antiquités). Fig. 282 : Détails d’architecture d’une porte de l’Alhambra ; d’après une photographie. Fig. 283 : Margelle en pierre d’un puits arabe, à Cordoue ; d’après une photographie. Fig. 284-285 : Monnaies du khalife Omar. Fig. 286 : Broche arabe (Syrie) ; d’après une photographie de l’auteur. Fig. 287 : Parure arabe en argent (Syrie) ; d’après une photographie de l’auteur. Fig. 288 : Guéridon arabe en bronze incrusté d’argent ; d’après une photographie de l’auteur. Fig. 289 : Partie supérieure d’un guéridon en bronze incrusté d’argent du XIIIe siècle ; photographié au Caire par l’auteur. Fig. 290 : Ancienne porte arabe du Caire ; d’après une photographie de l’auteur. Fig. 291 : Ancien panneau de bois incrusté d’ivoire pris dans une porte du Caire (collection Schefer) ; d’après une photographie de l’auteur. Fig. 292 : Panneau d’une porte en bois du salon des Ambassadeurs, à l’Alcazar de Séville (Musée espagnol d’antiquités). Gustave Le Bon (1884), La civilisation des Arabes : livres I et II. 22 Fig. 293 : Table en bois incrusté, du Caire ; d’après une photographie. Fig. 294 : Guéridon arabe en bois, du Caire ; d’après une photographie. Fig. 295 : Marque arabe en bois, d’un boulanger Fig. 296 : Coffret du XIe siècle ; style persan-arabe. (Musée espagnol d’antiquités). Fig. 297 : Ancien coffre arabe, en bois incrusté, du Caire ; d’après une photographie. Fig. 298 : Coffret d’ivoire sculpté du XIIe siècle (Musée de Kensington) ; d’après une photographie de M. Ch. Relvas. Fig. 299 : Coffret d’ivoire sculpté de Cordoue du Xe siècle (Musée de Kensington). Fig. 300 : Vase arabe de l’Alhambra. Fig. 301 : Faïence émaillée de la porte principale du mausolée du Tamerlan ; d’après l’Album photographique du général Kaufman. Fig. 302 : Arcades de la mosquée de Cordoue. Fig. 303-307 : Tours de diverses églises de Tolède copiées sur d’anciens minarets arabes. Fig. 308-309 : Tours d’églises de Tolède copiées sur d’anciens minarets arabes. Fig. 310 : Tour arabe de l’église Santiago à Tolède ; d’après une photographie. Fig. 311 : Porte de Bisagra, à Tolède. Fig. 312 : Vue prise dans l’Alhambra ; d’après une photographie. Fig. 313 : Détails d’ornementation d’un chapiteau et d’une colonne de l’Alhambra. Fig. 314 : Détails de l’étage supérieur de la Salle des deux Sœurs, à l’Alhambra ; d’après un dessin de O. Jones. Fig. 315 : Galerie supérieure de l’une des cours de l’alcazar de Séville ; d’après une photographie de Laurent. Fig. 316 : L’une des portes de la cour des demoiselles à l’alcazar de Séville ; d’après une photographie de Laurent. Fig. 317 : Ancienne mosquée d’Hamaadan (Perse) ; d’après un dessin de Coste. Fig. 318 : Mosquée et tombeau de Shah-Koda, à Sultanieh, Perse XVIe siècle ; d’après un dessin de Textier. Fig. 319 : Mausolée de Tamerlan, à Samarkand ; d’après une photographie de l’album du général Kaufman. Fig. 320 : Élévation restituée de la mosquée des Sunni, à Tabriz (Perse) ; d’après un dessin de Textier. Fig. 321 : Une mosquée d’Ispahan ; d’après un dessin de Coste. Fig. 322 : Palais du Rajah de Goverdhum (Inde) ; d’après une photographie. Fig. 322 bis : Bracelet en or repoussé du XIVe siècle. Style hispano-arabe ; d’après une photographie (Musée archéologique de Madrid) Fig. 323 : Coffret en ivoire sculpté du Xe siècle. Style indo-arabe (Musée de Kensington) ; d’après une photographie. Fig. 324 : Coffret arabe du Maroc, en ivoire sculpté, du XIe siècle ; d’après une ancienne gravure. Fig. 325 : Vase de bronze de style chinois-arabe (collection Schéfer) ; d’après une photographie de l’auteur. Fig. 326 : Vase de bronze chinois-arabe (collection Schéfer) ; d’après une photographie de l’auteur. Fig. 327-329 : Vases de bronze de style chinois-arabe (collection Schéfer) ; d’après une photographie de l’auteur. Fig. 330 : Vase de cuivre incrusté d’argent. Style moderne de Damas ; d’après une photographie de l’auteur. Fig. 331 : Façade de l’alcazar de Ségovie, état actuel ; d’après une photographie. Fig. 332 : Alcazar de Ségovie (style hispano-arabe) ; d’après un ancien dessin de Wiesener. Fig. 333 : Tour de Bélem, Portugal (style hispano-arabe) ; d’après une photographie. Fig. 334 : Abside de l’église de Saint-Pierre, à Calatayud (style hispano-arabe) ; d’après une ancienne gravure. Gustave Le Bon (1884), La civilisation des Arabes : livres I et II. 23 Fig. 335-343 : Chapiteaux arabes et de style hispano-arabe (Musée espagnol d’antiquités). Fig. 344 : Arcade de la Aljaféria de Sarragosse. Fig. 345 : Arcade de style hispano-arabe (Tolède) (Musée espagnol d’antiquités). Fig. 346 : Détails de la décoration de l’église El Transito (ancienne synagogue de Tolède) ; style judéo-arabe. Fig. 347 : Détails de décoration de l’église El Transito (ancienne synagogue de Tolède) ; style judéo-arabe. Fig. 348 : Fragment de l’ancienne arcade de l’église du couvent des religieuses du Corps du Christ, à Ségovie ; style hispano-arabe. Fig. 349 : Porte du pardon, à Cordoue (style hispano-arabe) ; d’après une photographie. Fig. 350 : Battant de la porte du pardon, à Cordoue. Fig. 351 : Porte de la sacristie du maître autel de la cathédrale de Séville (Style hispano-arabe). Fig. 352 : Collier en or fabriqué à Grenade, style hispano-arabe du XIVe siècle (Musée archéologique de Madrid) ; d’après une photographie. Fig. 353 : Lampe en verre émaillé ; d’après Prisse d’Avesne. Fig. 354 : inexistante Livre 6 : La décadence de la civilisation des Arabes : figures 355 à 366. La figure du début du “Livre VI”. Fig. 355 : Château moderne de la Penha (Portugal), style hispano-araabe ; d’après une photographie. Fig. 356 : Bouclier de Philippe II d’Espagne ; d’après une photographie de Laurent. Fig. 357 : Ancien bouclier en cuir d’un roi de Grenade ; d’après une photographie. Fig. 358 : Marteau du portail de la cathédrale de Taragone ; style hispano-arabe. Fig. 359 : Place royale à Ispahan ; d’après un dessin de Coste. Fig. 360 : Façade principale de la mosquée du sultan Achmet, à Constantinople ; d’après une photographie. Fig. 361 : La mosquée du sultan Achmet, à Constantinople, vue du Bosphore ; d’après une photographie. Fig. 362 : Arabe marchand de pains ambulant, à Jérusalem ; d’après une photographie instantanée. Fig. 363 : Arabes des environs d’Assouan (haute Égypte) ; d’après une photographie instantanée de l’auteur. Fig. 364 : Jeune Arabe de la haute Égypte ; d’après une photographie de l’auteur. Fig. 365 : Marchand tunisien ; d’après une photographie. Fig. 366 : Tabouret de bois incrusté de nacre de Damas ; d’après une photographie de l’auteur. La figure “fin du volume”. Gustave Le Bon (1884), La civilisation des Arabes : livres I et II. 24 Table méthodique des figures, cartes et planches en couleurs. Voir la table méthodique des gravures sur le site internet : Les Classiques des sciences sociales : Gustave Le Bon Retour à la table des matières La table suivante a pour but de permettre de trouver immédiatement les gravures concernant un sujet donné. C’est ainsi par exemple que tous les types d’arabes des divers pays se trouvent réunis dans un paragraphe spécial. Les diverses parties d’un même édifice souvent représentées dans des chapitres différents se trouvent rapprochés dans le paragraphe architecture où tous les monuments se trouvent en outre classés par contrée. Qu’il s’agisse de types de races, d’armes, de bijoux ou d’objets quelconques toutes les gravures concernant le même sujet ont été rapprochées. Ce n’est que pour les monuments qu’il a paru utile d’adopter une première division par contrées. 1. TYPES DE RACES Les 34 figures de cette série représentent plus de 150 individus. À l’exception de 2 portraits de femmes empruntés à Ebers, elles ont toutes été exécutées d’après des photographies. Chameliers de l’Arabie pétrée (figure 19) Arabes nomades du désert de la Syrie (figure 17) Nomades et chefs nomades de tribus arabes indépendantes, voisines de la mer Morte (figure 7) Bédouins nomades de la Syrie, voisins de Jécho (figure 8) Arabes sédentaires de Damas (figure 9) Arabe sédentaire de la Syrie (figure 10) Écrivain public, à Jérusalem (figure 181) Arabe marchand de pain ambulant, à Jérusalem (figure 362) Femmes bédouines du désert de la Syrie (figure 18) Femmes bédouines des environs de Baalbeck (Syrie) (figure 169) Jeune fille syrienne (figure 199) Chameliers d’Égypte (figure 167) Marchands d’eau, au Caire (figure 182) Arabe d’un cortège nuptial, au Caire (figure 176) Types divers d’Arabes, au Caire (figure 183) Gustave Le Bon (1884), La civilisation des Arabes : livres I et II. 25 Arabes de la haute Égypte (figure 11) Jeune Arabe de la haute Égypte (figure 364) Arabes des bords du Nil (haute Égypte) (figure 89) Arabes des environs d’Assouan (haute Égypte) (figure 363) Femmes arabes des environs du Caire (figure 12) Marchande de poterie de la haute Égypte (figure 193) Jeune fille copte (figure 194) Musulmans de la Nubie (figure 13) Musulmanes de la Nubie (figure 14) Mendiants marocains (figure 15) Marchand d’eau marocain, à Tanger (figure 16) Jeune fille marocaine (figure 197) Arabes nomades faits prisonniers aux environs de Tunis (figure 168) Jeune femme arabe d’Alger (figure 198) Berbère de l’Algérie (figure 114) Femme berbère des environs de Biskra (figure 196) Femme berbère de l’Algérie (figure 195) Femme berbère fabriquant le kouskoussou (figure 115) Jeune dame turque en costume de ville (figure 200) 2. VUES ET PAYSAGES. Le désert de l’Arabie (figure 5) Vue prise du Sinaï (figure 7) Oasis de Dahab, sur le golfe Élanitique (Arabie pétrée) (figure 4) Passage de l’Euphrate, à Bin-Hadjik (figure 72) Vue prise dans Bagdad (figure 74) Oasis de Biskra (Algérie) (figure 163) Village berbère (figure 113) Vue générale du Caire (figure 93) Ile de Rodah, au Caire (figure 91) Palmiers de Gizeh (figure 90) 3. SCÈNES DE MŒURS, VUES PITTORESQUES. Presque toutes les figures de cette série ont été exécutées d’après des photographie instantanées. Ablutions au puits sacré de Zem-Zem pendant le pèlerinage de la Mecque (figure 22) Campement de pèlerins près de la Mecque (figure 2) Campement de pèlerins aux portes de Médine (figure 21) Boutique de marchand tunisien (figure 365) Écrivain public, à Jérusalem (figure 181) Boutique d’armurier arabe, en Syrie (figure 179) Une rue de Jérusalem (figure 160) Maître d’école et ses élèves, à Damas (figure 64) Femme berbère fabriquant le kouskoussou (figure 115) Campement d’Arabes nomades en Algérie (figure 164) Campement de nomades aux portes de Tanger (figure 166) Un marché au Maroc (figure 165) Grand marché de Tanger (Maroc) (figure 192) Une rue de Tanger (Maroc) (figure 171) Gustave Le Bon (1884), La civilisation des Arabes : livres I et II. 26 Marchands d’eau au Caire (figure 182) Une rue du Caire (figure 100) Vendeurs ambulants au Caire (figure 180) Cortège nuptial au Caire (figure 176) Monture du Caire (figure 172) Groupe d’Arabes au bord du Nil (figure 89) Derviches tourneurs (figure 214) 4. ARCHITECTURE. Cette série comprend environ 150 figures représentant des vues d’ensemble ou de détail d’environ 70 monuments arabes ou mélangés d’influence arabe existant actuellement dans les diverses parties de l’ancien empire des khalifes. Pour faciliter les recherches on les a classés par contrées. ARABIE La Mecque. Vue de la mosquée (figure 5) La Mecque. Intérieur de la mosquée et vue de la Kaaba pendant le pèlerinage (figure 6) Médine. Vue de la ville (figure 20) JÉRUSALEM ET SES ENVIRONS Jérusalem. Vue de la ville (figure 157) Jérusalem. Partie des murailles (figure 156) Jérusalem. Porte de Damas (figure 155) Le Haram-ech-chérif. Intérieur de l’enceinte où se trouve la mosquée d’Omar, à Jérusalem, et où se trouvait autrefois le temple de Salomon (figure 158) Chaire de marbre, dite chaire d’Omar, dans l’enceinte du Harm, à Jérusalem (figure 159) Mosquée d’Omar (figure 65) Intérieur de la mosquée d’Omar (figure 66) Plafonds de la première galerie intérieure de la mosquée d’Omar (figure 67) Mihrab de Zacharie, dans la mosquée el-Akza (figure 68) Oratoire d’Omar, dans la mosquée el-Akza (figure 69) Tour arabe de Ramleh (figure 70) DAMAS Damas. Murs de la ville (figure 59) Rue, à Damas (figure 61) Faubourg du Meïdan, à Damas (figure 60) Grande mosquée de Damas. Cour intérieure (figure 62) Minaret de Jésus (grande mosquée de Damas) (figure 63) Mosquée école, à Damas (figure 215) Tombeau de Fatime, fille du prophète, dans le grand cimetière de Damas (figure 23) Palais d’Azhad pacha, à Damas. Intérieur du harem (figure 201) LE CAIRE Mosquée d’Amrou (cour intérieure) (figure 94) Mosquée de Touloun, sanctuaire (figure 96) Mosquée de Touloun (cour, fontaine et minaret) (figure 95) Chapelle sépulcrale des khalifes Abassides (figure 205) Gustave Le Bon (1884), La civilisation des Arabes : livres I et II. 27 Mosquée el-Azhar. Porte el-Saydet (figure 97) Mosquée el-Azhar. Minarets (figure 98) Mosquée el-Azhar. Entrée de l’une des salles où se font les cours (figure 244) Mosquée el-Azhar. Un des mihrabs (figure 203) Porte Bab-el-Fotouh (figure 109) Citadelle du Caire (figure 93) Puits dit de Joseph (figure 110) Ancien couvent de derviches et fontaine publique (figure 216) Mosquée de Kalaoun. Une des fenêtres (figure 99) Mosquée Hassan. Vue d’ensemble (figure 101) Mosquée Hassan. Fontaine aux ablutions (figure 102) Mosquée funéraire d’el-Barqouq (figure 104) Mosquée Mouaiad. Intérieur (figure 106) Mosquée funéraire de Kaït bey (figure 107) Chaire et sanctuaire de la mosquée de Kaït bey (figure 108) Mosquée de Kagh bey et vue du Caire (figure 92) Mosquée de l’émir Akhor (figure 103) Plaine des tombeaux au pied de la citadelle (figure 105) Ancienne maison du Caire (figure 170) Porte d’une ancienne maison du Caire (figure 173) Salon de réception du Caire (figure 111) TUNIS ET KAIROUAN Tunis. Vue de la ville (figure 112) Minaret de la grande mosquée Sidi-Okba à Kairouan (figure 117) Porte de la grande mosquée Sidi-Okba, à Kairouan (figure 116) Ancienne mosquée de Kairouan (figure 118) Mihrab de la moquée Sidi-el-Habib, à Kairouan (figure 121) Panneau en bois sculpté d’une mosquée de Kairouan (figure 120) Panneau en faïence émaillée d’une mosquée de Kairouan (figure 119) ALGÉRIE ET MAROC Façade de la mosquée Djama-el-Kébir, à Alger (figure 122) Intérieur de la mosquée de Sidi-Bou-Médine, à Tlemcen (figure 124) Tombeau d’un saint arabe dans le bois sacré de Blidah (Algérie) (figure 204) Vue générale de Tanger (Maroc) (figure 125) Minaret de la grande mosquée de Tanger (figure 123) Maisons de Tanger (figure 191) SICILE Façade principale du château arabe de la Ziza, en Sicile (figure 146) Vue intérieure du château de la Ziza (figure 147) Détails d’architecture de l’une des façades du palais arabe de la Cuba (figure 148) CORDOUE Plan de la mosquée de Cordoue (figure 129) Intérieur de la mosquée de Cordoue (figure 127) Arcades de la mosquée de Cordoue (figure 302) Mihrab de la mosquée de Cordoue (figure 128) Plafond du mihrab de la mosquée de Cordoue (planche en couleur) (planche # 07) Gustave Le Bon (1884), La civilisation des Arabes : livres I et II. 28 Porte du pardon, à Cordoue (figure 340) Battant de la porte du pardon, à Cordoue (figure 350) TOLÈDE Porte du soleil, à Tolède (figure 130) Porte de Bisagra (figure 311) Tour arabe de l’église de Santiago, à Tolède (figure 310) Sept tours de diverses églises de Tolède copiées sur d’anciens minarets (figures 303-307; 308- 309) Détails de décoration de l’église el-Transito (figure 347) Arcade de style hispano-arabe (figure 345) SÉVILLE La Giralda de Séville (figure 135) Façade de l’Alcazar (figure 131) Salle des rois maures, à l’Alcazar (figure 134) Une porte de la cour des demoiselles à l’Alcazar (figure 316) Intérieur de l’une des cours de l’Alcazar (figure 132) Intérieur de l’une des cours de l’Alcazar (figure 133) Galerie supérieure de l’une des cours de l’Alcazar (figure 315) Porte de la sacristie du maître autel de la cathédrale de Séville (figure 351) GRENADE Vue prise dans l’Alhambra (figure 312) Cour de l’Alberca, à l’Alhambra (figure 139) Cour des Lions, à l’Alhambra (figure 142) Salle des deux sœurs, à l’Alhambra (figure 140) Détails de l’étage supérieur de la salle des deux sœurs (figure 314) Intérieur du cabinet de Lindaraja (figure 141) Élévation du mihrab de la mosquée de l’Alhambra (figure 136) Façade de la mosquée de l’Alhambra. (figure 136) Détails d’une fenêtre de la mosquée de l’Alhambra (figure 143) Détails d’architecture d’une porte de l’Alhambra (figure 282) Détail d’ornementation d’un chapiteau et d’une colonne de l’Alhambra (figure 313) SÉGOVIE Vues diverses de l’alcazar de Ségovie (figures 144, 145, 331, 332) Ornementation arabe d’un couvent de Ségovie (figure 348) SARRAGOSSE, BELEM, ETC. Neuf chapiteaux arabes de diverses provenances (figures 335 à 343) Arcade arabe de l’Aljaferia, à Sarragosse (figure 344) Abside hispano-arabe de l’église Saint-Pierre, à Calatayud (figure 334) Tour hispano-arabe de Bélem (Portugal) (figure 333) Château de la Penha (Portugal) (figure 355) PERSE Ancienne mosquée d’Hamadan (figure 317) Gustave Le Bon (1884), La civilisation des Arabes : livres I et II. 29 Mosquée et tombeau de Shah-Koda, à Sultanich (figure 318) Une mosquée d’Hispahan (figure 321) Intérieur d’une mosquée d’Hispahan (figure 77) Place royale à Ispahan (figure 359) Pavillon de Tcheel-Soutoun, à Ispahan (figure 76) Pavillon des miroirs, à Ispahan (figure 78) Mosquée des Sunni, à Tabriz (figure 320) SAMARCANDE Mausolée de Tamerlan (figure 319) Faïences émaillées du mausolée de Tamerlan (figure 301) BAGDAD ET SES ENVIRONS. Vue prise dans Bagdad, près de la mosquée Ahmet-Kiaïa (figure 73) Vue prise à Bagdad (figure 75) Mosquée d’Orfa (Mésopotamie) (figure 71) CONSTANTINOPLE Façade principale de la mosquée du sultan Achmet, à Constantinople (type des mosquées turques) (figure 360) Même mosquée que la précédente vue du côté du Bosphore (figure 361) INDE Tour du Koutab, près de Delhi (figure 80) Portail de la mosquée du Koutab près de Delhi, et colonne de fer du roi Dhava (figure 79) Temple de Benderaboun, près de Muttra (figure 83) Jumma-Musjid, grande mosquée de Delhi (figure 87) Le Tadj Mahal, à Agra (figure 84) Grande salle octogone et dôme dans l’intérieur du Tadj (figure 85) Balustrade en marbre blanc ciselé entourant les cénotaphes de Shah Jehan et de sa femme, au Tadj (figure 2) Intérieur de l’une des salles du palais des rois mongols, à Delhi (figure 88) Tombeau d’Akbar, à Secundra (figure 82) Palais du rajah de Goverdhum (figure 322) 5. MONNAIES. Deux monnaies du khalife Omar (figures 284-285) Trois monnaies des premiers khalifes (figure 28-30) Monnaie d’un khalife ommiade de Damas (figure 31) Monnaie du khalife el-Mahady (figure 32) Monnaie du khalife el-Mamoun (figure 33) Monnaie de Touloun (figure 34) Monnaie du khalife Raddy (figure 35) Monnaie en or du khalife fatimite Mostanser (figures 36-37) Monnaie du sultan Saladin, frappée à Damas. Elle porte sur son revers le nom du khalife abasside de Bagdad (figure 38) Autre monnaie de Saladin (figure 39) Gustave Le Bon (1884), La civilisation des Arabes : livres I et II. 30 Monnaie du khalife el Mekel-el-Kamel, portant au revers le nom du khalife abasside de Bagdad (figure 40) Monnaie du sultan Beybars (figure 41) Neuf monnaies des Arabes d’Espagne (figures 42-50) Deux monnaies chrétiennes-arabes des rois normands de Sicile (figures 149-151) 6. BEAUX-ARTS ET ARTS INDUSTRIELS. Les 120 gravures de cette série forment une collection des objets les plus typiques d’art et d’art industriel laissés par les Arabes. On les a classés d’abord suivant la matière travaillée (pierres précieuses, métaux, etc.), puis suivant la nature des objets. Tous les bijoux par exemple se trouvent réunis ensemble ; de même pour les armes, les vitraux, les coffrets, les portes, etc. BIJOUTERIE ET PIERRES PRÉCIEUSES. Bras d’une croix en or ornée de pierreries provenant des Visigoths de Tolède (figure 126) Buire arabe du dixième siècle en cristal de roche (figure 152) Bracelet en or repoussé de style hispano-arabe (figure 322 bis) Collier en or de style hispano-arabe (figure 352) Broche d’argent (Syrie) (figure 286) Parure arabe en argent (Syrie) (figure 287) Agate gravée (figure 19 bis) Reproduction de bijoux et pierres précieuses gravés en or, argent, cornaline, agate, calcédoine, etc. (figures 245-281) SCULPTURE SUR PIERRE. Margelle en pierre d’un puits arabe, à Cordoue (figure 283) Fragment de sculpture arabe sur pierre (figure 189) Porte en pierre sculptée d’une ancienne maison du Caire (figure 173) Porte en pierre sculptée d’Aladin, au Koutab (figure 81) TRAVAIL DES MÉTAUX, DAMASQUINERIE, CISELURE, ETC. Casse tête (figure 53) Poignard (figure 54) Lance (figure 55) Haches d’armes (figure 56-57) Casque (figure 58) Panoplies d’armes arabes de diverses époques (figure 153) Gaines et fourreaux d’armes arabes (figure 154) Bouclier de Philippe II d’Espagne (figure 356) Ancien astrolabe arabe (figure 228) Autre face du même instrument (figure 229) Face antérieure d’un astrolabe arabe, conservé à la Bibliothèque nationale de Paris (figure 230) Face postérieure du même astrolabe (figure 231) Astrolabe arabe de Philippe II d’Espagne (figure 232) Ancienne lampe de mosquée en bronze (figure 212) Lampe de mosquée du Caire, en bronze (figure 190) Ancienne lampe arabe provenant de la mosquée de l’Alhambra (figure 213) Flambeau du sultan Kalaoun (figure 210) Gustave Le Bon (1884), La civilisation des Arabes : livres I et II. 31 Flambeau du sultan Kalaoun (figure 211) Coffret du sultan Kalaoun (figure 188) Guéridon en bronze incrusté d’argent (figure 288) Partie supérieure du guéridon précédent (figure 289) Ancien vase de cuivre arabe (figure 185) Vase arabe de cuivre damasquiné, connu sous le nom de Baptistère de saint Louis (figure 162) Vase de cuivre incrusté d’argent (figure 330) Vase de bronze chinois-arabe (figure 326) Vases de bronze chinois-arabe (figures 327-329) Vase de bronze chinois-arabe (figure 325) Ancien plat arabe en cuivre (figure 163) Encrier en cuivre repoussé (figure 217) Narghilé arabe incrusté d’argent (figure 177) Clefs arabes de villes et de châteaux (figure 52) Cadenas arabe (figure 186-187) Marteau du portail de la cathédrale de Tarragone (figure 358) Plateau de cuivre incrusté d’argent, de Damas (figure 202) TRAVAIL DU BOIS ET DE L’IVOIRE. Coffret d’ivoire sculpté, de Cordoue, du dixième siècle (figure 299) Coffret en ivoire sculpté, du dixième siècle (figure 323) Coffret du onzième siècle, style persan-arabe (figure 406) Coffret marocain en ivoire sculpté, du onzième siècle (figure 324) Coffret d’ivoire sculpté, du douzième siècle. (figure 298) Ancien coffret arabe du Caire (figure 297) Coffret persan incrusté de nacre (figure 227) Tabouret de bois incrusté de nacre, de Damas (figure 366) Marque arabe, en bois, d’un boulanger (figure 295) Table en bois, incrusté, du Caire (figure 293) Guéridon arabe, en bois, du Caire (figure 294) Plafond de la mosquée Mouaiad, au Caire (figure 206) Plafond d’une ancienne maison arabe du Caire (figure 174) D’autres plafonds se trouvent représentés sur divers dessins de monuments de cet ouvrage, notamment sur les suivants : Galerie intérieure de la mosquée d’Omar (figure 66) Pavillon des Miroirs, à Ispahan (figure 78) Ancienne porte arabe du Caire (figure 290) Panneau de bois incrusté d’ivoire, pris dans une porte du Caire (figure 291) Panneau d’une porte en bois du salon des ambassadeurs, à l’Alcazar de Séville (figure 292) Panneau de bois sculpté d’une mosquée de Kairouan (figure 120) D’autres portes arabes en bois ont été représentées dans diverses parties de cet ouvrage et se trouvent mentionnées à l’article architecture. Les plus remarquables sont les suivants : Porte du pardon, à Cordoue (figure 349) Porte de la cour des demoiselles, à Séville (figure 316) Porte de la sacristie de la cathédrale de Séville (figure 351) Détails d’une porte de l’Alhambra (figure 282) Gustave Le Bon (1884), La civilisation des Arabes : livres I et II. 32 VERRERIE, CÉRAMIQUE, MOSAÏQUES. Ancienne coupe arabe en verre (figure 184) Lampe en verre émaillé (figure 353) Verre arabe dit de Charlemagne (figure 161) Vitrail du harem du palais d’Azhad pacha, à Damas (figure 175) Vitrail de mosquées arabes du Caire (figure 207) Vitrail de mosquée (figure 208) Vitrail de mosquée (figure 209) Ornements en faïence émaillée, pris dans une mosquée de Kairouan (figure 119) Faïences émaillées de la porte principale du mausolée de Tamerlan (figure 301) Vase arabe de l’Alhambra (figure 300) Narghilé persan-arabe (figure 178) TRAVAIL DU CUIR ET DES ÉTOFFES. Ancien bouclier en cuir d’un roide Grenade (figure 357) Ancienne selle arabe (figure 243) Ancienne reliure de Coran (figure 218) Enseigne arabe des Almohades (figure 51) Anciennes étoffes arabes (figures 239; 240; 241; 242) 7. MANUSCRITS. INSCRIPTIONS. Gardes d’un ancien Coran de la bibliothèque de l’Escurial (figure 26) Dernière page d’un ancien Coran de la bibliothèque de l’Escurial (figure 27) Ornements extraits d’un ancien Coran du Caire (figure 24) Couverture d’un ancien Coran (figure 218) Sceaux des quatre premiers khalifes : Abou Bekr, Omar, Othman et Ali (figure 220 à 223) Chiffre de Mahomet ; d’après une ancienne inscription de la mosquée de Touloun (figure 25) Inscription ornementale formée par la combinaison de caractères koufiques (figure 219) Frise d’une coupe arabe formant inscription par la déformation de la partie inférieure des personnages (figure 224) Inscription arabe moderne, relevée dans une maison de Damas (figure 225) Inscription arabe moderne, relevée dans une maison de Damas (figure 226) Dessins d’un ancien manuscrit arabe représentant des cavaliers lançant le feu grégeois (figure 235- 236) Dessin d’un ancien manuscrit représentant les projectiles incendiaires employés par les Arabes au treizième siècle (figure 237) Dessin d’un ancien manuscrit représentant les armes à feu employées par les Arabes au treizième siècle (figure 238) 8. CARTES. Carte de l’Arabie et des régions voisines (carte # 1) Carte arabe du douzième siècle (figure 233) Carte du géographe arabe Edrisi (figure 234) Carte de l’empire des Arabes à l’époque de leur plus grande puissance et des pro actuels de l’islamisme (carte # 2) Gustave Le Bon (1884), La civilisation des Arabes : livres I et II. 33 9. PLANCHES EN COULEUR. Table de bronze incrustée d’argent du sultan Mahomed ben Kalaoun (treizième siècle) (Frontispice.) (planche 2) Mosquée d’Omar, à Jérusalem (planche 3) Sanctuaire de la mosquée el-Akza, à Jérusalem (planche 4) Grande mosquée d’Ispahan (planche 5) Plafond du mihrab de la mosquée de Cordoue (planche 6) Ornementation polychrome d’un pavillon de l’Alhambra (planche 1) Plafond d’une maison moderne, à Damas (planche 7) Vitraux du sanctuaire de la mosquée el-Akza, à Jérusalem (planche 9) Pavement en marbre d’une ancienne maison du Caire. Mosaïques en marbre et nacre de la grande mosquée de Damas (planche 8) Anciennes lampes en verre émaillé des mosquées du Caire (planche 10) Gustave Le Bon (1884), La civilisation des Arabes : livres I et II. 34 Dr Gustave Le Bon (1884) La civilisation des Arabes Ouvrage illustré de 10 photolithographies, 4 cartes et 366 gravures dont 70 grandes planches, d’après les photographies de l’auteur ou d’après les documents les plus authentiques. Le Sycomore 102 Bd. Beaumarchais 75011 Paris Retour à la table des matières Gustave Le Bon (1884), La civilisation des Arabes : livres I et II. 35 La civilisation des Arabes (1884) Introduction I Retour à la table des matières Les lecteurs de nos précédents ouvrages connaissent la genèse de ce nouveau livre. Ils savent qu’après avoir étudié l’homme et les sociétés, nous devions aborder l’histoire des civilisations. Notre dernier travail 1 avait été consacré à décrire les formes successives de l’évolution physique et intellectuelle de l’homme, les éléments divers dont les sociétés se composent. Remontant aux plus lointaines périodes de notre passé, nous avons fait voir comment se formèrent les premières agglomérations humaines, comment naquirent la famille et les sociétés, l’industrie et les arts, les institutions et les croyances ; comment ces éléments se transformèrent à travers les âges, et quels furent les facteurs de ces transformations, Après avoir étudié l’homme isolé et l’évolution des sociétés, il nous reste, pour compléter notre plan, à appliquer à l’étude des grandes civilisations les méthodes que nous avons exposées. 1 L’homme et les sociétés. Leurs origines et leur développement, 2 vol. Paris : Édition J. Rotschild, 1981. Édition reproduite à Paris, en 1987 aux Éditions Jean-Michel Place. Tome I : Développement physique et intellectuel (520 pages); Tome II : Les sociétés. Leurs origines et leur développement (432 pages). Ouvrage orné de 90 gravures. Gustave Le Bon (1884), La civilisation des Arabes : livres I et II. 36 L’entreprise est vaste, ses difficultés sont grandes. Ignorant jusqu’où nous pourrons la conduire, nous avons voulu que chacun des volumes qui composeront cet ouvrage fût complet et indépendant. S’il nous est donné de terminer les huit à dix volumes que notre plan comprend, rien ne sera plus simple que de classer ensuite dans un ordre méthodique l’histoire des diverses civilisations à l’étude desquelles chacun d’eux aura été consacré. Nous avons commencé par les Arabes parce que leur civilisation est une de celles que nos voyages nous ont le mieux fait connaître, une de celles dont le cycle est le plus complet et où se manifeste le plus clairement l’influence des facteurs dont nous avons essayé de déterminer l’action, une de celles enfin dont l’histoire est la plus intéressante et cependant la moins connue. La civilisation des Arabes règne depuis douze siècles sur l’immense région qui s’étend des rivages de l’Atlantique à la mer des Indes, des plages de la Méditerranée aux sables de l’Afrique intérieure. Les populations qui l’habitent possèdent la même religion, la même langue, les mêmes institutions, les mêmes arts, et firent jadis partie du même empire. Embrasser dans une vue d’ensemble les principales manifestations de cette civilisation chez les peuples où elle a régné, reproduire toutes les merveilles qu’elle a laissées en Espagne, en Afrique, en Égypte, en Syrie, en Perse et dans l’Inde, n’avait pas encore été tenté. Les arts eux-mêmes, les plus connus pourtant des éléments de la civilisation arabe, n’avaient pas encore été soumis à cette étude d’ensemble. Les rares auteurs qui ont abordé leur description constataient toujours qu’elle manquait complè- tement, mais le défaut de documents les avait empêchés de la tenter. Il était évident sans doute que la similitude des croyances avait dû déterminer une parenté très grande dans les manifestations des arts des divers pays soumis à la loi de l’islam ; mais il était évident aussi que les variétés de races et de milieux avaient dû engendrer des différences profondes. Quelles étaient ces analogies, et quelles étaient ces différences ? Le lecteur qui voudra parcourir les chapitres de cet ouvrage consacrés à l’étude de l’architecture et des arts verra combien la science actuelle était muette sur ces questions. À mesure qu’on pénètre dans l’étude de cette civilisation, on voit les faits nou- veaux surgir et les horizons s’étendre. On constate bientôt que le Moyen Âge ne connut l’antiquité classique que par Arabes ; que pendant cinq cents ans, les universités de l’Occident vécurent exclusivement de leurs livres, et qu’au triple point de vue matériel, intellectuel et moral, ce sont eux qui ont civilisé l’Europe. Quand on étudie leurs travaux scientifiques et leurs découvertes, on voit qu’aucun peuple n’en produisit d’aussi grands dans un temps aussi court. Lorsqu’on examine leurs arts, on reconnaît qu’ils possédèrent une originalité qui n’a pas été dépassée L’action des Arabes, déjà si grande en Occident, fut plus considérable encore en Orient. Aucune race n’y a jamais exercé une influence semblable. Les peuples qui ont jadis régné sur le monde : Assyriens, Perses, Égyptiens, Grecs et Romains ont disparu sous la poussière des siècles, et n’ont laissé que d’informes débris ; leurs religions, leurs langues et leurs arts ne sont plus que des souvenirs. Les Arabes ont disparu à leur tour; mais les éléments les plus essentiels de leur civilisation, la religion, la langue et les arts, sont vivants encore, et du Maroc jusqu’à l’Inde, plus de cent millions d’hommes obéissent aux institutions du prophète. Gustave Le Bon (1884), La civilisation des Arabes : livres I et II. 37 Des conquérants divers ont renversé les Arabes, aucun n’a songé à remplacer la civilisation qu’ils avaient créée. Tous ont adopté leur religion, leurs arts, et la plupart leur langue. Implantée quelque part, la loi du prophète y semble fixée pour toujours. Elle a fait reculer dans l’Inde des religions pourtant bien vieilles. Elle a rendu entièrement arabe cette antique Égypte des Pharaons, sur laquelle les Perses, les Grecs, les Romains avaient eu si peu d’influence. Les peuples de l’Inde, de la Perse, de l’Égypte, de l’Afrique ont eu d’autres maîtres que les disciples de Mahomet : depuis qu’ils ont reçu la loi de ces derniers, ils n’en ont pas reconnu d’autre. C’est une merveilleuse histoire que celle de cet halluciné illustre dont la voix soumit ce peuple indocile, qu’aucun conquérant n’avait pu dompter, au nom duquel furent renversés les plus puissants empires, et qui, du fond de son tombeau, tient encore des millions d’hommes sous sa loi. La science moderne qualifie ces grands fondateurs de religions et d’empires d’aliénés ; et, au point de vue de la vérité pure, elle a raison. Il faut les vénérer Pourtant. L’âme d’une époque, le génie d’une race sont incarnés en eux. Des générations d’ancêtres perdues dans le sommeil des siècles parlent par leurs voix. Ces créateurs d’idéals n’enfantent sans doute que des fantômes, mais ces fantômes redoutés nous ont fait ce que nous sommes, et sans eux aucune civilisation n’aurait pu naître. L’histoire n’est que le récit des événements accomplis par l’homme pour créer un idéal quelconque, l’adorer ou le détruire. La civilisation des Arabes fut créée par un peuple à demi barbare. Sorti des déserts de l’Arabie, il renversa la puissance séculaire des Perses, des Grecs et des Romains, fonda un immense empire qui s’étendit de l’Inde jusqu’à l’Espagne, et produisit ces œuvres merveilleuses dont les débris frappent d’admiration et d’étonnement. Quels facteurs présidèrent à la naissance et au développement de cette civilisation et de cet empire ? Quelles furent les causes de sa grandeur et de sa décadence ? Les raisons données par les historiens sont en vérité trop faibles pour soutenir l’examen. Une méthode d’analyse ne pouvait être mieux jugée qu’en l’appliquant à un tel peuple. C’est de l’Orient que l’Occident est né, et c’est encore à l’Orient qu’il faut aller demander la clef des événements passés. Sur cette terre merveilleuse, les arts, les langues et la plupart des grandes religions se sont manifestés, Les hommes n’y sont pas ce qu’ils sont ailleurs. Idées, pensées et sentiments sont autres. Les transformations y sont maintenant si lentes qu’on peut en le parcourant remonter toute la chaîne des âges. Artistes, savants et poètes y reviendront toujours. Que de fois, assis à l’ombre d’un palmier ou du pylône de quelque temple, me suis-je plongé dans de longues rêveries pleines de claires visions des âges disparus. On s’assoupit légèrement ; et, sur un fond lumineux, s’élèvent bientôt des villes étranges dont les tours crénelées, les palais féeriques, les temples, les minarets scintillent sous un soleil d’or, et que parcourent des caravanes de nomades, des foules d’Asiatiques vêtus de couleurs éclatantes, des troupes d’esclaves à la peau bronzée, des femmes voilées. Elles sont mortes aujourd’hui, pour la plupart ces grandes cités du passé : Ninive, Damas, Jérusalem, Athènes, Grenade, Memphis et la Thèbes aux cent portes. Les palais de l’Asie, les temples de l’Égypte sont maintenant en ruines. Les dieux de la Babylonie, de la Syrie, de la Chaldée, des rives du Nil ne sont plus que des souvenirs. Mais que de choses dans ces ruines, quel monde d’idées dans ces souvenirs. Que de secrets à demander à toutes ces races diverses qui se succèdent des colonnes Gustave Le Bon (1884), La civilisation des Arabes : livres I et II. 38 d’Hercule aux plateaux fertiles de la vieille Asie, des plages verdoyantes de la mer Égée aux sables brillants de l’Éthiopie. On rapporte bien des enseignements, de ces contrées lointaines ; on y perd aussi bien des croyances. Leur étude nous montre combien est profond l’abîme qui sépare les hommes, et à quel point sont chimériques nos idées de civilisation et de fraternité universelle, combien les vérités et les principes qui semblent les plus absolus peuvent changer, en réalité, d’un pays à l’autre. Il y a donc bien des questions à résoudre dans l’histoire des Arabes, et plus d’une leçon à retenir. Ce peuple est un de ceux qui personnifient le mieux ces races de l’Orient, si différentes de celles de l’Occident. L’Europe les connaît bien peu encore ; elle doit apprendre à les connaître, car l’heure approche où ses destinées dépendront beaucoup des leurs. Le contraste entre l’Orient et l’Occident est aujourd’hui trop grand, pour qu’on puisse jamais espérer de faire accepter à l’un les idées et les façons de penser de l’autre. Nos vieilles sociétés subissent des transformations profondes ; les rapides progrès des sciences et de l’industrie ont bouleversé toutes nos conditions physiques et morales d’existence. Antagonisme violent dans le corps social ; malaise général qui nous conduit sans cesse à changer nos institutions pour remédier aux maux que ces changements mêmes engendrent ; défaut de concordance entre les sentiments anciens et les croyances nouvelles ; destruction des idées sur lesquelles avaient vécu les anciens âges. Tel aujourd’hui est l’Occident. Famille, propriété, religion, morale, croyances, tout change ou va changer. Les principes dont nous avions vécu jusqu’ici, les recherches modernes les remettent en question. Ce qui sortira de la science nouvelle nul ne pourrait le dire. Les foules s’enthousiasment maintenant pour quelques théories très simples constituées surtout par un ensemble de négations radicales ; mais les conséquences de ces négations, elles ne les entrevoient pas encore. Des divinités nouvelles ont remplacé les anciens dieux. La science actuelle essaie de les défendre : qui pourrait dire qu’elle les défendra demain ? L’Orient offre un spectacle tout autre. Au lieu de nos divisions et de notre vie fiévreuse, il présente le tableau de la tranquillité et du repos. Ces peuples, qui forment par leur nombre la plus importante portion du genre humain, sont arrivés depuis longtemps à cette résignation tranquille qui est au moins l’image du bonheur, Ces sociétés antiques ont une solidité qu’ont perdue les nôtres. Les croyances que nous n’avons plus, elles les ont encore. La famille, qui tend à se dissocier si profondément chez nous, y conserve sa stabilité séculaire. Les principes qui ont perdu toute influence sur nous ont conservé toute leur puissance sur eux. Religion, famille, institutions, autorité de la tradition et de la coutume, ces bases fondamentales des sociétés anciennes si profondément sapées en Occident, ont gardé tout leur prestige en Orient. Le problème redoutable d’avoir à les remplacer, les peuples de l’Orient n’ont pas à y songer. II Gustave Le Bon (1884), La civilisation des Arabes : livres I et II. 39 Retour à la table des matières Nous avons suffisamment exposé ailleurs les méthodes d’investigation qui nous semblent applicables à l’étude des phénomènes historiques, Il suffira de rappeler les plus essentiels. La notion de cause qui domine aujourd’hui l’étude des faits scientifiques domine également celle des faits historiques. Les méthodes d’investigation applicables aux uns le sont également aux autres. Un phénomène social doit être étudié comme un phénomène physique ou chimique quelconque. Il est soumis à certaines lois ou, si on le préféré, à certaines hiérarchies de nécessités. L’homme s’agite, des forces supérieures le mènent : Nature, Providence, Fatalité ou Destin, il n’importe. Nous sommes saisis de la naissance jusqu’à la mort dans un engrenage de forces bienfaisantes ou nuisibles, irrésistibles toujours. Notre suprême effort est d’arriver à connaître quelques conditions de leurs manifestations. L’Histoire de l’humanité peut être considérée comme une trame immense dont toutes les parties se tiennent et dont les premières mailles remontent aux plus lointaines origines de notre planète. Un phénomène historique quelconque est toujours le résultat d’une longue série de phénomènes antérieurs. Le présent est fils du passé et porte l’avenir en germe. Dans les événements actuels une intelligence suffisante pourrait lire l’infinie succession des choses. Mais une intelligence semblable n’apparaîtra sans doute jamais. Alors même que nous connaîtrions la totalité des facteurs qui ont enfanté le présent et les forces respectives de chacun d’eux, il serait absolument impossible de les soumettre à l’analyse. Il est au-dessus des efforts de l’astronomie de déterminer par le calcul la direction que prendrait un corps soumis seulement à l’action de trois autres. Que serait donc le problème s’il s’agissait de milliers de corps ? Toutes les prétendues lois que l’on croit pouvoir tirer de l’étude de l’histoire ne sont en réalité que la constatation empirique de certains faits. On peut les comparer aux observations également empiriques des statisticiens. Un million d’individus d’âge connu étant donnés, ils peuvent prédire avec certitude combien mourront à une époque déterminée et combien à une autre ; combien de crimes seront commis et quels seront ces crimes. L’expérience du passé rend ces prédictions faciles. Remonter aux causes des faits observés serait entièrement impossible. Les facteurs déterminants sont beaucoup trop nombreux. L’impossibilité de remonter bien loin dans l’enchaînement des causes qui détermine un phénomène social a inspiré un certain dédain des sciences historiques aux savants qui ont essayé de les approfondir. Un écrivain éminent, M. Renan, les qualifie de « petites sciences conjecturales qui se défont sans cesse après s’être faites, et qu’on négligera dans cent ans. On voit poindre un âge où l’homme n’attachera plus beaucoup d’intérêt à son passé. Je crains fort, dit-il, que nos écrits de précision de l’Académie des inscriptions et belles-lettres, destinés à donner quelque exactitude à l’histoire, ne pourrissent avant d’avoir été lus. » Le même auteur considère que l’avenir est aux sciences physiques et naturelles qui nous donneront « le secret de l’être, du monde, de Dieu, comme on voudra l’appeler. » Gustave Le Bon (1884), La civilisation des Arabes : livres I et II. 40 Chacun peut l’espérer sans doute ; mais rien jusqu’ici n’a justifié de telles espérances. Les sciences les plus positives ne nous ont rien dit encore de la raison première d’un seul phénomène. Ce n’est que la simplicité des relations qu’elles découvrent qui fait leur force apparente. Aussitôt qu’elles s’attaquent à des phénomènes un peu complexes, elles se perdent dans les conjectures. Les sciences modernes commencent à peine à balbutier une réponse aux questions que l’homme se pose chaque jour. Du berceau à la tombe, la nature a semé notre chemin d’insolubles problèmes. Les curiosités qu’elle nous met au cœur, elle ne les assouvit jamais. La science évoque des idées, bien plus qu’elle ne résout des problèmes ; et notre globe aura sans doute rejoint dans l’espace les vieux mondes refroidis, avant que le sphinx éternel ait répondu à un seul pourquoi. Il ne faut donc pas s’illusionner sur la portée des sciences et leur demander ce qu’elles ne peuvent donner. Elles nous apprennent à déchiffrer un homme, un animal, une société ou une plante, à reconstituer le tableau fidèle d’une époque, à déterminer l’enchaînement des principaux événements historiques. N’exigeons pas davantage de l’historien. La tâche est assez lourde d’ailleurs pour nécessiter tous ses soins. Les matériaux permettant de reconstituer le tableau d’une civilisation sont difficiles à réunir, plus difficiles encore à mettre en œuvre. Ce n’est pas dans ces généalogies de souverains, dans ces récits de batailles et de conquêtes, qui forment le fond de l’histoire classique, que de tels matériaux doivent être cherchés. Nous les trouverons surtout dans l’étude des langues, des arts, des littératures, des croyances, des institutions politiques ou sociales de chaque époque. Ces éléments divers d’une civilisation ne doivent pas être considérés comme le résultat du caprice des hommes, du hasard ou de la volonté des dieux, mais bien comme l’expression des besoins, des idées, des sentiments des races où ils se sont manifestés. Une religion, une philosophie, une littérature, un art impliquent certains modes de sentir et de penser et n’en impliquent pas d’autres. Convenablement interprétées, les actions et les œuvres des hommes nous disent leurs pensées. Elles nous disent leurs pensées et nous permettent de reconstituer l’image d’une époque, mais ce tableau ne saurait suffire. Il faut encore expliquer sa formation. Le peuple que l’on étudie à un moment déterminé ne s’est pas formé d’un seul coup. Il est la résultante d’un long passé et des influences variées de milieu auquel il a été constamment soumis. C’est donc dans le passé d’une race qu’il faut chercher l’explication de son état actuel. On pourrait donner le nom d’embryologie sociale à cette étude de la formation des divers éléments dont une société se compose. Elle est destinée à devenir la base la plus solide de l’histoire, de même que l’embryologie des êtres vivants est devenue aujourd’hui la base la plus sûre des sciences biologiques. Êtres vivants ou sociétés doivent toujours passer par une lente succession de formes inférieures avant d’atteindre des phases d’évolution supérieures. Ces formes disparues, l’histoire ne nous les révèle pas toujours. Bien des termes de la série sont actuellement perdus. L’observation permet cependant de reconstituer les termes essentiels. Comme les êtres vivants, toutes les sociétés n’ont pas atteint les mêmes périodes de développement. Beaucoup n’ont pas dépassé ces étapes intermédiaires Gustave Le Bon (1884), La civilisation des Arabes : livres I et II. 41 que l’Occident a fini par franchir et qui représentent l’image immobilisée du passé. On peut revoir en parcourant le globe – et c’est seulement ainsi – qu’on peut les revoir – les principales périodes de l’histoire de l’humanité depuis les primitives époques de la pierre taillée jusqu’aux temps actuels. On peut arriver à reconstruire ainsi tout le passé d’un peuple, l’évolution des éléments dont sa civilisation se compose. Bien des éléments divers, monuments, littérature, langues, institutions, croyances, etc., peuvent être utilisés pour reconstruire l’histoire d’une civilisation et de sa formation. Il est rare que nous les possédions tous. Il suffit d’en posséder quelques-uns pour retrouver les autres. Les mêmes méthodes qui permettent de reconstituer un animal avec quelques fragments de son squelette sont applicables à l’histoire. L’apparition de certains caractères implique toujours l’existence de certains autres. Tous ces matériaux de reconstitution sont bien insuffisants parfois, au point de vue de la précision surtout. La science moderne en laissera de plus exacts à nos descendants. Il est aisé de prévoir que les historiens de l’avenir écriront des livres fort différents de ceux d’aujourd’hui. Dans les histoires de la civilisation du vingtième siècle le texte sera réduit sans doute au titre de l’ouvrage et remplacé par des collections de photographies, de cartes et de courbes graphiques représentant les variations numériques de tous les phénomènes sociaux. Une grandeur quelconque, force, poids, durée, etc., peut toujours être exprimée par un chiffre ou par une ligne. Il n’est pas de phénomène psychologique ou social si complexe qu’on le suppose qui ne puisse être également considéré comme une valeur susceptible d’être numériquement traduite. Il suffit de le décomposer dans ses éléments essentiels pour lui trouver une mesure. La statistique est assurément la moins avancée de toutes les sciences nouvelles en voie de formation ; ce qu’elle nous apprend déjà permet de pressentir cependant ce qu’elle pourra nous enseigner un jour. La production et la consommation d’un pays, sa richesse, ses besoins, les aptitudes physiques ou morales de la race qui l’habitent, les variations de ses sentiments et de ses croyances, l’influence des divers facteurs pouvant agir sur elle, nous sont clairement révélés par les chiffres que les statisticiens réunissent aujourd’hui. En attendant cette époque future où les dissertations historiques auront été remplacées par des photographies, des cartes et des courbes géométriques représentant l’état de tous les phénomènes sociaux et leurs changements, il faut s’efforcer de choisir, parmi les documents que nous a laissés le passé, les plus précis. Avec tous les éléments que nous avons énumérés on a en main les matériaux nécessaires pour présenter le tableau d’ensemble des civilisations passées et l’histoire de leur formation. Pour mettre ces matériaux en œuvre, il est indispensable d’aller étudier sur place les débris que ces civilisations ont laissés. L’aspect des choses peut seul donner cette claire notion du passé qu’aucun ouvrage ne saurait offrir. Qu’il s’agisse de sciences naturelles ou sociales, on ne les apprend pas dans les livres. C’est surtout quand il est question d’un peuple tel que les Arabes dont les vestiges sont nombreux dans les pays où sa civilisation a fleuri que l’étude des milieux est indispensable. Il n’y a d’ailleurs que les voyages qui puissent nous apprendre à nous soustraire au joug des opinions toutes faites, lourd héritage des traditions et des préjugés du passé. Le lecteur trouvera dans cet ouvrage l’application des principes qui viennent d’être succinctement présentés. Ils ont conduit l’auteur à s’écarter complètement des opinions classiques sur la plupart des questions qui touchent aux Orientaux : la religion Gustave Le Bon (1884), La civilisation des Arabes : livres I et II. 42 de Mahomet, la polygamie, l’esclavage, les croisades, les institutions et les arts, l’action des Arabes en Europe et bien d’autres encore. III Retour à la table des matières Les débris qui nous restent de la civilisation des Arabes sont assez nombreux Pour nous permettre de la reconstituer facilement dans ses parties essentielles. Nous en avons utilisé la plupart : œuvres scientifiques, littéraires, artistiques et industrielles, institutions et croyances. Parmi les éléments auxquels nous avons eu le plus volontiers recours, il faut mentionner surtout les œuvres plastiques. Sous leur forme tangible, elles parlent clairement à l’esprit. On y retrouve toujours l’expression fidèle des besoins, des sentiments, des temps où elles ont pris naissance. L’influence de la race et du milieu s’y fait nettement sentir. Dans les œuvres d’une époque, quelles que soient ces œuvres, on peut lire souvent cette époque tout entière. Une caverne de l’âge de la pierre, un temple égyptien, une mosquée, une cathédrale, une gare de chemin de fer, le boudoir d’une femme à la mode, une hache de silex, une épée à deux mains ou un canon de cinquante tonnes en disent beaucoup plus que des monceaux de dissertations. Il n’a qu’une façon de décrire les œuvres plastiques d’un peuple, c’est de les représenter. Des photographies du Parthénon, de l’Alhambra, de la Vénus de Milo nous semblent préférables à la collection complète des livres que tous les auteurs du monde entier ont pu écrire sur eux. C’est parce que nous étions pénétré de l’importance de tels documents pour évoquer dans l’esprit l’image fidèle des temps que l’on veut faire revivre, que nous nous sommes attaché à multiplier leurs reproductions. Le lecteur qui se bornerait seulement à parcourir les planches de cet ouvrage, en saurait plus sur la civilisation des Arabes et les changements qu’elle a subis dans les divers pays où elle s’est manifestée, qu’après la lecture de bien des volumes. Mettre les œuvres elles-mêmes sous les yeux dispense en même temps de ces longues descriptions qui ne donnent aucune idée des choses qu’elles prétendent décrire. On a dit avec raison que cent pages de texte ne valent pas une bonne figure ; on eût pu dire aussi bien cent volumes. Lorsqu’il s’agit de formes à définir, les mots d’aucune langue ne sauraient suffire, C’est surtout quand il s’agit de l’Orient que les figures sont nécessaires. C’est par les yeux seulement qu’on peut connaître ses paysages, ses monuments, ses œuvres d’art, les races diverses qui l’animent. Le style le plus imagé ne donnera jamais une impression comparable à celle produite par la vue des choses, ou, à défaut des choses, par leur fidèle image. Mais ces monuments, ces œuvres d’art, ces paysages, ces types de races, ces scènes de la vie intime, il faut aller les chercher bien loin, et, si on les veut fidèles, la Gustave Le Bon (1884), La civilisation des Arabes : livres I et II. 43 photographie seule peut les donner. C’est à elle que nous les avons demandés. Des jours ajoutés à des jours ne permettraient pas à l’artiste le plus habile d’atteindre la perfection qu’elle réalise en quelques secondes. Si l’on voulait se borner uniquement à la reproduction des monuments, un artiste suffisamment habile, et pour lequel le temps serait un élément sans valeur, arriverait peut-être à lutter avec la photographie. Pour ces mille scènes de la vie publique qui forment une grande partie de l’existence d’un peuple, la lutte n’est plus possible. La photographie instantanée est seule capable de reproduire fidèlement les objets en mouvement : une rue animée, un marché, un coursier lancé au galop, un cortège nuptial, et tous les sujets analogues. C’est d’hier seulement que des méthodes nouvelles permettent d’y avoir recours en voyage. Elle a été utilisée pour la première fois dans cet ouvrage. Le lecteur pourra juger de l’importance des résultats qu’elle fournit. Chacune des photographies que contient ce livre est un document fidèle, et c’est le propre de documents semblables de ne pouvoir vieillir. Je puis m’exprimer librement à l’égard de ces photographies, puisque le soleil seul en est l’auteur. Que le savant qui dédaignerait les scènes pittoresques que contient cet ouvrage veuille bien réfléchir un instant, et se demander s’il ne préfèrerait pas aux montagnes de livres que nous possédons sur les Grecs et les Romains, une collection de photographies instantanées, où figureraient, avec leurs monuments, toutes les scènes de leur existence. Que de choses ces photographies nous apprendraient, et combien est minime en comparaison tout ce que les écrits nous apprennent. Pour tout ce qui concerne la reproduction fidèle des monuments ou des êtres, le dessin a fait son temps : la photographie doit le remplacer. Dans les livres de sciences, d’histoire ou de voyages, elle est le seul procédé qui puisse être toléré aujourd’hui. Il peut être pénible sans doute de s’assujettir à transporter dans de lointains pays des appareils d’un maniement délicat ; mais c’est une nécessité à laquelle tout voyageur, tout savant désireux d’inspirer confiance, devra désormais se soumettre. Cette opération essentielle, on ne doit jamais la confier à personne ; car si la technique de la photographie est fort simple, le choix des choses à reproduire et les conditions dans lesquelles il faut les reproduire est beaucoup moins facile. Il suffit d’examiner le même paysage, le même monument, la même personne exécutés par des opérateurs différents, pour comprendre combien l’éclairage, le point de vue choisi, la perspective, etc., peuvent changer leur aspect, L’objectif a toujours été fidèle, mais la nature a changé. Le même monument, le même paysage, éclairé par un soleil d’hiver, ou par la chaude lumière d’un beau jour d’été, n’est plus le même monument, le même paysage – du lever au coucher du soleil, il peut dans la même journée se transformer plusieurs fois. Être exact est une condition essentielle ; mais reproduire les choses sous l’aspect où elles nous impressionnent le plus, ce qui est l’art tout entier, est également une condition fondamentale. La fidélité des contours ne saurait suffire à déterminer une impression analogue à celle produite par les objets euxmêmes. J’admire beaucoup le savant livre de M. Perrot, sur l’Égypte, mais les pâles et sèches gravures dont il est orné me donnent du pays et des monuments une impression absolument différente de celle produite par la réalité 1. C’est un but tout autre qu’un auteur doit se proposer d’atteindre. 1 Le lecteur qui comparera les planches du livre que je viens de citer, représentant les pyramides vues du Caire, les temples de l’île de Philae, etc., avec de bonnes photographies, reconnaîtra aisément combien l’impression produite est différente, et, par suite, à quel point de tels dessins sont imparfaits. Gustave Le Bon (1884), La civilisation des Arabes : livres I et II. 44 Les moyens employés pour reproduire nos photographies ont varié suivant l’impression qu’on se proposait de donner. Pour les effets d’ensemble, dans lesquels les détails devaient disparaître, elles ont été transformées directement en clichés par les nouveaux procédés de la photogravure ; pour celles où les moindres détails devaient être rendus, les photographies ont été gravées au burin, après avoir été reportées sur bois sans aucune intervention du dessinateur. À part de très rares exceptions, on n’a fait usage de dessins au trait que pour montrer certains détails délicats d’architecture que d’autres procédés n’auraient pas suffisamment rendus, Sur les 366 gravures de cet ouvrage, aucune n’est due à la capricieuse fantaisie d’un artiste. Plutôt que de donner des documents où l’imagination aurait eu quelque place, nous avons préféré renoncer presque entièrement à une source de magnifiques gravures, celles du bel ouvrage de MM. Ebers et Maspéro sur l’Égypte, que possédait notre éditeur. Nous n’en avons utilisé que celles, malheureusement en petit nombre, exécutées d’après des photographies, et qu’il était inutile par conséquent de recommencer. Tout en prenant la photographie pour base fondamentale des gravures de cet ouvrage, nous n’avons pas négligé cependant les documents déjà existants lorsque leur fidélité nous était démontrée. C’est ainsi que nous avons reproduit plusieurs dessins de Coste, Prisse d’Avesnes, Jones, et surtout des auteurs de deux magnifiques ouvrages qui se publient actuellement en Espagne, sur les œuvres d’art et d’architecture de cette péninsule. Ici encore, du reste, la photographie a été précieuse, car c’est par l’héliogravure que les dessins ont été réduits. Les nécessités de l’illustration n’ont pas toujours permis de répartir méthodiquement les gravures de cet ouvrage. Une table des matières spéciale, où elles sont classées suivant la nature des objets représentés, permettra au lecteur de trouver immédiatement la catégorie de documents dont il pourrait avoir besoin. Il suffit de la parcourir pour voir à quel point ces documents sont variés, et combien nombreux ceux qui n’avaient figuré encore dans aucun livre. Nous avons dû supprimer, à l’impression, toutes les indications bibliographiques que notre manuscrit contenait à chaque page. Les nécessités de l’illustration et le développement du livre ont rendu leur reproduction impossible. Elles ont été remplacées par un index méthodique, placé à la fin du volume, où le lecteur trouvera les indications nécessaires Pour compléter l’étude des points qu’il voudrait approfondir. Chaque chapitre de cet ouvrage doit être considéré comme une synthèse résumant des recherches nombreuses. Les indications dont je viens de parier permettront de les compléter. Nous terminerons cette introduction, en dégageant de ce qui précède la méthode que nous avons suivie dans ce volume et que nous suivrons dans tous ceux consacrés à notre histoire des civilisations. Comme principes généraux : nécessité des phénomènes historiques ; étroite relation entre un phénomène quelconque et ceux qui l’ont précédé. Comme matériaux de reconstitution : documents empruntés uniquement au peuple étudié et reproduction exacte de ces documents ; description physique et intellectuelle de la race, examen du milieu où elle a pris naissance, des facteurs divers auxquels elle a été soumise ; analyse des éléments de la civilisation : institutions, croyances, œuvres scientifiques, Gustave Le Bon (1884), La civilisation des Arabes : livres I et II. 45 littéraires, artistiques et industrielles, et histoire de la formation de chacun d’eux. Si le tableau d’ensemble créé avec ces matériaux donne au lecteur une claire image des temps qu’il s’agit de faire revivre, le but proposé aura été rempli 1. Dans l’édition papier de 1980 apparaît à la page 1 Carte # 01 Carte de l’Arabie et de l’Égypte d’après les documents les plus récents téléchargeable sur le site web : Les Classiques des sciences sociales, section Auteurs classiques : Gustave Le Bon (1841-1931) : La civilisation des Arabes (1884). Retour à la table des figures (ordre numérique sur le site web) 1 C’est un devoir pour moi de finir cette introduction en remerciant les personnes dont j’ai utilisé le concours pendant la rédaction de cet ouvrage, ou dans mes derniers voyages. je mentionnerai surtout parmi elles, M. Schéfer, de l’Institut, directeur de l’école des langues orientales ; M. P. Simoès, professeur à l’université de Coimbre ; M. le Dr Souza Viterbo, à Lisbonne ; M. Ch. Relvas, artiste à Gollegan (Portugal) M. E. Daluin, ministre près l’empereur du Maroc ; M. de Malpertuy, chancelier du consulat de France, à Jérusalem M. le Dr Suquet et M. le comte Podhorki, à Beyrouth ; M. Schlumberger, directeur de la banque impériale, à Damas ; MM. Lavoix et Thierry, administrateurs à la bibliothèque nationale de Paris ; MM. Huyot et Petit, graveurs. Enfin, et surtout, M. M. Firmin-Didot. J’ai eu la rare fortune de trouver en lui un éditeur qui n’a reculé devant aucune des coûteuses dépenses nécessitées par la publication de cet ouvrage. Ses conseils amicaux et ses connaissances artistiques m’ont été fort précieux. Gustave Le Bon (1884), La civilisation des Arabes : livres I et II. 46 Gustave Le Bon, La civilisation des Arabes (1884) Livre premier Le milieu et la race Retour à la table des matières Gustave Le Bon (1884), La civilisation des Arabes : livres I et II. 47 Gustave Le Bon, La civilisation des Arabes (1884) Livre premier: Le milieu et la race Chapitre I L’Arabie 1. – Géographie de l’Arabie Retour à la table des matières L’ARABIE fut le berceau de l’islamisme, le premier foyer de l’immense empire fondé par les successeurs de Mahomet. C’est une vaste péninsule couverte en partie de déserts et baignée par trois mers : la mer Rouge à l’occident, la mer d’Oman et le golfe Persique à l’orient, la mer des Indes au midi. Par ses extrémités occidentale et orientale, cette péninsule touche à l’Afrique et à l’Asie. Sur trois côtés, c’est-à-dire à l’ouest, à l’est et au sud, les limites de l’Arabie sont formées par les mers que nous venons de nommer. Au nord, ses frontières sont mal définies. Elles s’étendent à peu près dans la direction d’une ligne qui irait de Gaza, ville de Palestine située sur les bords de la Méditerranée, jusqu’au sud de la mer Morte, puis de la mer Morte à Damas, et enfin de Damas jusqu’à l’Euphrate, qu’elle suit ensuite jusqu’au golfe Persique. Gustave Le Bon (1884), La civilisation des Arabes : livres I et II. 48 Mesuré dans sa plus grande longueur, le grand axe de la péninsule arabique a près de 23 degrés, soit 2, 500 kilomètres. Entre la mer Rouge et le golfe Persique, sa largeur atteint environ 1,000 kilomètres. La superficie totale de l’Arabie dépasse 3,000,000 de kilomètres carrés, soit six fois celle de la France. Le chiffre actuel de sa population est incertain ; on l’évaluait il y a quelques années à 10 millions ; mais d’après des travaux plus récents, il ne s’élèverait guère qu’à la moitié. Un cinquième au moins de cette population vit à l’état nomade. Envisagée au point de vue de sa configuration, l’Arabie peut être considérée comme un vaste plateau analogue au Sahara africain, et composé comme ce dernier de plaines arides, sablonneuses ou pierreuses, entremêlées de régions fertiles. L’inclinaison générale de ce plateau est dirigée vers le golfe Persique. Les immenses solitudes de l’Arabie sont coupées de vallées et de régions montagneuses semées de villes et de villages habités par une population agricole. Le désert n’a d’autres habitants que les nomades qui le parcourent. La partie centrale du plateau arabique a reçu le nom de Nedjed, ou haut pays. On peut la considérer comme une île fertile qui, au lieu d’être entourée d’eau, aurait pour ceinture des montagnes et des déserts. On estime que la moitié environ de l’Arabie se compose de régions fertiles, et l’autre moitié de régions désertes. L’aspect des cartes semble indiquer que la proportion de ces dernières est plus grande ; mais cela tient à ce que l’Arabie ayant été très peu explorée encore, les géographes sont obligés de laisser en blanc les régions inconnues. L’Arabie contient plusieurs chaînes de montagnes qui sont également très peu connues. La mieux étudiée est celle qui longe toute la côte orientale de la mer Rouge ; quelques-uns de ses sommets atteignent 2,500 mètres. Un des traits les plus caractéristiques de l’Arabie est l’absence de grands cours d’eau permanents. Le lit des rivières reste sec la plus grande partie de l’année. Ces rivières sèches ou ouâdi sillonnent le pays en tous sens. Il en est qui, comme le ouâdi er Roumina, ont 1,300 kilomètres de long. Lorsque l’eau les remplit pendant la saison des pluies, elles ne peuvent être comparées qu’aux plus grands fleuves connus. Depuis les temps historiques l’Arabie a été connue pour son aridité, sa chaleur et sa sécheresse. C’est de la sécheresse surtout qu’elle a toujours souffert. Cette sécheresse n’a fait qu’augmenter par suite de la destruction graduelle des forêts. C’est là un phénomène analogue à ce qui s’observe aujourd’hui en Algérie, si fertile à l’époque des Romains, si aride maintenant. Sans la saison des pluies, qui dure généralement plusieurs mois, l’Arabie serait a peu près inhabitable. Lorsque les pluies viennent à manquer, la sécheresse qui en résulte ruine toute la région privée d’eau. À la sécheresse vient se joindre souvent le terrible vent nomme simoun ou khamsin. Gustave Le Bon (1884), La civilisation des Arabes : livres I et II. 49 Le simoun et la privation d’eau sont les deux dangers redoutables qui menacent en Arabie les caravanes. « La caravane engagée dans le désert, dit M. Desvergers, reconnaît bientôt le khamsin aux premiers symptômes qui signalent sa présence : le ciel prend à l’horizon une teinte rougeâtre, puis devient peu a peu grisâtre et livide ; le soleil, dépouille de ses rayons, offre un aspect sanglant ; l’atmosphère se charge d’un sable fin, emporte par le vent comme l’écume de la mer pendant la tempête. C’est alors qu’il faut fuir au plus vite, car bientôt tout s’agite sous le souffle du khamsin ; le désert se creuse et devient houleux ; la poitrine du voyageur est oppressée, son oeil sanglant, ses lèvres arides et brûlantes. Tantôt les chameaux s’emportent dans un galop fougueux, Tantôt ils s’arrêtent, et cachent leur long cou dans le sable, cherchant à échapper, en pressant leurs naseaux contre le sol, aux émanations du simoun. Si, malgré les tourbillons soulevés par l’ouragan, la caravane peut reconnaître sa route, elle s’abrite dans quelque anfractuosité de rocher, et y attend en sûreté que le calme soit revenu ; mais si elle s’égare dans l’immensité du désert, qu’elle soit trop éloignée d’un refuge, ou que la tempête redouble de force, hommes et animaux perdent toute énergie, l’instinct même de la conservation leur échappe. Oppressés par la chaleur brûlante, en proie au vertige, ils cessent de fuir, et bientôt le sable qui s’amoncelle autour d’eux leur sert de tombeau, jusqu’à ce qu’une autre tempête, agitant de nouveau les vagues du désert, découvre leurs ossements blanchis. » Dans l’édition papier de 1980 apparaît à la page 3 la figure # 1 Le désert ; d’après une photographie. téléchargeable sur le site web : Les Classiques des sciences sociales, section Auteurs classiques : Gustave Le Bon (1841-1931) : La civilisation des Arabes (1884). Retour à la table des figures (ordre numérique sur le site web) Dans l’intérieur de l’Arabie, la température est généralement assez élevée. Dans le désert, elle ne descend guère au-dessous de 43 degrés pendant le jour et de 38 degrés pendant la nuit. Dans les régions montagneuses ou dans celles qui avoisinent la mer, la température n’a rien d’exagéré. Dans l’Yémen, Niébuhr ne vit pas le thermomètre dépasser 29 degrés centigrades pendant la fin de juillet. À Sanâ, il gèle pendant l’hiver. Toute l’Arabie ne présente pas, du reste, cette sécheresse et ce climat brûlant dont nous parlions. Il existe des régions, aussi grandes que d’importants États européens, qui sont extrêmement fertiles. Tel, est par exemple, l’Yémen, tel est encore le Nedjed, dont le climat, au dire de Palgrave, serait un des plus salubres du globe. Les déserts de l’Arabie ne se composent que de vastes plaines de sable on y rencontre cependant des puits et des oasis contenant des palmiers et des pâturages. Gustave Le Bon (1884), La civilisation des Arabes : livres I et II. 50 Le désert est parcouru constamment par des tribus nomades. La vie au désert, qui semblerait si affreuse à un Européen, est tellement pleine de charme pour les nomades qu’ils la préfèrent à toute autre, et leur préférence ne date pas d’hier, car les nomades d’aujourd’hui sont fils des Arabes dont nous parle la Bible. Ils en ont conservé les goûts, les mœurs et les coutumes. Le court aperçu qui précède nous montre que le climat et le sol de l’Arabie varient suivant les régions. Les conditions d’existence, la flore, la faune devront donc également varier, et nous devons par conséquent nous attendre à trouver des différences très grandes entre les habitants des diverses régions. 2. – Productions de l’Arabie Retour à la table des matières Parmi les productions les plus importantes de l’Arabie, il faut citer le dattier et le caféier. Les fruits du premier forment la plus importante ressource alimentaire des habitants, ceux du second leur principale richesse actuelle. L’Arabie possède encore des produits spéciaux tels que l’encens, la casse, le séné, le baume de la Mecque, qui sont des objets de commerce pour elle depuis des temps fort reculés. En raison des différences que présente le climat de l’Arabie, on y rencontre les produits des climats chauds et ceux des climats tempérés ; c’est ainsi qu’elle produit le cotonnier, la canne à sucre, le sycomore, l’acacia, le frêne, etc. Les arbres forestiers sont assez rares. L’arbre le plus répandu est le palmier ; c’est lui qui donne aux paysages orientaux leur physionomie spéciale. On trouve dans les régions fertiles de l’Arabie la plupart des arbres et plantes cultivés en Europe : l’abricotier, le pêcher, le figuier, l’amandier, la vigne, le froment, le maïs, l’orge, le millet, la fève, le tabac, etc. Dans l’Yémen, la campagne est bien cultivée ; mais le travail est très pénible, à cause de la nécessité d’arroser constamment la terre avec l’eau qu’il a fallu mettre en réserve dans des puits ou des réservoirs murés, pendant la saison des pluies. Les animaux domestiques connus en Europe, le mulet, l’âne, le bœuf, la brebis, la chèvre, etc., sont également connus en Arabie. On y trouve plusieurs animaux féroces tels que le lion, la panthère et le léopard. Les animaux féroces sont loin d’être les plus dangereux des habitants de l’Arabie. Les plus redoutables sont les sauterelles, qui exercent quelquefois de terribles Gustave Le Bon (1884), La civilisation des Arabes : livres I et II. 51 ravages. Elles ne sont pas du reste sans utilité, car dans le désert, elles sont souvent la nourriture exclusive des voyageurs et de leurs montures pendant plusieurs semaines. Parmi tous les animaux qui vivent dans l’Arabie, les deux plus importants pour l’homme sont le cheval et le chameau. Le chameau est l’animal domestique par excellence de l’Arabe ; sans lui, le désert serait une barrière absolument infranchissable. Sa frugalité, sa faculté de supporter la soif pendant plusieurs jours, sa résistance à la fatigue et sa force en font un animal qu’aucun autre ne remplacerait, soit comme monture, soit pour porter des fardeaux. Le chameau peut traverser tout le désert d’Alep à Bassorah avec une charge de 500 livres sur le dos et avec une dépense de nourriture insignifiante. Sa frugalité est réellement prodigieuse et il peut se nourrir d’aliments qu’aucun autre animal ne pourrait supporter. je n’ai jamais pu regarder sans étonnement un chameau manger tranquillement les feuilles de cactus qui bordent les chemins sans s’inquiéter des épines énormes dont elles sont hérissées. Quant au cheval arabe, sa réputation est universelle. Sa description ayant été faite bien des fois, je me bornerai à en reproduire une des meilleures, due à l’auteur que nous avons cité plus haut. « Fort, nerveux, léger, fier de son indépendance, le cheval arabe, errant en liberté dans les pâturages, offre le type de l’élégance dans les formes, de la perfection dans les qualités. Sa tête sèche et menue, sa prunelle ardente, ses naseaux bien ouverts, son garrot relevé, ses flancs pleins et courts, sa croupe un peu longue, sa queue se projetant en arrière, ses jambes fines et nerveuses, lui donnent sur tous ses rivaux la palme de la beauté, comme sa docilité, son courage, sa frugalité, sa vitesse lui assurent l’avantage sur nos races d’Europe les plus estimées. Les Bédouins comptent cinq races nobles de chevaux descendus, d’après leurs traditions, des cinq juments favorites montées par leur prophète. À la naissance d’un poulain de noble race, on réunit sous la tente un certain nombre de témoins, qui rédigent par écrit le signalement du nouveau rejeton, ainsi que le nom et la descendance de sa mère. Cet arbre généalogique, dûment confirmé par l’apposition des cachets et signatures, est renfermé dans un petit sachet de cuir et suspendu au cou du cheval. Dès lors il prend rang parmi ces coursiers précieux, dont la possession enviée a plus d’une fois occasionné la guerre entre deux tribus. « C’est que, dans le désert, la vitesse du cheval sauve souvent la vie du guerrier. Burckhardt raconte qu’en 1815, une troupe de Druses bien montés attaqua une bande de Bédouins dans le Hauran, et les repoussa jusque dans leur camp ; là, entourés de toutes parts, assaillis par des forces supérieures, ils furent tous tués, à l’exception d’un seul qui, rassemblant sa jument et passant à travers les lignes ennemies, prit la fuite, poursuivi par les cavaliers les mieux montés de la troupe victorieuse. Rochers, plaines, collines, tout était franchi avec la rapidité du tourbillon, et la poursuite continuait toujours, car les Druses étaient implacables et avaient juré la mort du dernier de leurs ennemis. Enfin, après plusieurs heures d’une course infernale, vaincus dans leur colère par leur admiration pour la jument qui entraînait son maître loin d’eux, ils lui promirent la vie et le conjurèrent de s’arrêter, afin qu’ils pussent seulement baiser le front de cet excellent coursier. L’Arabe y consentit, et les Druses, en le quittant, lui dirent cette phrase proverbiale chez eux : « Va laver les pieds de ta monture et bois l’eau ensuite. » Ils veulent exprimer ainsi leur extrême affection pour ces courageux compagnons de leurs périls. » J’ajouterai à ce qui précède que le cheval arabe ne connaît guère que deux allures : le pas et le galop. Son obéissance au maître qu’il connaît est remarquable. J’ai vu sou- Gustave Le Bon (1884), La civilisation des Arabes : livres I et II. 52 vent des Arabes descendre de cheval et laisser à l’animal la bride sur le cou sans que ce dernier cherchât jamais à s’éloigner. Malgré son utilité, le cheval n’est pas aussi multiplié en Arable qu’on pourrait le supposer. La raison en est bien simple : alors que le chameau peut être élevé partout, le cheval ne peut l’être que dans les régions où les pâturages existent, comme dans les plaines de la Mésopotamie, de la Syrie et du Nedjed. C’est dans le Nedjed qu’existe la race la plus précieuse et la plus fine. L’Arabie passait autrefois pour être très riche en métaux précieux et pierres précieuses ; mais il n’en reste guère de traces aujourd’hui. On n’y signale que quelques mines de fer et de cuivre. Notre connaissance du pays est du reste trop superficielle, pour que l’on puisse se prononcer avec certitude sur les richesses minérales qu’il possède. L’industrie et le commerce d’une partie de l’Arabie sont restés encore aujourd’hui ce qu’ils étaient aux premiers temps de l’histoire. Des ouvrages d’orfèvrerie exécutés dans l’Yémen, les dattes, les chevaux, l’indigo, le séné, l’encens, la myrrhe, etc., sont les principaux objets d’exportation. Le commerce d’exportation avec l’Europe, d’importation avec l’Afrique, l’Inde et la Perse, se fait, comme aux temps bibliques, par caravanes. Dans l’édition papier de 1980 apparaît à la page 6 la figure # 2 Campement de pèlerins près de la Mecque, à l’époque du pèlerinage ; d’après une photographie instantanée. téléchargeable sur le site web : Les Classiques des sciences sociales, section Auteurs classiques : Gustave Le Bon (1841-1931) : La civilisation des Arabes (1884). Retour à la table des figures (ordre numérique sur le site web) Les distances itinéraires ne se comptent en Arabie, de même du reste que dans tout l’Orient, que par heures de marche. Pour un chameau légèrement chargé, on compte habituellement une lieue à l’heure. Il en résulte que des distances qui nous semblent insignifiantes sur la carte demandent de longues journées pour être franchies. En Arabie, les routes proprement dites n’existent pas. Les routes des caravanes sont généralement formées par les ouadi, ou rivières sèches, dont nous avons parlé. En dehors de ces chemins, il faut suivre des directions rigoureusement déterminées par la position des puits, parce que sans eux l’existence serait impossible. Les mêmes routes sont suivies en Arabie depuis les temps les plus reculés. Les plus fréquentées sont celles qui vont de Damas à Bagdad et de Riadh, dans le Nedjed, à la Mecque, Mascate, Bagdad et Damas. Gustave Le Bon (1884), La civilisation des Arabes : livres I et II. 53 3. – Provinces de l’Arabie Retour à la table des matières L’intérieur de l’Arabie fut très peu connu des anciens. Hérodote n’en dit que quelques mots. Strabon, Diodore de Sicile nous fournissent peu de renseignements sur elle, et ils attribuent le plus souvent à ce pays les produits qu’il recevait de l’Inde et exportait au dehors. Ptolémée, qui paraît avoir connu le mieux cette contrée, mentionne dans l’Arabie heureuse cent soixante-dix villes, dont cinq grandes capitales. Les Romains connurent toujours très mal l’Arabie. Comme ils croyaient qu’elle produisait les épices, les parfums, les tissus et les pierres précieuses qu’elle recevait en réalité de l’Inde ou de la Chine, ils en tentèrent plusieurs fois la conquête, mais toujours sans succès. Ces maîtres du monde, devant lesquels toutes les nations avaient plié, ne purent jamais assujettir des hordes nomades, protégées par leurs remparts de sable et leur climat. Ce n’est qu’à une époque moderne que les Européens ont pénétré en Arabie. Avant Niebuhr, qui la visita en 1762, nous n’avions sur elle que des renseignements fort vagues, pris dans les géographes arabes anciens ou dans Ptolémée. Sa carte fut la première qui ait été basée sur des observations scientifiques ; il ne put parcourir du reste qu’une partie de l’Yémen. Pendant un demi-siècle après Niebuhr l’Arabie resta inexplorée ; son étude ne fut véritablement reprise que par Burckhardt en 1815. Ce dernier recueillit d’excellentes informations sur l’Arabie et les deux villes de la Mecque et de Médine. Les expéditions égyptiennes entreprises à peu près à cette époque contre les Wahabites furent l’origine d’investigations étendues dans diverses parties de la péninsule. Elle fut ensuite parcourue par plusieurs voyageurs parmi lesquels il faut citer Wallin (1845), Burton (1852), et Palgrave (1862). Ce dernier visita dans les régions centrales de l’Arabie des pays presque entièrement inconnus avant lui 1. L’Arabie avait été divisée par les anciens en trois régions : l’Arabie pétrée, au nord-ouest, l’Arabie heureuse, au sud-ouest, et l’Arabie déserte, au centre et a l’est. 1 Désireux de compléter par une visite au centre même de l’Arabie les études que j’avais faites sur divers points de l’ancien empire des Arabes, et de tâcher d’élucider des questions dont je n’avais trouvé la solution nulle part, j’ai proposé récemment au ministre de l’instruction publique, directeur des fonds des missions scientifiques, de me charger de l’exploration de l’Arabie dans toute sa longueur, et de recueillir par la photographie, et avec les instruments scientifiques convenables, les documents les plus importants. Le projet ne fut pas accepté. Ne pouvant faire à moi seul tous les frais d’une expédition coûteuse, je dus y renoncer, et limiter mes voyages dans l’ancien empire des Arabes aux régions les plus facilement abordables. Gustave Le Bon (1884), La civilisation des Arabes : livres I et II. 54 L’Arabie pétrée comprenait toute la région située entre la Palestine et la mer Rouge. – L’Arabie déserte se composait du grand désert de sable qui s’étend depuis les confins de la Syrie et de la Mésopotamie jusqu’à l’Euphrate et le golfe Persique. – L’Arabie heureuse embrassait toute la partie méridionale de la péninsule, le Nedjed, l’Hedjaz, l’Yémen, l’Oman, etc. Ces divisions géographiques sont toujours restées inconnues aux géographes orientaux. L’Arabie pétrée ne fait pas partie pour eux de l’Arabie ; les seules divisions qu’ils admettent sont les suivantes : L’Hedjaz, région montagneuse et sablonneuse, formant la partie moyenne de la zone baignée par la mer Rouge. Il renferme les villes saintes de la Mecque et de Médine. L’Yémen, situe au sud de l’Hedjaz. Il constitue l’angle sud-ouest de la péninsule arabique dont il est la région la plus riche et la plus fertile. L’Hadramaut, le Mahrah, l’Oman et l’Haça qui se suivent, comme on le voit sur la carte, depuis le golfe d’Aden jusqu’au fond du golfe Persique. Le Nedjed, vaste plateau fertile, peuple de villes importantes, mais entouré de déserts, situé au centre de l’Arabie. Les divisions qui précèdent, et dont la plupart remontent aux temps les plus reculés de l’histoire, ne correspondent plus aux divisions politiques. Avant Mahomet, l’Arabie était divisée en milliers de tribus indépendantes. Sous l’empire arabe, toutes ces tribus ne formèrent qu’un seul peuple. Après la chute de cet empire, l’Arabie revint à sa forme d’existence primitive ; et, à l’exception des trois empires formes par le Nedjed, l’Yémen et l’Oman, elle se compose de petites principautés et de tribus indépendantes n’obéissant chacune qu’à un chef. Nous allons jeter un coup d’œil rapide sur les diverses régions que nous venons de mentionner. Arabie pétrée. – Nous avons déjà dit que l’Arabie pétrée n’était pas considérée par les géographes arabes comme faisant partie de l’Arabie ; mais au point de vue géographique et ethnographique, il est impossible de ne pas l’y rattacher. Elle comprend toute la presqu’île du mont Sinaï, et s’étend des frontières de la Palestine à la mer Rouge. La qualification de pétrée correspond exactement à l’aspect du pays. Le centre de la presqu’île est occupé par la haute montagne granitique que forme le Sinaï. La région qui l’entoure est pierreuse, et ne devient sablonneuse qu’en approchant du rivage. La végétation est rare et des plus misérables. Cette région désolée est pourtant une des plus célèbres de l’histoire. C’est l’Idumée de la Bible, la terre des Amalécites, des Madianites, des Nabathéens, et de tous ces peuples dont les livres hébreux nous parlent à chaque page. Ce fut dans les solitudes de l’Arabie pétrée que les Israélites errèrent pendant si longtemps après leur sortie d’Égypte, avant d’entrer dans la terre promise. On y montre encore la montagne sacrée d’où Moïse dicta la loi à son peuple, la pierre d’où il fit jaillir l’eau d’un coup de baguette et la caverne du mont Horeb, où le prophète Élie se cachait pour se dérober aux fureurs de la reine Jézabel. C’est dans cet antique pays biblique que se trouvent les ruines de Pétra, qui fut autrefois l’entrepôt du commerce de l’Arabie méridionale et où les tribus de l’Yémen Gustave Le Bon (1884), La civilisation des Arabes : livres I et II. 55 apportaient l’encens et les aromates et recevaient en échange les produits des Phéniciens. Nedjed. – Le Nedjed est un immense plateau fertile situe au centre de l’Arabie, et entouré de tous côtés de déserts et de montagnes. La connaissance de cette région, où se trouve le siège du puissant empire wahabite, est toute moderne. C’est des habitants de ce pays que Palgrave a pu dire : « Qu’on pourrait trouver parmi eux, comme parmi les habitants de Sheffield et de Birmingham, des ingénieurs capables de tracer des chemins de fer, de construire des machines et des bateaux à vapeur. » C’est également à propos du Nedjed qu’il faisait remarquer que ce préjugé consistant à regarder l’Arabie comme un pays barbare, tient à ce que les voyageurs ne visitent généralement qu’une certaine région du littoral. Dans l’édition papier de 1980 apparaît à la page 9 la figure # 3 Vue prise du sommet du Sinaï. (Dessin de M. de Laborde) téléchargeable sur le site web : Les Classiques des sciences sociales, section Auteurs classiques : Gustave Le Bon (1841-1931) : La civilisation des Arabes (1884). Retour à la table des figures (ordre numérique sur le site web) Malgré les défaites que les Égyptiens lui ont fait subir dans les deux campagnes de 1810 et 1818, l’empire wahabite s’est rapidement reconstitué. Son souverain réside habituellement dans l’importante ville de Riadh. L’agriculture est la principale ressource des habitants du Nedjed : « L’abondance des récoltes de maïs et de blé, dit Palgrave, l’excellente qualité, des dattes prouvent que les Nedjéens sont d’habiles cultivateurs. » Hedjaz. – Situé sur le littoral de la mer Rouge, l’Hedjaz est surtout célèbre parce qu’il fut le berceau de l’islamisme, et le siège des deux villes saintes : la Mecque et Médine qui attirent chaque année des pèlerins des points les plus reculés du monde musulman. L’Hedjaz contient quelques régions fertiles, mais la majeure partie de son territoire est stérile. Son souverain nominal est aujourd’hui le sultan de Constantinople, mais le souverain réel est le grand schérif de la Mecque, qui réside a Taïf. Gustave Le Bon (1884), La civilisation des Arabes : livres I et II. 56 La Mecque est le type de ces cites situées en plein désert, qu’on ne rencontre qu’en Arabie. Le sol qui l’entoure est si pauvre qu’il ne pourrait suffire à l’entretien des habitants. Ceux-ci sont obligés de faire venir leurs provisions de Djedda, ville située sur la mer Rouge, et qui est le port de la Mecque La Mecque, que ses habitants ont nommée la mère des cités, a été longtemps inconnue des Européens. Aujourd’hui encore, ils ne peuvent en approcher sous peine de mort, et les rares voyageurs qui l’ont visitée n’ont pu y pénétrer que sous un déguisement et grâce à une connaissance approfondie de la langue arabe. Nous n’en possédions autrefois que des croquis trop insuffisants pour nous en donner une idée bien nette, mais nous pouvons nous la représenter fidèlement aujourd’hui, grâce aux photographies exécutées par Sadik bey, lieutenant-colonel de l’armée égyptienne, et qui sont arrivées en Europe en 1881. C’est d’après ces photographies qu’ont été exécutés nos dessins. La Mecque ne se distingue des autres villes arabes que par sa plus grande régularité. L’eau y est rare. La meilleure est amenée des réservoirs du mont Arafa, situés à quelques heures de la ville, par un aqueduc que la tradition attribue à Zobéid, l’épouse préférée du célèbre calife Haroun al Raschid. Pendant l’époque des pèlerinages, la Mecque est le centre du commerce le plus riche et le plus varié du monde musulman. C’est au milieu de la Mecque que s’élève la mosquée à laquelle « la mère des cités » doit sa célébrité. Dans son intérieur se trouve la Kaaba, temple célèbre, dont la fondation, suivant les historiens orientaux, remonte à Abraham. Khalifes, sultans, conquérants, ont depuis Mahomet tenu à témoigner leur piété en ornant la célèbre mosquée ; et, aujourd’hui, il ne reste rien de son ornementation primitive. Dans l’édition papier de 1980 apparaît à la page 11 la figure # 4 Oasis de Dahab, sur le golfe Élanitique. – Arabie pétrée. (Dessin de M. de Laborde.) téléchargeable sur le site web : Les Classiques des sciences sociales, section Auteurs classiques : Gustave Le Bon (1841-1931) : La civilisation des Arabes (1884). Retour à la table des figures (ordre numérique sur le site web) La grande mosquée de la Mecque a la forme d’un quadrilatère régulier. Lorsqu’on a pénétré dans l’intérieur du monument, par une des portes qui y donnent accès, on se trouve dans une vaste cour entourée d’arcades soutenues par une véritable forêt de colonnes, au-dessus desquelles s’élèvent un nombre considérable de petites coupoles. Des minarets disposés sur diverses parties du quadrilatère le surmontent. Gustave Le Bon (1884), La civilisation des Arabes : livres I et II. 57 Le temple de la Mecque a servi de modèle, notamment en Syrie, à un grand nombre d’autres mosquées. J’en ai trouvé plusieurs construites sur le même type, à Damas. Celles du Caire sont, au contraire, assez différentes par la forme des minarets et les détails de leur ornementation. Le petit temple de la Kaaba se trouve dans la cour même de la grande mosquée de la Mecque. C’est un cube de pierre grise, ayant, suivant Burckhart, 40 pieds de hauteur, 18 pas de longueur et 14 de largeur. Elle n’a d’autre ouverture qu’une petite porte placée à 7 pieds du sol, à laquelle on ne peut arriver que par un escalier mobile, qu’on n’applique que pendant la période des pèlerinages. Son intérieur est une salle pavée de marbre, éclairée par des lampes d’or massif, et recouverte d’inscriptions. L’ornementation de l’intérieur de la Kaaba a toujours été très riche. Une des plus anciennes descriptions que j’en connaisse est celle qui se trouve dans la relation du voyage de Nassiri Khosran en Syrie, Palestine, Arabie, etc., exécuté pendant les années 1035 et 1042 de notre ère. Cette intéressante relation qu’a publiée récemment le savant directeur de l’école des langues orientales, M. Schefer, contient le passage suivant : « Les murs de la Kaaba sont tous revêtus de marbre de diverses couleurs. Du coté de l’occident il y a six mirahbs en argent, fixés à la muraille par des clous : chacun d’eux a la hauteur d’un homme ; ils sont ornés d’incrustations en or et en argent niellé d’une teinte noire foncée. Les murailles sont, jusqu’à la hauteur de quatre arech, audessus de la terre dans leur état primitif ; à partir de cette hauteur, elles sont, jusqu’au plafond, recouvertes de plaques de marbre ornées d’arabesques et de sculptures dont la plus grande partie est dorée. » Dans une des murailles extérieures de la Kaaba se trouve enchâssée la célèbre pierre noire apportée, suivant les Arabes, du paradis par les anges pour servir de marchepied à Abraham lorsqu’il construisait le temple. Cette relique n’a guère que 7 pouces de diamètre. Aucun autre objet n’a été entouré d’une aussi longue vénération de la part des hommes, car bien des siècles avant Mahomet, la pierre noire était déjà vénérée. La Kaaba est toujours recouverte d’un immense voile noir, sauf à l’endroit où se trouve la pierre sacrée. Ce voile est relevé à quelques pieds du sol. Pendant les premiers jours du pèlerinage, il est entouré vers le milieu de sa hauteur d’une bande portant en lettres d’or des inscriptions du Coran. Une fois par an ce voile est renouvelé. Dans la cour même de la mosquée se trouve une autre construction carrée recouvrant la source que, suivant la tradition, un ange fit jaillir au moment où Agar, errant dans le désert, se voilait la face pour ne pas voir mourir de soif son fils Ismaël. Les chroniqueurs arabes assurent que la Mecque comptait autrefois 100,000 habitants ; suivant Burckhardt, elle en compterait 20,000 seulement aujourd’hui. C’est également dans l’Hedjaz que se trouve Médine, l’ancienne capitale des Arabes, la ville la plus importante du monde musulman au point de vue religieux après la Mecque. Ce fut à Médine, en effet, que Mahomet se réfugia, établit sa religion et mourut. Gustave Le Bon (1884), La civilisation des Arabes : livres I et II. 58 Comme la Mecque, Médine est entourée de territoires arides qui ne fournissent pas aux habitants de quoi se nourrir. Ils doivent faire venir ce dont ils ont besoin de Yambo, ville située sur la mer Rouge. Grâce à la piété des pèlerins, Médine est devenue très riche. Les maisons, bâties en pierres de taille, possèdent au moins deux étages, les rues sont pavées, la ville est entourée d’une muraille élevée. À l’exception de la célèbre mosquée, où Mahomet venait autrefois enseigner, et qui lui sert aujourd’hui de tombeau, Médine ne contient que très peu d’anciens édifices. Mais le tombeau du prophète suffit à lui seul pour en faire un lieu de pèlerinage presque aussi important que la Mecque. Pays d’Acyr. – Entre l’Hedjaz et l’Yémen se trouve un grand pays, nommé Acyr, qui, jusqu’au commencement de ce siècle, était entièrement inconnu des Européens. Nous en savons du reste seulement ceci : qu’il est peuplé de tribus belliqueuses, et contient plusieurs villes importantes. Yémen. – L’Yémen, qui forme la partie sud-ouest de la péninsule, est la région la plus fertile, la plus riche et la plus peuplée de l’Arabie. C’est la partie la plus importante du territoire appelé Arabie heureuse par les anciens. Les habitants de l’Yémen sont à la fois commerçants et agriculteurs. Depuis les temps les plus reculés, ils ont été en relation avec les Égyptiens, les Perses, les habitants de l’Inde, etc. Dans l’édition papier de 1980 apparaît à la page 13 la figure # 5 Ville et mosquée de la Mecque ; d’après une photographie du colonel égyptien Sadik bey. téléchargeable sur le site web : Les Classiques des sciences sociales, section Auteurs classiques : Gustave Le Bon (1841-1931) : La civilisation des Arabes (1884). Retour à la table des figures (ordre numérique sur le site web) Les habitants de l’Yémen obéissent aujourd’hui à un souverain nommé Iman, qui réside à Sanâ, ville de 60,000 habitants. « Cette vieille cité, écrit le géographe arabe Edrisi, fut la résidence des rois de l’Yémen et la capitale de l’Arabie. Ses rois y possédaient un palais aussi célèbre que bien fortifie, Elle contient encore plusieurs palais entourés de vastes jardins, et des maisons bâties en pierres de taille et ornées de Gustave Le Bon (1884), La civilisation des Arabes : livres I et II. 59 vitraux. Vingt mosquées, dont plusieurs ont leurs coupoles dorées, contribuent à orner l’antique capitale de l’Yémen. » Cruttenden, qui a eu l’occasion de visiter Sanâ, décrit comme il suit la visite que nous fait tous les vendredis le sultan à la mosquée : « Cinquante bédouins armés ouvraient la marche, rangés six par six et chantant en chœur. Les principaux chefs de famille venaient ensuite, chacun d’eux à cheval et portant à la main une longue lance dont les banderoles flottaient dans l’air. L’Iman s’avançait après eux, monté sur un cheval d’une blancheur éclatante, appartenant à cette race que nourrit le désert de Djôf, au nord de Sanâ, et qui, plus haute que la race de Nedjed, ne lui cède ni en vitesse ni en élégance. De la main droite, le prince portait une lance dont la pointe était d’argent et la poignée d’or ciselé ; de la main gauche, il s’appuyait sur l’épaule d’un eunuque, tandis que deux esclaves tenaient les rênes du cheval. Un large parasol, à franges garnies de clochettes d’argent, était porté au-dessus de sa tête, et l’abritait contre les rayons du soleil. Le Seïf-el-Khalifah s’avançait ensuite sous un dais moins riche que celui du souverain. Le commandant des troupes, les parents de l’Iman, et ses principaux officiers, suivaient immédiatement. Cents bédouins armés fermaient la marche. » Dans l’édition papier de 1980 apparaît à la page 14 la figure # 6 La Kaaba, dans la mosquée de la Mecque, pendant le Pèlerinage ; d’après une photographie. téléchargeable sur le site web : Les Classiques des sciences sociales, section Auteurs classiques : Gustave Le Bon (1841-1931) : La civilisation des Arabes (1884). Retour à la table des figures (ordre numérique sur le site web) Sanâ est encore aujourd’hui la plus importante des villes de l’Arabie. M. Halévy, qui l’a visitée il y a peu d’années, dit qu’elle possède des mosquées « dont l’architecture rappelle les célèbres monuments de l’architecture musulmane. » Plusieurs villes de l’Yémen, et notamment Rodah, près de Sanâ, sont célèbres par leurs jardins et leurs maisons de plaisance. À Rodah, la vigne forme, comme en Italie, des berceaux soutenus par des treillages. À une trentaine de lieues à l’est de Sanâ se trouvent les ruines de Mareb ou Saba, ancienne capitale des Sabéens, qui n’est plus aujourd’hui qu’un bourg. Edrisi, qui écrivait au douzième siècle, prétend qu’elle renfermait alors les ruines de deux châteaux construits, l’un par Salomon, l’autre par une des femmes de David. C’est à Saba que régnait la reine qui, au dire des livres juifs, alla visiter Salomon. Parmi les autres villes célèbres de l’Yémen, il faut encore citer les ports de Moka et d’Aden, sur la mer Rouge. La ville d’Aden, détruite aujourd’hui, n’a d’importance Gustave Le Bon (1884), La civilisation des Arabes : livres I et II. 60 que par sa position : aussi les Anglais s’en sont-ils emparés. C’était autrefois une brillante et populeuse cité, dont le géographe Edrisi disait il y a 600 ans : « On y apporte du Sind, de l’Inde et de la Chine, des objets précieux, tels que les lames de sabre damasquinées, les peaux de chagrin, le musc, les selles de chevaux, le poivre odorant et non odorant, la noix de coco, le hernout (graine parfumée), le cardamome, la cannelle, le galanga (sorte d’herbe odoriférante), le macis, le myrobolan, l’ébène, l’écaille de tortue, le camphre, la muscade, le clou de girofle, le cubède, diverses étoffes tissues d’herbes, et d’autres riches et veloutées ; des dents d’éléphant, de l’étain, des rotangs et autres roseaux, ainsi que la majeure partie de l’aloès amer destiné pour le commerce. » L’une des principales richesses actuelles de l’Yémen est le café, dont cette province fournit le monde entier. On le cultive aussi dans d’autres parties du globe ; mais, sous aucun climat, il n’a pu atteindre la qualité de celui de l’Yémen. Son entrepôt principal est la ville de Moka. Les souverains de l’Yémen sont bien déchus aujourd’hui de leur antique splendeur. Leur action ne s’exerce guère sur les points éloignés des grandes villes. Leur influence est nulle sur les tribus indépendantes existant sur divers points du pays. Hadramaut, Mahrah, Oman et Haça. – L’Hadramaut et le pays de Mahrah s’étendent de l’est de l’Yémen jusqu’à l’Oman, le long de la côte de l’océan Indien. Ils sont peuplés par des tribus indépendantes et contiennent quelques villes fort peu connues. La capitale de l’Hadramaut est Schibam. À une journée de Schibam est Térim, ville importante, puisque, suivant Fresnel, on y compte autant de mosquées que d’églises à Rome. L’Oman, qui fait suite au Mahrah, est baigné à la fois par les eaux de la mer des Indes et par celles du golfe Persique. C’est un pays sablonneux, entrecoupé de nombreuses oasis et de fertiles vallées. Le souverain de la contrée est un sultan résidant à Mascate, ville aujourd’hui sans importance. L’Haça, qui s’étend de l’Oman a l’embouchure de l’Euphrate, le long du golfe Persique, est une région à peine connue. On la croit très peu peuplée. De la ville d’ElKalit jusqu’à Bassorah, le pays est un vaste désert. C’est en face de cette contrée que sont situées les îles Bahreïn où se trouvent les plus importantes pêcheries de perles du monde. Il nous reste à rechercher maintenant quelles sont les populations qui habitent l’immense péninsule que nous venons de décrire sommairement. Aucune région du globe, comme nous allons le voir, n’a imprimé par son climat et son sol, un cachet plus caractéristique à ses habitants. Ce ne sont pas les récits des conquêtes d’un peuple ni les chronologies de ses rois qui peuvent permettre de comprendre son histoire. À la base d’une telle étude se place l’examen des divers facteurs qui ont déterminé son évolution, et au premier rang la connaissance de la race à laquelle il appartient. Quels sont les caractères moraux et intellectuels de cette race ? Quelles modifications ont pu lui imprimer le milieu, l’hérédité, les nations diverses avec lesquelles elle s’est trouvée en contact ? Voilà ce qu’il importe de connaître et ce que tout d’abord nous devons rechercher. Gustave Le Bon (1884), La civilisation des Arabes : livres I et II. 61 Dans l’édition papier de 1980 apparaît à la page 16 Planche couleur # 1 DÉCORATION POLYCHROME D’UN PAVILLON DE L’ALHAMBRA À GRENADE Restitution par M. Garcia et le Dr. Gustave Le Bon téléchargeable sur le site web : Les Classiques des sciences sociales, section Auteurs classiques : Gustave Le Bon (1841-1931) : La civilisation des Arabes (1884). Retour à la table des figures (ordre numérique sur le site web) Gustave Le Bon (1884), La civilisation des Arabes : livres I et II. 62 Gustave Le Bon, La civilisation des Arabes (1884) Livre premier: Le milieu et la race Chapitre II Les Arabes 1. – L’idée de race d’après la science actuelle Retour à la table des matières Avant d’aborder l’étude des Arabes, je crois nécessaire de présenter quelques notions d’anthropologie indispensables à l’intelligence de ce chapitre. Les agglomérations humaines répandues sur divers points du globe ont été classées en un certain nombre de groupes auxquels on a donné le nom de races. Ce terme impliquait autrefois qu’il existait entre les groupes humains désignés sous ce titre des différences moins grandes que celles constatées entre les groupes d’animaux désignés sous le nom d’espèces. Mais les progrès de la science moderne ayant prouvé que les diverses races d’hommes sont séparées par des caractères aussi profonds que ceux qui distinguent les espèces animales voisines, il faut considérer aujourd’hui le mot race lorsqu’on l’applique à l’homme comme synonyme du mot espèce. On peut définir très simplement le sens des termes race ou espèce humaine, en disant qu’ils désignent des agglomérations d’individus possédant un ensemble de caractères communs se transmettant régulièrement par l’hérédité. Gustave Le Bon (1884), La civilisation des Arabes : livres I et II. 63 Pour les personnes étrangères à l’anthropologie, les expressions « peuple » et « race » sont à peu près synonymes, mais en réalité leur signification est absolument différente. Un peuple est une agglomération d’individus appartenant à des races souvent fort diverses, réunis sous un même gouvernement et possédant par conséquent un certain nombre d’intérêts communs. Il y a aujourd’hui des peuples anglais, allemand, autrichien, français, etc. : il n’y a pas encore de races anglaise, allemande, autrichienne ou française. Les éléments en présence sont d’origines trop diverses et trop mal fusionnés encore pour qu’on puisse leur donner un tel titre. Des groupes d’individus peuvent être réunis sous les mêmes lois, amenés à professer la même religion et parler la même langue; mais ils n’arrivent à former une race homogène que lorsque le milieu, les croisements et l’hérédité ont fixé chez eux un certain nombre de caractères physiques et moraux communs. Mais cette acquisition de caractères communs demande un temps fort long. Très lents à se fixer, les caractères héréditaires sont également très lents à s’effacer. Aussi n’est-ce qu’avec la plus extrême lenteur que les races arrivent à se fusionner et à se transformer. Il faut que les changements soient accumulés par l’hérédité, pendant des siècles dans le même sens, pour que les influences de milieux et de croisements finissent par déterminer des modifications profondes. Parmi les influences capables de transformer et fixer des caractères dans une race, on cite souvent le milieu. Mais si le milieu est un facteur puissant, l’hérédité, qui représente des aptitudes accumulées pendant un passé d’une immense longueur, est un facteur bien plus puissant encore. De nombreux exemples historiques prouvent que, quand une race est ancienne, les caractères fixés par l’hérédité sont tellement stables, que le milieu est désormais sans action sur elle, et que cette race périt plutôt que de se transformer. C’est ainsi que, sous toutes les latitudes, les fils d’Israël conservent leur type invariable ; c’est ainsi encore que le sol brûlant de l’Égypte a été impuissant, malgré son énergie, à transformer les races trop vieilles qui l’ont successivement envahi, et qui toutes y ont trouvé leur tombeau. L’hérédité seule est assez puissante pour lutter contre l’hérédité, et c’est pourquoi les milieux ne peuvent guère agir que sur des races nouvelles, c’est-à-dire sur des races résultant de croisements entre peuples différents possédant des aptitudes héréditaires différentes. Dans des conditions semblables, les influences si lourdes du passé se trouvant annulées ou dissociées par des influences héréditaires d’un poids égal, le milieu n’a plus alors à lutter contre elles et peut librement agir. Mais pour que les croisements eux-mêmes puissent agir, il faut qu’ils soient répétés pendant longtemps, et que les individus des diverses races croisées ne soient pas en nombre trop inégal. S’il y a une inégalité manifeste dans la proportion des éléments mis en présence, les caractères qui domineront dans le mélange finiront par l’emporter et élimineront les autres. Un petit nombre de blancs introduits au sein d’une population de noirs disparaît rapidement, sans laisser de traces, après quelques générations. C’est pour cette raison que les caractères d’un peuple conquis disparaissent si les envahisseurs sont trop nombreux. Les Grecs modernes peuvent être invoqués comme exemple, car ils n’ont plus rien en réalité des traits, si bien fixés par la sculpture, de leurs ancêtres 1. C’est pour la 1 Je ne crois pas trop m’avancer en assurant qu’on ne rencontre plus aujourd’hui que d’une façon bien exceptionnelle de véritables Grecs en Grèce. Je n’en ai trouvé ni à Athènes ni dans les échelles du Levant, fréquentées depuis longtemps par les Grecs des diverses parties de l’Archipel. J’ajouterai Gustave Le Bon (1884), La civilisation des Arabes : livres I et II. 64 même raison encore que les peuples conquérants disparaissent, au contraire, s’ils se trouvent en proportion trop faible à l’égard des peuples conquis. Tel fut, par exemple, le cas des Romains en Gaule. Nous sommes bien leurs fils par la civilisation et la langue, mais nullement par le sang. Tel fut encore le cas des Arabes en Égypte. Nous verrons que les Égyptiens, qui étaient restes réfractaires aux civilisations perse, grecque et romaine, et avaient toujours refusé d’apprendre la langue de leurs vainqueurs, adoptèrent rapidement la langue, la religion et la civilisation arabes, au point que l’Égypte devint en réalité et est restée le plus arabe des pays professant la religion de Mahomet. Les croisements entre les Égyptiens et leurs nouveaux conquérants devinrent tellement fréquents, que, dès la deuxième ou troisième génération, il s’était formé des types intermédiaires dont on ne pouvait plus distinguer l’origine. Mais la supériorité du nombre des anciens Égyptiens sur celui des envahisseurs et le ralentissement des invasions eurent pour résultat de faire bientôt disparaître presque entièrement l’influence du sang arabe. Resté Arabe par la religion et la langue, le fellah d’aujourd’hui est en réalité le fils des Égyptiens du temps des pyramides dont il est au surplus la vivante image. Dans l’édition papier de 1980 apparaît à la page 19 la figure # 7 Nomades et chefs nomades de tribus arabes indépendantes voisines de la mer Morte, photographiés par l’auteur. téléchargeable sur le site web : Les Classiques des sciences sociales, section Auteurs classiques : Gustave Le Bon (1841-1931) : La civilisation des Arabes (1884). Retour à la table des figures (ordre numérique sur le site web) qu’il y a bien longtemps sans doute qu’il n’y a plus de Grecs en Grèce, car dans une collection fort curieuse de bustes de grands personnages assurément fort anciens que possède le musée d’Athènes, je n’ai pas rencontré un seul individu ayant le type grec. M. Schliemann, avec qui j’ai voyagé pendant quelque temps, m’a assuré qu’à Mégare, Ithaque, Lesbos et divers points que je n’ai pas visités, on rencontre encore des sujets ayant le type grec ; mais ce sont là des réminiscences ataviques en nombre trop minime pour infirmer ce que je viens d’avancer. Gustave Le Bon (1884), La civilisation des Arabes : livres I et II. 65 2. – Importance de l’étude des caractères psychologiques pour la classification des races Retour à la table des matières On voit déjà, par ce qui précède, que ce n’est pas la langue, la religion, ni les groupements politiques qui peuvent permettre de classer une race. Les caractères anatomiques, tels que la forme du crâne, la couleur de la peau, la physionomie 1, etc., ne le permettent guère davantage. Ils rendent possibles sans doute quelques grandes divisions fondamentales, contestées du reste pour la plupart, mais ne nous disent presque rien des différences pourtant si profondes existant entre des peuples voisins, telles que les diverses nations de l’Europe, par exemple. Il existe cependant, suivant nous, des caractères aussi fixes que les caractères anatomiques, et qui, bien que négligés par l’anthropologie moderne, serviront sans doute un jour de base fondamentale à une classification des races : je veux parler des caractères intellectuels et moraux. Le partisan le plus convaincu des descriptions anatomiques ne voudrait certainement pas soutenir, qu’étant données deux races quelconques en présence, il aurait plus de renseignements sur elles par la connaissance de leurs caractères anatomiques que par celle de leurs caractères psychologiques. Les caractères psychologiques se reproduisent d’ailleurs avec autant de persistance que les caractères anatomiques. Lorsqu’on suit l’évolution d’un peuple, on est étonné de voir avec quelle constance ses aptitudes morales et intellectuelles se perpé- tuent à travers les âges. Les institutions d’un peuple et son rôle dans le monde résultent surtout de ces aptitudes. C’est dans le caractère, c’est-à-dire dans cet ensemble de dispositions que chaque individu apporte en naissant, et qui déterminent sa façon de sentir et de réagir, que se trouvent les mobiles inconscients de la conduite. Il varie avec chaque race et cette variation nous explique pourquoi des institutions semblables appliquées à divers peuples produisent des résultats si différents ; pourquoi la misé- rable anarchie des républiques espagnoles de l’Amérique, par exemple, comparée à la prospérité des habitants des États-Unis sous des institutions identiques. L’énergie, la 1 Parmi ces caractères il en est un, la physionomie, qui n’a pas été employé jusqu’ici comme moyen de classification des races humaines, mais qui me semble cependant avoir une grande importance. J’ai été conduit à le reconnaître en constatant dans mes divers voyages en Europe, en Asie et en Afrique, avec quelle facilité les indigènes savent distinguer sans se tromper les individus appartenant aux diverses races qui sont en contact journalier avec eux, alors même que le costume est identique. J’ai essayé de montrer l’importance de cette méthode de classification dans un mémoire spécial auquel je renvoie le lecteur. Il y trouvera notamment l’indication des moyens à employer pour dégager les caractères physionomiques communs à tous les individus d’une même race. Gustave Le Bon (1884), La civilisation des Arabes : livres I et II. 66 prévoyance, le courage, l’initiative, l’aptitude a se gouverner, l’empire sur soi, etc., sont des sentiments que l’hérédité peut donner, mais qu’aucune institution ne peut créer. Ils sont formés chez l’individu qui va naître et représentent l’héritage d’un long passé. C’est, en réalité, dans ce passé lointain que se sont élaborés les motifs de nos actions présentes. Bien que les caractères moraux et intellectuels d’un peuple soient aussi stables que ses caractères physiques, ils peuvent, comme ces derniers, se modifier lentement sous l’influence de divers facteurs, et notamment de ceux que nous énumérions plus haut : le milieu physique et moral et les croisements. Un Romain du temps d’Héliogabale n’avait plus le caractère de ses ancêtres de la république, et l’habitant des États-Unis diffère déjà beaucoup, par le caractère, des Anglais dont il est issu, Dans l’édition papier de 1980 apparaît à la page 21 la figure # 8 Bédouins nomades de la Syrie ; photographiés à Jéricho par l’auteur. téléchargeable sur le site web : Les Classiques des sciences sociales, section Auteurs classiques : Gustave Le Bon (1841-1931) : La civilisation des Arabes (1884). Retour à la table des figures (ordre numérique sur le site web) Chez la plupart des nations modernes, le caractère est en voie de transformation et loin d’être fixé encore. Les grandes invasions dont elles dérivent ont mis en présence des éléments trop dissemblables, et mélangés depuis trop peu de temps pour trop peu de temps pour avoir fini par créer chez elles beaucoup de sentiments communs. On le comprend facilement quand on voit combien de peuples, qui semblent au premier abord bien homogènes, tels que les Français, par exemple, sont formés d’éléments différents. Kimris, Normands, Celtes, Aquitains, Romains, etc., ont foulé notre sol et leurs descendants ne se sont pas bien mélangés encore. J’ai examiné dans un récent ouvrage l’influence profonde que peuvent avoir sur les destinées d’un peuple les éléments qui entrent dans son sein, surtout lorsque ces éléments ont des tendances différentes, et cherché à montrer que c’est dans cette étude, beaucoup plus que dans celle des institutions politiques – institutions qui sont des conséquences et bien rarement des causes – qu’on peut trouver la clef du rôle que les nations ont joué ou joueront dans l’histoire. Je ne saurais insister davantage sur un sujet que je ne pouvais qu’effleurer ici. Le peu que j’en ai dit a dû suffire pour montrer au lecteur l’importance de l’étude de la psychologie des peuples, science à peine ébauchée encore 1. En ce qui concerne les Arabes, notamment, nous verrons que c’est 1 J’ai développé ces idées dans les ouvrages ou mémoires suivants : L’Homme et les Sociétés, leurs origines et leur histoire, tome II. – L’Anthropologie actuelle et l’étude des races. (Revue scientifique.) – De Moscou aux monts Tatras ; Étude sur la formation actuelle d’une race. (Bulletins de la Société de géographie.) Gustave Le Bon (1884), La civilisation des Arabes : livres I et II. 67 dans l’étude de leur caractère que nous trouverons en grande partie l’explication des causes qui ont déterminé leur grandeur et leur décadence. 3. – Origine des Arabes Retour à la table des matières Des considérations diverses fondées principalement sur la linguistique ont fait classer dans une seule famille, dite sémitique, ces populations variées : Arabes, Juifs, Phéniciens, Hébreux, Syriens, Babyloniens, Assyriens, qui ont occupé et occupent encore l’Arabie et l’Asie Mineure jusqu’à l’Euphrate. La parenté qu’on admet entre elles tient à l’analogie qui existe dans la langue parlée par ces différents peuples, et à certains caractères physiques qu’ils possèdent en commun, tels que la teinte foncée de la chevelure, l’abondance de la barbe, la matité du teint, etc. Il y aurait beaucoup à dire sur la valeur de ces caractères, mais comme cela m’éloignerait de mon sujet, je préfère me borner à les reproduire tels qu’on les donne habituellement dans les ouvrages élémentaires. On admet généralement, au point de vue physique, que tous les peuples que nous venons de nommer présentent deux types, l’un fin, l’autre grossier. « Le premier, dit M. Girard, est caractérisé par une taille élancée qui ne dépasse pas souvent la moyenne, par des membres secs et nerveux, par des attaches fines, par un visage allongé et mince à l’extrémité inférieure, le menton est fuyant, la bouche petite ; les dents sont blanches et bien plantées, les lèvres minces ; le nez étroit, s’attache directement au front et affecte une forme aquiline très prononcée en se recourbant en bec d’oiseau de proie à l’extrémité ; les yeux noirs et bien fendus, s’abritent sous des arcades sourcilières peu développées ; le crâne est dolichocéphale. C’est le type le plus répandu chez les Arabes ; on le retrouve aussi chez les Israélites, les Syriens et les Égyptiens anciens et modernes. « Le second se distingue par une taille plus ou moins haute, mais lourde et massive, par des membres fortement musculeux, par un visage plus large et plus fort, par une mâchoire puissante, souvent même prognathe ; le menton est saillant, la bouche forte ; les lèvres sont charnues ; le nez aquilin, mais large, est gros du bout ; des arcades sourcilières accentuées ombragent des yeux noirs et grands ; le front est droit et bas. Les Assyriens présentent ce type dans sa perfection. Il existe aussi parmi les juifs ainsi que parmi les Arabes, surtout ceux du Sud, et les Égyptiens. Ces derniers ont dans le sang des éléments africains incontestables, comme l’indiquent certains traits de leur physionomie et les proportions de leur corps. » Quoi qu’il en soit de la valeur fort contestable suivant nous des caractères qui précèdent et de la parenté des peuples dits sémitiques, il est certain que leur communauté d’origine, si elle existe, remonte aux temps préhistoriques. Aux époques les Gustave Le Bon (1884), La civilisation des Arabes : livres I et II. 68 plus lointaines dont la tradition ait gardé la mémoire, ces peuples se trouvaient déjà différenciés. Si nous jugeons d’après nos idées modernes les conceptions politiques et sociales des Sémites, conceptions toujours voisines de l’état patriarcal, nous devons constater qu’elles n’ont jamais été bien hautes. Il ne faut pas oublier cependant que ces peuples ont fondé des civilisations puissantes, et que sur les cinq ou six grandes religions qui règnent aujourd’hui sur le monde, trois des plus importantes : le judaïsme, le christianisme et l’islamisme ont été enfantées par cette branche de la famille sémitique constituée par les juifs et les Arabes. La seule branche des Sémites dont nous ayons à nous occuper maintenant, les Arabes, présente ou plutôt a présenté pendant longtemps avec les juifs une parenté très grande. Cette parenté est indiquée par la similitude de leurs langues et par les traditions qui leur attribuent une commune origine. Il y a bien peu de ressemblance assurément entre l’Arabe, tel qu’il nous apparaît à l’époque de sa civilisation, et le juif, tel que nous le connaissons depuis des siècles trop souvent plat, pusillanime, avare et cupide ; et il semble humiliant au premier d’être comparé au second ; mais il ne faut pas oublier que ce sont les conditions d’existence particulières auxquelles les juifs ont été soumis depuis des siècles qui en ont fait la race si peu estimée que nous connaissons aujourd’hui 1. Un peuple quelconque, soumis à des conditions d’existence semblables, n’ayant d’autre métier possible que le commerce et l’usure, méprisé partout, fût devenu ce qu’est le juif que nous connaissons et qui, riche ou pauvre, garde ces instincts sordides que vingt siècles d’hérédité semblent avoir fixés en lui pour toujours. 1 Tout en reconnaissant leur parenté avec les juifs, les Arabes sont les premiers à en rougir. J’ai eu occasion de constater dans mes voyages en Allemagne, en Pologne, en Galicie, en Russie et en Orient, combien les juifs y sont peu estimés. Mais les sentiments qu’ils ont provoqués partout en Europe ne sont rien auprès de la répulsion qu’ils inspirent aux Arabes. Le juif n’est pour ces derniers qu’une sorte d’animal immonde à l’égard duquel tout est permis. Quand un Arabe de l’Algérie s’adresse à un juif, ce n’est qu’en l’appelant « charogne, fils de charogne. » Il sait du reste le reconnaître sous tous les déguisements. Ayant eu occasion de séjourner en Algérie à une époque où un congrès avait amené beaucoup d’Européens, j’ai vu plusieurs Arabes m’indiquer sans jamais se tromper l’origine israélite de personnes auxquelles il m’était impossible de trouver quoi que ce soit de particulier dans la physionomie. Dans les pays arabes qui sont tout à fait indépendants de l’influence des Européens, les juifs sont absolument hors la loi et beaucoup plus maltraités que les animaux. Voici comment M. Cottes, qui écrivait en 1855, s’exprime sur l’état des juifs au Maroc : « Les juifs sont condamnés à ne porter que des vêtements noirs, cette couleur étant l’emblème du malheur et de la malédiction. Il leur est interdit de monter à cheval ; s’ils passent devant une mosquée, une zaouïa (chapelle), un saint, un marabout, un chérif, ils doivent ôter leur chaussure et la porter à la main jusqu’à ce qu’ils aient passé. Ils ne peuvent traverser les cimetières musulmans ; leurs femmes, sous le moindre prétexte, sont fouettées en place publique par l’ahrifa, musulmane spécialement chargée de cette fonction. Si un musulman les frappe, il leur est interdit, sous peine de mort, de se défendre autrement que par la fuite ou par adresse. On voit fréquemment des enfants de 7 ou 8 ans lapider de vigoureux jeunes gens, les frapper à coups de bâtons, les souffleter, les mordre, les déchirer de leurs ongles. Ces hommes sont des juifs ; ils se courbent, se tordent, font des efforts pour se dégager ; mais tous leurs mouvements trahissent la préoccupation de ne frapper ou blesser aucun des assaillants. » Ce qui précède est parfaitement vrai encore pour l’intérieur du Maroc, mais ne l’est pas au même degré pour Tanger, où résident aujourd’hui plusieurs consuls européens sous la protection desquels se placent généralement les juifs. Lorsque je visitai cette curieuse ville, j’eus occasion de rendre visite au pacha accompagné par le drogman du ministre de Belgique, Israélite distingué, qui fut parfaitement reçu. Gustave Le Bon (1884), La civilisation des Arabes : livres I et II. 69 Pour voir apparaître la parenté entre le juif et l’Arabe, il faut remonter au temps d’Abraham, et nous représenter par la pensée ce patriarche comme le cheik d’une petite tribu de nomades, guerroyant avec ses voisins et inquiétant, comme aujourd’hui, les populations agricoles. La captivité d’Égypte n’est sans doute que le résultat d’une campagne à la suite de laquelle les Égyptiens cantonnèrent cette tribu pillarde dans l’Égypte septentrionale, sur un territoire d’où elle ne pouvait sortir, et d’où elle ne s’échappa qu’avec Moïse, lorsqu’après un long séjour en Égypte les Hébreux furent devenus assez nombreux pour résister aux Pharaons et reprendre la vie nomade pendant quarante ans. jusqu’à David, l’existence des Juifs, comme nation, ne différa guère de celle des autres tribus arabes de la Palestine et de l’Arabie. Dans l’édition papier de 1980 apparaît à la page 24 la figure # 9 Arabes sédentaires de la Syrie ; photographiés à Damas par l’auteur. téléchargeable sur le site web : Les Classiques des sciences sociales, section Auteurs classiques : Gustave Le Bon (1841-1931) : La civilisation des Arabes (1884). Retour à la table des figures (ordre numérique sur le site web) 4. – Diversité des populations arabes Retour à la table des matières On considère généralement les Arabes comme formant une race unique et, pour la plupart des Européens, tout mahométan de l’Afrique et de l’Asie, depuis le Maroc jusqu’à l’Arabie, est un Arabe, absolument comme, pour les Orientaux, tous les Européens : Anglais, Allemands Italiens, Russes, etc., sont les représentants d’un peuple unique qu’ils désignent sous le nom de Francs. La façon dont nous jugeons les Arabes est, en réalité, aussi inexacte que celle dont ils jugent les Européens. Il y a parmi eux des types aussi différents que ceux que nous pouvons observer en Europe. Par suite des milieux variés qu’ils ont rencontrés et des peuples divers avec lesquels ils se sont mélangés, les Arabes ont fini par former des mélanges très complexes. C’est ainsi, par exemple, que les Arabes qui habitent aujourd’hui la Mecque, et qui formaient autrefois une des races les plus pures, sont un produit du mélange de tous les peuples divers qui, de l’Atlantique à l’Indus, viennent annuellement en pèlerinage dans cette ville depuis Mahomet. Il en a été de même en Afrique et en Syrie : Phéniciens, Berbères, Turcs, Chaldéens, Turcomans, Persans, Gustave Le Bon (1884), La civilisation des Arabes : livres I et II. 70 Grecs et Romains, se sont plus ou moins mélangés avec les Arabes. Même dans les parties les plus centrales et les plus isolées de l’Arabie, comme le Nedjed, il s’en faut que la race soit pure. Depuis des siècles, l’élément noir s’y trouve mélangé dans de grandes proportions. Tous les voyageurs qui ont visité l’intérieur de l’Arabie ont été frappés de cette influence des nègres dans la péninsule. Rotta cite une région de l’Yémen où la population est devenue presque noire, alors que dans les montagnes, la même population, peu mélangée, est restée blanche. Parlant de la famille d’un des cheiks de la contrée, il dit que parmi ses enfants « il y en avait de toutes les teintes, depuis le noir jusqu’au blanc, suivant la race de leurs mères. » Wallin a observé dans le Djôf des tribus entières d’esclaves noirs. Les nègres sont aussi très communs dans le Nedjed, où, ainsi que dans tout le reste de l’Arabie, aucun préjugé de couleur n’existe et n’empêche pas par conséquent les croisements. Palgrave raconte que Katif, ville importante du Nedjed, était à l’époque de son voyage gouvernée par un nègre. « J’ai vu, à Riadh, dit-il, plusieurs fils de mulâtres qui portaient fièrement l’épée à poignée d’argent, et comptaient parmi leurs serviteurs des Arabes de sang ismaélite ou kahtanite le plus pur. » Dans l’édition papier de 1980 apparaît à la page 25 la figure # 10 Arabe sédentaire de la Syrie ; photographié à Damas par l’auteur. téléchargeable sur le site web : Les Classiques des sciences sociales, section Auteurs classiques : Gustave Le Bon (1841-1931) : La civilisation des Arabes (1884). Retour à la table des figures (ordre numérique sur le site web) Cette absence de préjugé contre la couleur a frappé également lady A. Blunt qui, dans la relation récente de son voyage au Nedjed (1878), raconte que le gouverneur de l’une des plus grandes villes du Nedjed, Meskakeh, était « un nègre tout à fait noir, avec les caractéristiques répulsives de l’Africain. Il me parut éminemment absurde, dit-elle, de voir ce nègre, qui est encore esclave, au centre d’un groupe de courtisans de race blanche ; car tous ces Arabes, dont la plupart sont nobles par le sang, s’arcboutaient devant lui, prêts à obéir à un de ses regards ou à rire de ses pauvres plaisanteries. » C’est principalement chez les Arabes sédentaires que se fait ce mélange de races différentes, chaque Arabe tenant à honneur d’avoir des femmes de plusieurs couleurs dans son harem. Chez les tribus du désert, et surtout chez les montagnards, la pureté de la race est beaucoup plus grande. Il faut remarquer cependant que parmi les tribus nomades de la Syrie orientale, et notamment près de Palmyre, en plein désert, on rencontre des blonds aux yeux bleus, ce qui semble impliquer un mélange avec des populations provenant d’une origine beaucoup plus septentrionale. Gustave Le Bon (1884), La civilisation des Arabes : livres I et II. 71 5. – Description des diverses populations arabes Retour à la table des matières La seule division fondamentale qu’on puisse établir chez les Arabes, division justifiée par toutes leurs traditions et par leur genre de vie, est celle en Arabes sédentaires et en Arabes nomades. Cette distinction est tout à fait essentielle, et il faut toujours l’avoir présente à l’esprit quand on étudie leur histoire. Les nomades, ou, comme on les appelle généralement, les Bédouins, ont depuis le Maroc jusqu’à l’Arabie un genre de vie, des coutumes et des mœurs qui sont exactement aujourd’hui ce qu’ils étaient il y a plusieurs milliers d’années, et ce que probablement ils seront toujours. Comme aux temps bibliques, ils vivent en tribus se déplaçant à mesure que leurs troupeaux ont épuisé le sol où elles étaient momentanément campées. L’Arabe sédentaire se modifie au contraire suivant les lieux et les populations très variés avec lesquels il est en contact. Cette division en Arabes sédentaires et nomades correspond également à celle établie par les traditions. Ces dernières rapportent, en effet, l’origine des Arabes à trois races, dont la première disparue avant l’islamique. La seconde est celle formée par les descendants de Kahtan (le Joctan de la Bible), population sédentaire qui se fixa dans l’Yémen, et qui est considérée comme la race arabe la plus pure. La troisième branche descendrait d’Ismaël, fils de l’esclave égyptienne d’Abraham. On comprend, d’après ce que nous avons dit précédemment des mélanges divers qui constituent aujourd’hui la population arabe, qu’il ne puisse guère exister de type arabe, comme on le croit généralement. Un type arabe bien défini, c’est-à-dire un type dont on puisse dire qu’il est tout à fait spécial à l’Arabe, me semble tout aussi impossible à donner qu’un type du Français ou de l’Italien. De tous les essais de définition du type physique des Arabes, celle qui m’a paru se rapporter au plus grand nombre d’individus de race pure est due à l’ancien chirurgien en chef de l’armée d’Égypte, Larrey : « Ils sont, dit-il, d’une taille un peu au-dessus de la moyenne, robustes et bien faits ; leur peau est hâlée ou brune, et élastique. Ils ont le visage ovale, de couleur cuivrée ; le front est large, élevé, le sourcil noir, détaché ; l’œil de la même couleur, vif et enfoncé. Le nez est droit, de moyenne grandeur, la bouche bien taillée, les dents bien plantées, belles et blanches comme l’ivoire ; l’oreille d’une belle forme et de grandeur normale, est légèrement recourbée en avant ; le trou auditif est parfaitement parallèle avec la commissure externe ou temporale des paupières. Comme chez les individus de tous les peuples, on observe chez leurs femmes quelques différences avantageuses ; on admire surtout les contours gracieux de leurs membres, les proportions régulières de leurs mains et de leurs pieds, la fierté de leur attitude et de leur démarche, etc. Les Bédouins, ou Arabes bergers, sont généralement divisés par tribus éparses sur les lisières des terres fertiles, à l’entrée ou sur les bords des déserts : ils habitent sous des tentes qu’ils transportent d’un lieu à un autre selon les besoins. Ils ont le plus grand rapport avec les autres Arabes ; cependant leurs yeux sont plus étincelants, les traits de Gustave Le Bon (1884), La civilisation des Arabes : livres I et II. 72 leur visage généralement moins prononcés, et leur taille est moins élevée que chez les Arabes civilisés. Ils sont aussi plus agiles, et quoique maigres, ils sont très robustes. Ils ont l’esprit vif, le caractère fier et indépendant ; ils sont méfiants, dissimulés, mais braves et intrépides. Ils sont surtout d’une grande adresse, d’une profonde et rare intelligence. Ils passent pour d’excellents cavaliers, et l’on vante avec raison leur dextérité à manier la lance et la javeline. Au reste, ils sont très aptes à l’exercice de tous les arts et de tous les métiers. » Parmi les caractères signalés par Larrey, ceux qui m’ont le plus frappé chez les Arabes que j’ai eu occasion d’observer, sont l’éclat véritablement frappant des yeux surtout chez les enfants, la blancheur étincelante des dents, la finesse des extrémités et la fierté de l’attitude ; mais ces caractéristiques ne s’appliquent guère aujourd’hui qu’aux nomades. La seule distinction pratique que l’on puisse établir actuellement entre les Arabes, en dehors de la distinction fondamentale dont nous avons parlé plus haut, est celle qui prend pour base le pays où ils habitent. C’est celle que nous allons adopter en décrivant successivement les Arabes de l’Arabie, de la Syrie, de l’Égypte, de l’Afrique et de la Chine. Nous nous attacherons beaucoup plus à la description des caractères psychologiques, dont nous avons montré plus haut l’importance, qu’à celle des types physiques, fort variés, comme nous l’avons dit. La reproduction de nos photographies donnera du reste plus de renseignements sur ces types que les plus longues explications. Arabes de l’Arabie. – L’Arabe des régions centrales de l’Arabie est celui qui, malgré ses mélanges répétés avec des Nègres, semble être resté le plus semblable à ses ancêtres des premiers âges, surtout si on le considère à l’état nomade. Ce sont donc ces derniers que nous étudierons d’abord. Ces nomades, que beaucoup de personnes supposent constituer toute la population de l’Arabie, forment une race à demi-sauvage, sans civilisation ni histoire. Pour savoir ce qu’ils étaient il y a 3000 ans, il suffit de les observer aujourd’hui : à part la religion, rien n’a varié chez eux. Ils sont restés tels que nous pouvons nous les représenter d’après les récits bibliques ou les descriptions d’Hérodote, et sont condamnés à ne pas changer. Si des régions fertiles, comme celles de l’Yémen, créent des populations sédentaires et agricoles, les sables arides du désert ne peuvent créer que des nomades. Les Arabes nomades ont toujours vécu, comme aujourd’hui, en petites tribus placées sous l’autorité patriarcale d’un chef, nomme cheik ou seigneur, qui est un des chefs de famille de la tribu. Son autorité, fort restreinte, se borne à peu près à conduire les guerriers au combat et à présider au partage du butin ou à certaines cérémonies. Les deux occupations exclusives des nomades sont la guerre et l’élevage des troupeaux. Les combats qu’ils se livrent de tribu à tribu sous le moindre prétexte sont interminables, car la loi biblique du talion : œil pour oeil, dent pour dent, ayant toujours été leur loi, chaque meurtre en entraîne un autre comme représailles. Ce n’est que quand deux tribus sont presque épuisées qu’elles font la paix et acceptent en échange d’un meurtre une compensation. Gustave Le Bon (1884), La civilisation des Arabes : livres I et II. 73 Les qualités et les défauts des Arabes nomades sont naturellement les qualités et les défauts engendrés par leurs conditions d’existence. « Les Arabes, dit Herder, ont conservé les mœurs patriarcales de leurs ancêtres ; ils sont, par un singulier contraste, sanguinaires et obséquieux, superstitieux et exaltés, avides de croyances et de fictions ; ils semblent doués d’une éternelle jeunesse, et sont capables des plus grandes choses lorsqu’une idée nouvelle les domine. Libre, généreux et fier, l’Arabe est en même temps irascible et plein d’audace ; on peut voir en lui le type des vertus et des vices de sa nation ; la nécessité de pourvoir lui-même à ses besoins le rend actif ; il est patient à cause des souffrances de toute nature qu’il est obligé de supporter ; il aime l’indépendance comme le seul bien dont il lui est donné de jouir, mais il est querelleur par haine de toute domination. Dur envers lui-même, il devient cruel et se montre trop souvent avide de vengeance. Dans l’édition papier de 1980 apparaît à la page 28 la figure # 11 Arabes de la haute Égypte ; photographiés près de Thèbes par l’auteur. téléchargeable sur le site web : Les Classiques des sciences sociales, section Auteurs classiques : Gustave Le Bon (1841-1931) : La civilisation des Arabes (1884). Retour à la table des figures (ordre numérique sur le site web) « L’analogie de situation et de sentiment inspirait à tous les mêmes points d’honneur, le glaive, l’hospitalité, l’éloquence faisaient leur gloire ; l’épée était l’unique garantie de leurs droits ; l’hospitalité embrassait pour eux le code de l’humanité et l’éloquence, au défaut d’écriture, servait à terminer les différends qui ne se vidaient pas par les armes. » « Peut-être, dit Desvergers, le trait le plus saillant du caractère arabe est-il ce mélange intime d’ardeur pour le pillage et d’hospitalité, d’esprit de rapine et de libéralité, de cruauté et de générosité chevaleresque, qui met tour à tour en relief les qualités les plus opposées, et appelle vingt fois sur la même tête, dans le cours d’un récit, l’admiration et le blâme. On aurait peine à se rendre compte de ces inconséquences perpétuelles, si on ne se plaçait au point de vue exceptionnel d’une nation isolée de tout contact par sa position et devant se suffire à ellemême sur le sol le plus ingrat. La pauvreté de leur territoire était pour eux l’excuse du pillage ; déshérités des moissons abondantes, ou des riches pâturages qui suffisaient aux besoins des autres peuples, ils réparaient l’injustice du sort à force ouverte, et croyaient reprendre sur chaque caravane attaquée par eux la portion de biens qui aurait dû leur être assignée dans le partage de la terre. Ne faisant pas de différence entre la guerre et le guet-apens, le vol à main armée leur semblait un droit de conquête : dépouiller le voyageur était à leurs yeux aussi méritoire que prendre une ville d’assaut ou réduire une province. De pareilles inclinations n’auraient mérité aucune sympathie, si elles n’eussent été rachetées par de nobles vertus. Ce même guerrier que la soif du pillage, le désir de la vengeance, l’amour-propre offensé portait à Gustave Le Bon (1884), La civilisation des Arabes : livres I et II. 74 des actes d’une cruauté inouïe, devenait sous sa tente un hôte libéral et plein de courtoisie. L’opprimé qui recherchait sa protection ou se confiait à son honneur était reçu non seulement comme un ami, mais comme un membre de la famille. Sa vie devenait sacrée, et son hôte l’eût défendue au péril de la sienne, quand même il eût découvert que l’étranger assis à son foyer était l’ennemi dont il avait cent fois désiré la perte. Peut-être ne se fût-il pas fait scrupule d’enlever par la force ou par adresse le chameau de son voisin pour offrir à son hôte une hospitalité plus grande et plus généreuse. La générosité a toujours été la vertu que les Arabes ont estimée plus que toutes les autres, et qu’ils regardaient pour ainsi dire comme un apanage particulier de leur nation. ) J’ajouterai à ce qui précède que les Arabes nomades, aussi bien en Arabie qu’en Syrie ou en Afrique, présentent encore comme caractère principal un sentiment de l’indépendance porte à un point dont il est difficile à un Européen de se faire idée. Ils dédaignent profondément l’habitant des villes qu’ils considèrent comme un esclave. Pour eux, s’attacher à la terre c’est dire adieu à la liberté, l’homme fixé au sol étant fatalement destiné à avoir bientôt un maître. Le nomade ne possède que sa liberté, mais ce bien est supérieur pour lui à tous les autres et il a su le conserver intact à travers les âges. Tous les conquérants : grecs, romains, perses, etc., qui ont dominé le monde n’ont jamais pu l’asservir. Toute domination des nomades sera toujours éphémère et ne pourra même s’établir d’une façon éphémère qu’à la condition que les nomades soient combattus par des nomades. Ce sentiment de l’indépendance remonte aux premiers temps de leur histoire. Diodore de Sicile assure que chez les Nabathéens, nomades de l’Arabie Pétrée, il était défendu de planter du blé, des arbres à fruits, et de bâtir des maisons. Ils considé- raient, en effet, que pour garder de tels biens, on sacrifie volontiers sa liberté. Aussi ne furent-ils jamais conquis. Hérodote observe qu’alors que la Phénicie et la Palestine étaient obligées d’envoyer de lourds tributs aux rois de Perse, les seuls Arabes en étaient exempts. L’instinct du pillage et le caractère batailleur des Arabes nomades en font toujours de redoutables voisins pour les peuples civilisés, et ces derniers les considèrent volontiers comme de véritables brigands ; mais le point de vue des Arabes est autre. Ils sont tout aussi fiers du pillage d’une caravane que les Européens peuvent l’être du bombardement d’une ville, de la conquête d’une province, ou d’exploits analogues. Ils n’élèvent pas de statues à leurs chefs célèbres, parce qu’en Arabie on n’érige de statue à personne, mais ils se croient fondés à avoir pour eux autant de vénération respectueuse que nous en avons pour nos grands conquérants. Ce fut d’ailleurs grâce à ces instincts enracinés de guerre et de pillage, que les Arabes nomades devinrent d’excellents guerriers sous les successeurs de Mahomet et firent rapidement la conquête du monde. Dans les conditions nouvelles où ils se trouvèrent soumis, leurs instincts primitifs restèrent invariables, car le caractère d’un peuple ne change guère, mais ils se manifestèrent sous des formes nouvelles : l’amour du pillage devint l’amour des conquêtes ; leurs habitudes de générosité donnèrent naissance à ces mœurs chevaleresques que tous les peuples de l’Europe ont imitées ensuite. Leurs habitudes de rivalités intestines leur furent d’abord utiles à un certain degré, en provoquant chez eux un vif esprit d’émulation ; mais, trop enracinées pour pouvoir être contenues longtemps dans de justes limites, elles les perdirent. Ce furent les Arabes nomades qui formèrent une grande partie des armées des successeurs de Mahomet, et, comme conquérants, rendirent les plus grands services à Gustave Le Bon (1884), La civilisation des Arabes : livres I et II. 75 ces derniers ; mais ce ne fut pas certainement chez eux que se recrutèrent les savants et les artistes qui donnèrent un si brillant éclat à la civilisation des disciples du prophète. Les nomades ont toujours dédaigné absolument les conquêtes de la civilisation, et préfèrent de beaucoup leur existence au désert. C’est là un de ses sentiments héréditaires analogues à ceux qu’on rencontre aussi chez les Indiens de l’Amérique, et contre lesquels aucun argument ne saurait prévaloir. Ils ont toujours refusé, en Syrie notamment, les terres qu’on leur offrit pour s’y fixer. Ces nomades, dont la fière et noble allure frappe tous les voyageurs, savent se suffire, sans les ressources artificielles de la civilisation, et ils n’auraient pas cédé le pas au plus altier baron féodal du moyen âge. La vie du désert n’est pas au surplus sans charme, et je confesserais volontiers que si j’avais à choisir entre cette vie indépendante et l’existence d’un manœuvre occupé douze heures par jour dans une usine à un abrutissant métier, l’hésitation ne serait pas longue. Dans l’édition papier de 1980 apparaît à la page 31 la figure # 12 Femmes arabes des environs du Caire ; d’après une photographie. téléchargeable sur le site web : Les Classiques des sciences sociales, section Auteurs classiques : Gustave Le Bon (1841-1931) : La civilisation des Arabes (1884). Retour à la table des figures (ordre numérique sur le site web) Tout en étant restés aux formes les plus primitives de l’évolution des sociétés humaines, formes que les conditions d’existence au désert les empêchent de franchir, les Arabes nomades sont fort supérieurs aux autres peuples pasteurs que nous rencontrons encore sur divers points du globe. J’ai causé bien des fois avec eux, et a m’a semblé que leur conception de l’existence valait certainement celle de beaucoup d’Européens fort civilisés. Nous verrons plus tard par leurs poésies que si ces nomades sont réellement des demi-sauvages par leurs coutumes, ils ne le sont pas par leurs pensées. Il est rare qu’un nomade ne soit pas doublé d’un poète. Il est doublé d’un poète, et, comme beaucoup de poètes, il est doublé aussi d’un enfant. Aux caractéristiques psychologiques que nous avons données du nomade il faut, en effet, ajouter celle-ci, la plus importante de toutes peut-être : qu’il possède, malgré son calme apparent, un caractère très mobile le rapprochant singulièrement de la femme et de l’enfant. Comme eux, il n’a guère pour guide que l’instinct du moment. Comme eux encore, il juge d’après les apparences, se laisse éblouir facilement par le bruit, l’éclat, la pompe extérieure ; et l’éblouir constitue le meilleur moyen de le convaincre. Il en est ainsi de toutes les races ou de toutes les nations primitives, et a en est ainsi des femmes et des enfants parce qu’ils représentent également des formes Gustave Le Bon (1884), La civilisation des Arabes : livres I et II. 76 inférieures de l’évolution humaine. Le nomade n’est en réalité qu’un demi-sauvage. Demi-sauvage intelligent assurément, mais qui depuis des milliers d’années n’a pas fait un pas vers la civilisation et, par conséquent, n’a subi aucune des transformations accumulées par l’hérédité chez l’homme civilisé. Si, comme nous le croyons, les caractères psychologiques suffisent à établir des différences profondes entre les hommes, on peut dire que l’Arabe sédentaire et l’Arabe nomade forment deux races véritablement séparées par un abîme. Les Arabes sédentaires de l’Arabie dont nous allons nous occuper maintenant diffèrent beaucoup des nomades dont nous venons de parler. Ce ne sont nullement des demi-barbares comme on le croit généralement. Palgrave fait remarquer avec raison que cette opinion erronée résulte simplement de ce que les voyageurs n’ont visité généralement que quelques points sans importance du littoral de cette vaste péninsule. Il parle avec admiration de l’instruction des habitants de l’Oman ; et, selon lui, il ne serait pas difficile de trouver dans le Nedjed des individus tout aussi aptes que les Anglais à construire des machines ou à tracer des chemins de fer. On sait du reste que, dans l’Yémen, il existe deux universités, celles de Zébid et de Damar, qui, sans avoir l’importance de l’antique et célèbre université du Caire, contribuent, comme cette dernière, à répandre une instruction solide parmi les classes éclairées de la population. Nous sommes habitués aujourd’hui à juger les Arabes d’après les tristes échan- tillons que nous offrent les habitants de la Syrie, de l’Égypte et de l’Algérie, avilis par tous les mélanges et toutes les servitudes ; mais c’est évidemment au berceau même du peuple arabe qu’il faut aller les étudier pour en avoir une idée bien nette. L’auteur que je citais à l’instant, et qui a vécu longtemps parmi eux, les considère comme une des plus nobles races de la terre, et ajoute : Dans l’édition papier de 1980 apparaît à la page 33 la figure # 13 Musulmans de la Nubie ; d’après des photographies de l’auteur. téléchargeable sur le site web : Les Classiques des sciences sociales, section Auteurs classiques : Gustave Le Bon (1841-1931) : La civilisation des Arabes (1884). Retour à la table des figures (ordre numérique sur le site web) « J’ai dit « une des plus nobles races de la terre » ; les Arabes des villes méritent en effet cet éloge. J’ai beaucoup voyagé, j’ai eu des relations fréquentes avec des peuples bien divers, Africains, Asiatiques, Européens, et très peu me semblent dignes d’être placés au-dessus des habitants de l’Arabie centrale. Ces derniers pourtant parlent la même langue que les nomades du désert, le même sang coule dans leurs veines ; mais quelle distance les sépare ! » Gustave Le Bon (1884), La civilisation des Arabes : livres I et II. 77 Nous faisions remarquer plus haut que les Arabes sédentaires présentent, de même du reste que tous les peuples civilisés, des différences considérables d’un pays à l’autre. Ces différences existent déjà en Arabie. Dans cette même province du Nedjed, province plus vaste, il est vrai, que bien des États européens, il existe entre les Arabes des différences aussi profondes que celles qui séparent l’habitant du nord de l’Europe de celui du midi. Les Wahabites, par exemple, auraient un caractère fort différent de celui qu’on attribue à la plupart des Arabes. Ils seraient énergiques, ne céderaient pas à l’impulsion du moment, mais seraient très dissimulés, et surtout envieux. Voici la description qu’en fait Palgrave : « Les Wahabites, moins généreux, moins prompts à embrasser les entreprises difficiles, moins gais et moins francs que les autres Arabes, sont aussi plus persévé- rants et plus sages : ils manifestent rarement par des paroles leurs sentiments secrets ; mais ils sont fermes dans leurs desseins, terribles dans la vengeance, ennemis implacables, amis douteux pour quiconque n’est pas leur compatriote ; ils pourraient, soit dit sans offense et sous toute réserve, être appelés les Écossais de la péninsule. L’expression de leurs traits réservés, durs, sombres même, contraste étrangement avec les bienveillants visages des Arabes du Nord. Ils n’obéissent pas à l’impression du moment, ils suivent un système tracé d’avance ; s’ils ont l’intelligence bornée, leur volonté forte et persévérante les rend capables d’organiser puissamment leur état social et de devenir pour leurs voisins des maîtres tyranniques ; enfin leur étroite union doit assurer leur triomphe sur des ennemis qu’affaiblissent des divisions incessantes ; aussi l’empire wahabite tend-il à absorber la plus grande partie de la péninsule et son rêve ambitieux se réalisera peut-être plus tôt qu’on ne le pense. Dans l’édition papier de 1980 apparaît à la page 34 la figure # 14 Musulmanes de la Nubie ; d’après des photographies de l’auteur. téléchargeable sur le site web : Les Classiques des sciences sociales, section Auteurs classiques : Gustave Le Bon (1841-1931) : La civilisation des Arabes (1884). Retour à la table des figures (ordre numérique sur le site web) « Leur caractère se reflète dans les moindres actes de la vie domestique. Il faut, quand on s’entretient avec eux, veiller sur sa langue et mesurer ses gestes comme on le ferait avec des ennemis. » Arabes de la Syrie. – Comme les Arabes de l’Arabie, ceux de la Syrie se distinguent en nomades et sédentaires. Les premiers habitent le désert ; les seconds, les villes. Gustave Le Bon (1884), La civilisation des Arabes : livres I et II. 78 Comme tous les nomades, les Arabes de la Syrie n’ont pas eu beaucoup à souffrir des dominations diverses qui se sont abattues sur le pays. Ils vivent aujourd’hui comme ils vivaient il y a 3,000 ans, du produit de leurs troupeaux et du pillage. À l’exception des villes, le pays leur appartient de fait : au-delà du Jourdain, et, aux portes mêmes de Damas, ils attaquent voyageurs et caravanes qui n’ont pas payé rançon pour se faire escorter et traverser leur territoire. Ils présentent, du reste, ce double caractère de rapacité et de générosité que nous avons déjà signalé. L’hôte auquel ils ont accordé l’hospitalité est toujours sacré pour eux. Rien n’a pu faire renoncer les Arabes de la Syrie a la vie nomade qu’ils mènent depuis tant de siècles ; ils ont toujours dédaigné les concessions de terre et se refusent à tout travail agricole. En dehors des nomades des déserts ou bédouins qui professent la religion de Mahomet, il existe en Syrie des tribus professant des cultes assez différents et qui, séparées par leurs croyances religieuses et ne se mélangeant qu’entre elles, ont fini par acquérir des caractères particuliers permettant de les distinguer assez facilement. Les plus importantes sont les Métoualis, les Ansariés, les Maronites et les Druses. Les Métoualis sont des tribus d’Arabes montagnards vivant très isolées. Ils appartiennent à la secte mahométane des chiites et sont fort intolérants. Jamais ils ne consentent à prendre leurs repas avec un étranger. On suppose que ce sont d’anciennes tribus Kurdes, mais ils présentent des caractères complexes appartenant à la fois aux Mongols, aux Arabes et aux Persans. Les Ansariés forment également des tribus montagnardes distinctes. Ils professent une religion dérivée de l’islamisme mais qui en diffère sensiblement ; on assure qu’ils croient à la métempsychose, adorent le soleil et la lune, etc. Les Maronites, bien que se rapprochant des Syriens, ont cependant une personnalité distincte. Ils forment une secte chrétienne vaniteuse et bruyante, qui, dans diverses circonstances, n’a pas manifesté une bravoure bien grande. Les Druses se rapprochent des nomades du désert. Ils forment une secte mahométane fière et indépendante, qui, depuis des siècles est séparée des Arabes et des Syriens. Braves et redoutés, ils vivent en grande inimitié avec les Maronites du Liban. Quant aux habitants des villes et villages de la Syrie, ils forment un mélange où sont entrés tous les peuples, Égyptiens, Phéniciens, juifs, Babyloniens, Perses, Grecs, Romains, Arabes, Mongols, Circassiens, Croisés, Turcs, etc., qui ont plus ou moins occupé la contrée. Le voyageur doit donc s’attendre à y rencontrer les types les plus variés. Les Syriens des villes sont généralement assez intelligents, mais souples, rusés et perfides. Ils étaient déjà peu prisés du temps des Romains, qui les qualifiaient de race née pour la servitude. Résignés à toutes les dominations qui depuis tant de siè- cles se sont appesanties sur eux, ils n’ont conservé d’énergie que pour les querelles religieuses. Pour tout ce qui ne touche pas aux questions de religion, leur résignation est très grande, et ils professent une soumission absolue pour ce qui ressemble à une autorité quelconque. Cette résignation et cette soumission dépassent ce qu’un Européen pourrait concevoir. J’en donnerai l’idée en relatant un fait raconté à M. de Vogüé par un Européen qui se trouvait en Syrie à l’époque de la répression qui suivit les massacres de 1861. Gustave Le Bon (1884), La civilisation des Arabes : livres I et II. 79 « Un officier instructeur européen, au service turc, nous conta le fait suivant dont il avait été témoin oculaire. L’un des nombreux bourreaux qui fonctionnaient à ce moment-là était en train d’achever la besogne de la journée ; mais le clou se trouva placé trop haut et la chaise trop bas pour y atteindre ; un vieillard musulman vint à passer, monté sur un âne et portant un quartier de mouton ; l’exécuteur des hautes- œuvres lui fit signe d’arrêter ; il obéit, descend de sa monture et tend le cou avec résignation, croyant sa dernière heure venue, lorsque le bourreau, s’apercevant de sa méprise, lui fait comprendre qu’il n’a nullement affaire à lui, mais à son âne. Il saisit la bête, y place le patient, lui passe la corde au cou et fouette le baudet, qui part laissant son cavalier improvisé suspendu. – Heureux d’en être quitte à si bon marché, le vieux musulman ramasse son quartier de mouton, remonte sur son âne et part au galop. » Mais, je le répète, cette résignation n’existe que pour ce qui ne touche pas aux questions religieuses. La tranquillité la plus profonde n’a cessé de régner à Damas pendant les troubles récents d’Égypte, et j’ai souvent admiré avec quelle facilité des groupes nombreux d’habitants se laissaient violemment bousculer et même frapper par un simple soldat cherchant à faire place à un personnage quelconque, lequel n’était souvent qu’un simple voyageur. Mais j’ai entendu répéter bien des fois, tant à Damas qu’a Jérusalem, que le moindre succès d’Arabi eût été le signal d’un massacre général des chrétiens de la Syrie. Ces derniers sont du reste d’une pusillanimité qui fait véritablement rougir. En 1861, ils se sont laissés massacrer comme des moutons sans même essayer de se défendre, et il en eût été exactement de même en 1882 si les massacres auxquels chacun s’attendait eussent recommencé. Arabes d’Égypte. Les Arabes actuels de l’Égypte sont le produit du croisement des populations indigènes avec les Arabes qui ont envahi l’Égypte en 640, sous Amrou. Arabes de langue et de religion, ils ne le sont plus en réalité de sang. En vertu des lois anthropologiques citées plus haut, l’élément conquérant a été bientôt noyé par l’élément conquis plus nombreux, d’une part, et mieux adapté, de l’autre, au climat redoutable de l’Égypte. Les éléments intermédiaires ont bientôt disparu, et aujourd’hui, malgré sa religion et sa langue, l’Arabe sédentaire de l’Égypte et, en réalité, le fils des anciens Égyptiens du temps des pyramides, ainsi que le révèlent ses larges épaules, sa figure, aux lèvres fortes, aux pommettes saillantes, et surtout sa ressemblance avec les personnages gravés sur les anciens monuments. Les Arabes sédentaires des bords du Nil ne sont pas seulement les fils des anciens Égyptiens par la physionomie. Ils ont hérité aussi de leur caractère. Ils forment une population d’une douceur et d’une politesse extrême. Résignée depuis longtemps à toutes les servitudes elle redoute tous les maîtres, les Européens surtout. À une époque où on représentait au Caire la haute Égypte comme étant en pleine insurrection et où les journaux ne parlaient que de massacres, j’ai pu circuler complètement seul au milieu des habitants des principaux villages qui bordent le Nil sans avoir jamais été molestée. Les besoins du fellah sont presque nuls. Le strict nécessaire lui suffit, et si on lui laisse à peu près ce strict nécessaire, il est parfaitement heureux. Il vit sans souci de l’avenir et sans aucune notion du temps ni des distances. Quand on lui demande un renseignement précis sur des choses dont il devrait avoir une expérience bien des fois séculaire, sa réponse invariable est : je ne sais pas. Le temps qu’il faut pour aller de Gustave Le Bon (1884), La civilisation des Arabes : livres I et II. 80 son village à un autre, la distance qui les sépare, il ne le sait pas et n’a vraiment aucun intérêt à le savoir. Nous retrouvons également chez les Arabes d’Égypte la distinction fondamentale en sédentaires et en nomades, telle que nous l’avons constatée en Arabie et en Syrie. En Égypte, cette distinction est plus profonde encore que dans les autres régions, car elle implique non seulement une différence complète d’existence, mais encore une différence de race. Si l’Arabe des villes a fini, en effet, à la suite de croisements, par se transformer en Égyptien, il n’en est pas de même des nomades, qui, par suite de leurs conditions d’existence, n’ont pu se mélanger qu’avec eux-mêmes et doivent représenter assez bien, avec leur nez un peu aquilin, leurs lèvres minces, leur figure d’un ovale allongé, leurs yeux ardents, le type arabe des nomades au temps de Mahomet. Dans l’édition papier de 1980 apparaît à la page 37 la figure # 15 Mendiants marocains ; d’après une photographie. téléchargeable sur le site web : Les Classiques des sciences sociales, section Auteurs classiques : Gustave Le Bon (1841-1931) : La civilisation des Arabes (1884). Retour à la table des figures (ordre numérique sur le site web) Ce sont les seuls guerriers redoutables de l’Égypte et les seuls avec lesquels les Anglais auraient eu à compter dans leur récente campagne, si, comme on nous l’a répété bien des fois dans le pays, leur neutralité n’avait pas été chèrement achetée. Les Arabes nomades de l’Égypte plantent leurs tentes dans les déserts de sable qui se trouvent le long du Nil, à peu de distance de ses bords. Ils redoutent peu les autorités et n’entrent guère en relation avec les fellahs agriculteurs pour lesquels ils professent du reste une assez grande antipathie. L’existence de ces nomades est celle de tous les Arabes du désert. Sous tous les climats, l’Arabe nomade reste semblable à lui-même. En dehors des Arabes, la population de l’Égypte contient des éléments fort divers : Turcs, Coptes, Syriens, Nègres, Grecs et Européens, etc. ; mais les croisements de ces éléments divers avec le fellah sont fort rares. Du reste, le climat de l’Égypte est tellement meurtrier pour l’étranger, qu’on ne cite guère d’individu de nationalité étrangère, y compris les Turcs, qui ait jamais pu se reproduire au-delà de la deuxième génération. L’Arabe est le seul peuple étranger qui ait réussi à faire souche en Égypte. Parmi les peuples de l’Égypte que je viens de citer, les Coptes méritent une mention spéciale, car si l’on ne peut à la vérité les considérer comme des descendants non mélangés des anciens Égyptiens, c’est encore parmi eux cependant qu’on rencon- Gustave Le Bon (1884), La civilisation des Arabes : livres I et II. 81 tre le plus d’individus ressemblant aux figures des anciens tombeaux. Ils professent la religion chrétienne et ne se sont jamais mélangés aux Arabes. On les rencontre surtout dans la haute Égypte et notamment dans certaines villes ou villages tels que Syout. Leur langue est très analogue à celle des anciens Égyptiens et c’est par son étude que Champollion arriva, comme on le sait, à expliquer les hiéroglyphes. On assure dans plusieurs ouvrages que la langue copte ne se parle plus aujourd’hui. J’ai entendu plusieurs fois cependant des Coptes la parler entre eux. Elle forme même plusieurs dialectes assez différents. Ils écrivent aujourd’hui leur langue avec des caractères grecs. On évalue généralement à 200,000 au plus le nombre des Coptes existant en Égypte, mais plusieurs de ces derniers m’ont affirmé que leur nombre dépasserait 500,000. Le triste tableau qu’on fait de leur caractère ne m’a pas paru très fondé. Ce qui est certain, c’est qu’ils sont bien supérieurs par leur instruction aux Arabes actuels et surtout aux Turcs. Leur religion les empêche d’arriver aux places importantes, mais ils remplissent dans les administrations les emplois exigeant le plus de travail et d’intelligence. Quant aux Turcs, qui ont remplacé politiquement les Arabes en Égypte, leur influence ethnographique a toujours été nulle. Au nombre de 20,000 à peine aujourd’hui, ils forment une aristocratie qui ne se mélange pas avec les habitants. Arabes de l’Afrique, – En dehors de l’Égypte, qu’on rattache habituellement à l’Orient, tout le nord de l’Afrique est occupé par des populations de religion sinon toujours de sang arabe qui dépassent sur certains points l’équateur. Elles sont constituées par des Berbères, des Arabes et des Nègres plus ou moins mélangés. C’est surtout au Maroc que le mélange du sang nègre m’a frappé. Il augmente à mesure qu’on descend vers l’équateur. Les Berbères de l’Afrique forment une population très différente des Arabes. Ayant l’intention de l’étudier en détail dans le chapitre consacré à l’histoire des Arabes en Afrique, nous n’avons pas à nous en occuper maintenant. De même que les autres Arabes dont nous avons parlé jusqu’ici, ceux de l’Afrique se divisent en nomades et en sédentaires ; mais les nomades et surtout les sédentaires représentent aujourd’hui le produit des mélanges bien complexes. Dans les villes du littoral, les populations que nous qualifions d’arabes sont le produit du mélange de tous les peuples : Carthaginois, Romains, Vandales, Grecs, Berbères, Arabes, Turcs, Européens, Nègres, qui depuis des siècles se sont rencontrés sur ce littoral et dans ces régions. J’ai trouvé sur le littoral de l’Afrique septentrionale tous les types qu’on pourrait imaginer entre le Nègre du Soudan et l’Apollon du Belvédère. Aussi faut-il renoncer à rattacher les Arabes de l’Algérie à un seul type ou même à une demi-douzaine de types comme l’a fait récemment une anthropologiste qui les avait examinés d’une manière fort superficielle. Gustave Le Bon (1884), La civilisation des Arabes : livres I et II. 82 L’Arabe de l’Algérie n’est en réalité qu’un véritable métis 1, et nous devons nous attendre à trouver en lui toutes les qualités inférieures des métis. Les habitants sédentaires des villes sont les produits du mélange de tous les peuples cités plus haut, produits dégénérés par toutes les dominations qui ont pesé sur eux. Moins mélangés, et partant bien moins dégénérés, les nomades se rapprochent des véritables Arabes nomades des autres contrées et comme eux sont réfractaires à toute civilisation. Sédentaires ou nomades, toutes ces populations ont un sentiment commun : une haine profonde, pas toujours sans fondement, des Européens qui les dominent. L’indigène, que nous décrivons comme indolent, contemplatif, peu industrieux, vivant au jour le jour, humble ou arrogant suivant les circonstances, sacrifiera tout ce qu’il possède et compromettra sa vie dans chaque insurrection pour tâcher de se débarrasser de ses envahisseurs. On arrivera peut-être à détruire méthodiquement l’Arabe de l’Algérie par des moyens analogues à ceux employés par les Américains pour exterminer les Peaux-Rouges ; mais, ce qui me semble absolument certain, c’est que l’Européen ne réussira jamais à se l’assimiler. Deux races aussi dissemblables ne pourront jamais vivre en paix sur le même sol. C’est là une opinion que l’on évite habituellement de consigner dans les livres, mais que j’ai entendu professer en Algérie par tous les observateurs consciencieux. Je la partage moi-même entièrement. Dans l’édition papier de 1980 apparaît à la page 40 la figure # 16 Marchand d’eau marocain de Tanger ; d’après une photographie. téléchargeable sur le site web : Les Classiques des sciences sociales, section Auteurs classiques : Gustave Le Bon (1841-1931) : La civilisation des Arabes (1884). Retour à la table des figures (ordre numérique sur le site web) Arabes de l’Espagne. – Toutes les populations arabes que nous venons de mentionner sont vivantes encore et leurs représentants actuels, bien qu’altérés par des influences diverses, nous permettent de nous faire une idée suffisamment exacte de ce que furent leurs ancêtres. Il n’en est pas de même pour les Arabes de l’Espagne. Ils ont disparu complètement, sans laisser de descendants pour perpétuer leur image à travers les âges. Nous ignorons donc ce que fut exactement leur type ; mais malgré l’absence de documents précis, nous pouvons dire que ce type dut bientôt différer de celui des premiers Arabes qui envahirent la contrée. Des croisements fréquents avec les chré- tiennes captives, le mélange sur une large échelle avec les Berbères de l’Afrique qui envahirent l’Espagne durent altérer bientôt le type arabe primitif. Répétés pendant huit siècles, ces croisements durent avoir pour résultat, conformément aux lois anthropologiques exposées au début de ce chapitre, la formation d’une race nouvelle dont les 1 Suivant MM. Carthez, sur les deux millions cinq cent mille musulmans d’Algérie (Arabes, Turcs, Berbères), il n’y aurait que deux cent mille Arabes purs. La race la plus nombreuse est constituée par les Berbères ou Kabyles, qui sont au nombre de un million quatre cent mille environ. Gustave Le Bon (1884), La civilisation des Arabes : livres I et II. 83 représentants devaient différer sensiblement des primitifs envahisseurs. Les produits de la civilisation arabe de l’Espagne prouvent que cette race brilla par sa haute intelligence, et son histoire prouve qu’elle brilla aussi par son caractère chevaleresque et sa bravoure ; mais les luttes intestines qui furent la vraie cause de sa fin prouvent également que certaines caractéristiques fondamentales du caractère arabe s’étaient maintenues chez elle. Ne pouvant juger les Arabes de l’Espagne que par leur civilisation et leur histoire, c’est aux chapitres consacrés à cette civilisation et a cette histoire que je renverrai le lecteur. Arabes de la Chine. – Aussitôt que l’empire des Arabes fut constitué, les khalifes d’Orient et les souverains de la Chine s’envoyèrent fréquemment des ambassadeurs et comme nous le verrons dans une autre partie de cet ouvrage, les relations commerciales des Arabes avec la Chine s’établirent régulièrement par voies de terre et de mer. De même que dans tous les pays où pénètrent les Arabes, l’islamisme fit bientôt de rapides progrès en Chine et aujourd’hui on y compterait vingt millions de musulmans d’après le récent ouvrage de M. Dabry de Thiersant sur le mahométisme en Chine. Ces musulmans ne sont pas, bien entendu, d’origine exclusivement arabe mais simplement mélanges de sang arabe. Ils formeraient, suivant l’auteur que je viens de citer, une race à part résultant du mélange des trois sangs arabe, turc et chinois. D’après lui « le premier noyau des mahométans de l’Occident implanté en Chine a été un contingent de quatre mile soldats arabes que le khalife Abou Giafar envoya en l’an 755 au secours de l’empereur Sou-Tsong menacé par le rebelle An-Lo-Chan et qui pour les récompenser de leurs services leur permit de s’établir dans les principales villes de l’empire. Ces soldats, qui épousèrent des femmes chinoises, peuvent être considérés comme la souche des mahométans chinois. » Après avoir cité l’opinion d’Anderson qui dit que leur honnêteté est au-dessus de tout commentaire et en fournit de curieux exemples, l’auteur ajoute d’après ses propres observations : « Ils sont animés en général d’un grand esprit de droiture et d’honnêteté. Ceux qui occupent des fonctions publiques sont aimés et estimés des populations et ceux qui se livrent au négoce jouissent d’une excellente réputation. Ils sont charitables par principe religieux, et ne semblent former qu’une seule et grande famille dont tous les membres se protègent et se soutiennent mutuellement. « Ce qui prouve par-dessus tout leur supériorité c’est que malgré leur tache originelle, grâce aux concessions adroites qu’ils ont su faire aux exigences de leur pays d’adoption, grâce également au lien de confraternité religieux qui les unit tous entre eux, ils ont pu grandir et se développer pendant que les autres religions étrangères qui ont voulu s’implanter en Chine n’ont fait jusqu’à présent que passer ou végéter. » La grande tolérance des musulmans chinois, leur esprit libéral, leur soin de ne pas blesser, comme les missionnaires d’autres cultes, les usages, les lois et les croyances du pays où ils ont reçu l’hospitalité font qu’ils jouissent exactement des mêmes privilèges que les autres Chinois. Ils peuvent être mandarins, occuper des fonctions dans l’armée et jusqu’auprès de l’empereur. Gustave Le Bon (1884), La civilisation des Arabes : livres I et II. 84 J’ai dû insister dans ce chapitre sur des questions bien négligées encore par les historiens et qui sont pourtant les plus dignes de méditations, car leur étude seule peut éclairer l’enchaînement des événements de l’histoire. Parmi les divers facteurs qui contribuent à déterminer l’évolution d’un peuple, les aptitudes intellectuelles et morales de sa race seront toujours les plus puissants. Cet ensemble de sentiments inconscients qu’on nomme le caractère et qui sont les véritables motifs de la conduite, l’homme les possède quand il vient à la lumière. Formés par la succession des ancê- tres qui l’ont précédé, ils pèsent sur lui d’un poids auquel rien ne saurait le soustraire. Du sein de leur poussière tout un peuple de morts lui dicte impérieusement sa conduite. C’est dans les temps passés qu’ont été élaborés les motifs de nos actions et dans le temps présent que se préparent ceux des générations qui nous succéderont. Esclave du passé, le présent est maître de l’avenir. L’étude de l’un sera toujours indispensable pour la connaissance de l’autre. Gustave Le Bon (1884), La civilisation des Arabes : livres I et II. 85 Gustave Le Bon, La civilisation des Arabes (1884) Livre premier: Le milieu et la race Chapitre III Les Arabes avant Mahomet 1. – Prétendue barbarie des Arabes avant Mahomet Retour à la table des matières On admet généralement que les Arabes avant Mahomet n’ont pas eu d’histoire. Composés de tribus errantes sans traditions ni demeures, ils auraient mené pendant des siècles une vie demi-sauvage, et rien ne serait resté de leur souvenir dans la mémoire des hommes. Une telle opinion est professée encore aujourd’hui par des esprits fort distingués. J’en trouve la preuve dans le passage suivant de l’illustre auteur de l’histoire des langues sémitiques : « Jusqu’à ce mouvement extraordinaire qui nous montre la race arabe tout à coup conquérante et créatrice, l’Arabie n’a aucune place dans l’histoire politique, intellectuelle, religieuse du monde. Elle n’a pas de haute antiquité. Elle est si jeune dans l’histoire que le sixième siècle est son âge héroïque, et que les premiers siècles de notre ère appartiennent pour elle aux ténèbres antéhistoriques. » Quand bien même nous ne saurions rien du passé des Arabes, nous pourrions affirmer d’avance que l’opinion qui précède est erronée. Il en est de la civilisation d’un peuple comme de son langage. L’un et l’autre peuvent apparaître brusquement dans Gustave Le Bon (1884), La civilisation des Arabes : livres I et II. 86 l’histoire, mais ils ont eu toujours des fondements dont l’élaboration a été nécessairement fort lente. L’évolution des individus, des peuples, des institutions et des croyances est toujours graduelle. Une force supérieure ne peut être atteinte que lorsque toute la série des formes intermédiaires a été successivement franchie. Lorsqu’un peuple apparaît dans l’histoire avec une civilisation avancée, on peut affirmer sûrement que cette civilisation est le fruit d’un long passé. Ce passé nous est souvent ignoré, mais il existe toujours, et les investigations de la science finissent le plus souvent par le mettre en évidence. Il en est ainsi de la civilisation des Arabes avant Mahomet. Dire exactement aujourd’hui ce que fut cette civilisation serait difficile, mais les documents que nous possédons suffisent à montrer qu’elle a existé, et qu’elle ne fut pas inférieure peut-être à ces antiques civilisations de l’Assyrie et de la Babylonie, ignorées pendant si longtemps, mais que l’archéologie moderne reconstitue maintenant. Les idées courantes sur la barbarie des Arabes avant Mahomet ne sont pas seulement le résultat du demi-silence de l’histoire, mais encore de la confusion qu’on fait généralement entre les Arabes nomades, habitants du désert, et les Arabes sédentaires, habitants des villes. Avant comme après Mahomet, les nomades sont restés des populations à demi sauvages, n’ayant possédé, comme tous les sauvages, ni civilisation ni histoire. Mais ces Arabes nomades ne forment qu’une des deux branches de la race arabe : à côte d’eux se trouvent les Arabes sédentaires, connaissant l’agriculture et habitant les villes. Or, il est facile de prouver que ces Arabes des villes possédèrent autrefois une civilisation dont nous ignorons les détails, mais dont nous pouvons pressentir la grandeur. L’histoire n’est pas restée aussi muette sur l’ancienne culture des Arabes qu’elle l’a été sur d’autres civilisations que la science moderne voit sortir avec étonnement de la poussière ; mais eût-elle garde un silence complet, nous aurions pu assurer que la civilisation arabe fut bien antérieure à Mahomet. Il nous aurait suffi de rappeler, qu’a l’époque du prophète, les Arabes possédaient déjà une littérature et une langue très développées et se trouvaient depuis plus de 2000 ans en relations commerciales avec les peuples les plus civilisés du monde, et réussirent en moins de cent ans à créer une des plus brillantes civilisations dont les siècles ont gardé la mémoire. Or, une littérature et une langue ne s’improvisent pas, et leur existence est déjà la preuve d’un long passé. Les relations séculaires avec les nations les plus civilisées finissent toujours par conduire à la civilisation les peuples qui en sont susceptibles ; et les Arabes ont suffisamment prouvé que tel était leur cas. Pour avoir réussi enfin à créer en moins d’un siècle un vaste empire et une civilisation nouvelle, il fallait des aptitudes qui sont toujours le fruit de lentes accumulations héréditaires, et par conséquent d’une longue culture antérieure. Ce n’est pas avec des Peaux-Rouges ou des Australiens que les successeurs de Mahomet eussent créé ces cités brillantes qui pendant huit siècles furent les seuls foyers des sciences, des lettres et des arts, en Asie et en Europe. Bien d’autres peuples que les Arabes ont renversé de grands empires, mais ils n’ont pas fondé de civilisation, et faute de culture antérieure suffisante, ils n’ont profité que bien tard de la civilisation des peuples qu’ils avaient vaincus. Il a fallu de longs siècles d’efforts aux barbares qui s’emparèrent de l’empire romain pour Gustave Le Bon (1884), La civilisation des Arabes : livres I et II. 87 se créer une civilisation avec les débris de la civilisation latine et sortir de la nuit du moyen âge. Avant d’essayer de découvrir, au moyen des faibles documents que nous possé- dons, ce que fut la civilisation des Arabes avant Mahomet, nous allons résumer rapidement ce que nous savons de leur histoire. 2. – Histoire des arabes avant Mahomet Retour à la table des matières Les Arabes ont eu, comme tous les peuples, une période préhistorique. L’étude des débris d’armes, d’instruments, de demeures laissés dans les couches géologiques du globe par nos primitifs ancêtres, prouve que, bien des siècles avant la courte durée des temps dont s’occupe l’histoire et pendant une période qui ne peut se chiffrer que par millions d’années, l’homme ignora les métaux, l’agriculture, l’art de rendre les animaux domestiques, et n’eut que des fragments de silex pour armes. On a donné à cette primitive période le nom « d’âge de la pierre taillée, » et partout où l’archéologie préhistorique a porté ses recherches, en Arabie comme en Europe et en Amérique, elle a retrouvé des traces de cette lointaine époque. Les débris retrouvés dans les couches géologiques du sol ont prouvé que cet âge de la pierre présente les plus grandes analogies chez les divers peuples. Avec ces éléments, il a été facile de reconstituer les conditions d’existence et même l’état intellectuel de nos plus lointains ancêtres. C’est un travail que nous avons fait dans notre précédent ouvrage, et sur lequel il serait inutile de revenir ici. Les plus anciennes traditions des Arabes ne remontent pas au-delà d’Abraham, mais la linguistique nous prouve qu’à une époque beaucoup plus reculée, toutes ces vastes régions comprises entre le Caucase et le sud de l’Arabie étaient habitées sinon par une même race, au moins par des peuples parlant la même langue. L’étude des langues dites sémitiques démontre en effet que l’hébreu, le phénicien, le syriaque, l’assyrien, le chaldéen et l’arabe ont une étroite parenté et par conséquent une commune origine. Nous ignorons quelles furent les influences de milieux et de conditions d’existence qui déterminèrent la différenciation des peuples issus de la race primitive dont nous venons de parler, et nous ne pouvons par conséquent qu’indiquer leur parenté avec les Arabes, les seuls dont nous allons nous occuper maintenant. Les sources de l’histoire des Arabes avant Mahomet sont les livres des Hébreux, les traditions des Arabes, les rares documents laissés par quelques historiens grecs et latins et un petit nombre d’inscriptions telles que les inscriptions assyriennes ou celles découvertes près de Damas, dans le Safa. Gustave Le Bon (1884), La civilisation des Arabes : livres I et II. 88 Les livres des Hébreux reconnaissent leur parenté avec les Arabes, et considèrent ces derniers comme un peuple plus ancien qu’eux-mêmes. Leurs luttes intestines durèrent fort longtemps, et, dans la Bible, il est fréquemment question des Amalécites et des Madianites de la presqu’île du Sinaï, ainsi que des Sabéens de l’Arabie méridionale. Suivant les traditions des Arabes, empruntées évidemment aux sources juives, Kachtan ou Jectan, de la race de Sem, et Ismaël, fils d’Abraham et de sa servante égyptienne Agar, seraient les sources des deux races qui peuplèrent primitivement la péninsule : les sédentaires au midi, les nomades au nord. Établis dans l’Yémen, les fils de Jectan y fondèrent la dynastie sabéenne et la dynastie hémyarique. Les fils d’Ismaël s’établirent des confins de la Palestine à l’Hedjaz. Ils furent les premiers maîtres du territoire de la Mecque, qui disputa longtemps à Sanâ, principale ville de l’Yémen, le titre de capitale de l’Arabie. Les Nabathéens, les Iduméens, les Moabites, les Amalécites, les Ammonites, les Madianites, tribus nombreuses, dont les noms reviennent souvent dans la Bible, seraient les descendants d’Ismaël. Ce sont probablement des Amalécites qui, associés à des nomades syriens, envahirent l’Égypte 2000 ans avant J.-C. et, sous le nom de rois Pasteurs, y maintinrent leur domination pendant plusieurs siècles. Dans l’édition papier de 1980 apparaît à la page 45 la figure # 17 Arabes nomades du désert de la Syrie ; d’après une photographie. téléchargeable sur le site web : Les Classiques des sciences sociales, section Auteurs classiques : Gustave Le Bon (1841-1931) : La civilisation des Arabes (1884). Retour à la table des figures (ordre numérique sur le site web) Les Amalécites, les Iduméens, les Moabites, les Ammonites finirent par se concentrer dans l’Arabie pétrée et l’Arabie déserte. Toujours en guerre avec les Hébreux, ils s’opposèrent pendant longtemps à leur entrée dans la terre de Chanaan. Ils ne furent définitivement soumis, et seulement pour très peu de temps, que par David et Salomon. Mais les récits de la Bible ne nous font guère connaître que les Arabes nomades des frontières de la Palestine, et ils ne nous donnent aucun renseignement sur les Arabes sédentaires de l’Yémen. Ils se bornent en effet à nous parler de la visite de la reine de Saba au roi Salomon. Les inscriptions assyriennes nous parlent souvent des Arabes, mais seulement des Arabes du nord, c’est-à-dire de ceux de la Syrie et des régions voisines. Les Arabes Gustave Le Bon (1884), La civilisation des Arabes : livres I et II. 89 sont mentionnés déjà dans un texte de Salmanazar II antérieur de neuf siècles à J.-C. Huit siècles environ avant J.-C. Taglatphanassar II reçoit l’hommage de deux reines arabes. Hassar Haddon met sur un trône une princesse arabe élevée à la cour de Ninive. Sous Assurbanipal, la révolte d’un frère du roi est soutenue par des armées arabes. Les chroniqueurs arabes sont les seuls qui parlent avec quelques détails des régions plus méridionales de l’Arabie ; mais leurs récits sont remplis d’obscurité et d’exagérations qui permettent difficilement d’y avoir recours. Ils peuvent servir cependant à confirmer ce que les auteurs grecs et latins nous disent de la puissance de l’Yémen. Suivant les récits arabes, cette province aurait été le siège du plus puissant de tous les empires. Ses rois auraient régné pendant 3,000 ans et envoyé des expé- ditions dans l’Inde, la Chine et l’Afrique jusqu’aux régions qui forment aujourd’hui le Maroc. Ce que nous savons d’un peu précis de l’histoire de l’Arabie ou du moins de petites fractions de l’Arabie par les auteurs grecs et latins ne remonte pas avant Alexandre et peut se résumer en peu de lignes. Connues des Grecs plus de quatre siècles avant J.-C., les richesses des Arabes avaient déterminé Alexandre à tenter la conquête de l’Arabie, et l’expédition de Néarque autour de la péninsule aurait été le présage de l’exécution prochaine d’un dessein que la mort vint interrompre. Lors du partage de l’empire d’Alexandre, les régions voisines des frontières de l’Égypte et de la Palestine, habitées par les Arabes, tombèrent au pouvoir de Ptolémée. Les Nabathéens prirent parti pour Ptolémée contre Antigone. Quand celui-ci fut maître de la Syrie et de la Phénicie, il envoya contre eux un de ses meilleurs généraux, qui, après s’être emparé de Pétra par surprise, eut son armée de 4 600 hommes entièrement détruite. Antigone envoya alors contre eux son fils Démétrius. Lorsque ce dernier arriva à Petra, les Arabes, au dire de Diodore, lui tinrent ce langage : « Roi Démétrius, pourquoi nous fais-tu la guerre, à nous qui habitons des déserts où l’on ne trouve rien de ce qui est nécessaire à la vie paisible des habitants d’une cité ? C’est parce que nous sommes déterminés à fuir l’esclavage que nous avons cherché un refuge au milieu d’une contrée privée de toutes ressources. Consens donc à accepter les présents que nous t’offrons pour faire retirer ton armée, et sois sûr que tu auras dorénavant dans les Nabathéens de fidèles amis. Que si tu voulais prolonger le siège, tu éprouverais bientôt des privations de toute espèce, et tu ne pourrais jamais nous contraindre à mener un genre de vie différent de celui auquel nous sommes habitués des notre enfance. Si, tout au plus, tu parvenais à faire parmi nous quelques prisonniers, tu ne trouverais en eux que des esclaves découragés, et incapables de vivre sous d’autres institutions que les nôtres. » Heureux de pouvoir terminer par la paix une guerre qu’il entrevoyait pleine de difficultés, Démétrius reçut les présents et se retira. Jusqu’à l’ère chrétienne, les tribus du désert prirent parti tantôt pour les Égyptiens, tantôt pour les Syriens dans les guerres nombreuses qui dévastèrent ces contrées. Leurs incursions et leurs brigandages provoquèrent la colère des empereurs romains, dont l’empire s’étendait jusqu’à l’Euphrate. Ils envoyèrent plusieurs expéditions contre les habitants de l’Arabie pétrée, mais sans autre résultat que le paiement de tributs passagers ou la suspension momentanée des hostilités. Ces nomades faisaient alors la guerre comme ils la font encore aujourd’hui, harcelant l’ennemi par des attaques imprévues, et s’échappant dans le désert aussitôt qu’ils étaient poursuivis. Gustave Le Bon (1884), La civilisation des Arabes : livres I et II. 90 Désireux de posséder ces richesses qui, depuis tant de siècles, enflammaient l’imagination des Grecs et des Romains, Auguste envoya une expédition dans l’Yémen, mais elle échoua complètement. Ce ne fut que sous Tibère que les Romains parvinrent à conquérir pour quelques temps ce petit coin de l’Arabie, habité presque entièrement par des nomades, qui forme la presqu’île du Sinaï. L’ancienne ville arabe de Pétra devint alors une magnifique cite romaine, dont les ruines subsistent encore aujourd’hui. Les Arabes furent mêlés plusieurs fois aux guerres des Romains avec la Perse ; un Arabe nommé Philippe devint même empereur romain en 244. On les vit menacer un instant l’Asie Mineure, mais la destruction de Palmyre par Aurélien (272) les éloigna de cette région, et la Syrie devint une province romaine gouvernée en partie par des souverains arabes, dit Ghassanides, sous la protection des empereurs. Lorsque l’empire romain fut transféré à Constantinople, les Arabes disputèrent aux Perses et aux Grecs la possession de l’Euphrate. Des tribus venues de l’Yémen avaient déjà envahi depuis longtemps ce pays, et fondé, dans la Babylonie méridionale, sur les bords de l’Euphrate (195 de J.-C.), auprès de la moderne Koufa, la célèbre ville d’Hira, dont les souverains rivalisaient par leur luxe avec les monarques de la Perse et de Constantinople : « Ses palais étaient ornés des meubles les plus précieux, ses jardins des fleurs les plus rares. L’Euphrate, sillonné d’embarcations élégantes, réfléchissait pendant la nuit les mille lumières de ces barques remplies de riches seigneurs et d’habiles musiciens. Les Arabes ont employé toutes les ressources de leur imagination pour raconter les merveilles de ces palais enchantés, devenus alors les plus belles et les plus salubres résidences de tout l’Orient. » Le royaume d’Hira dura 400 ans, ce qui est un temps respectable pour un empire ; mais son histoire nous est fort peu connue ; nous savons cependant qu’en 605, il tomba sous la domination des Sassanides et devint une satrapie persane. Ce fut, du reste, pour peu de temps, car Mahomet allait paraître sur la scène du monde, et l’empire des Perses devait être bientôt conquis par ses successeurs. Le résumé qui précède prouve que, sauf sur ses frontières du nord, l’Arabie avait échappé à toutes les invasions. Tous les grands conquérants Égyptiens, grecs, romains, perses, etc., qui avaient ravagé le monde n’avaient rien pu contre elle. L’immense péninsule restait toujours fermée. Mais au moment où parut Mahomet, elle était menacée d’invasions redoutables. L’an 525 de J.-C., l’Yémen, qui n’avait jusqu’alors obéi qu’à des souverains arabes, avait été envahi par les Abyssins, qui essayèrent d’y propager la religion chrétienne et réussirent à convertir plusieurs tribus. En 597, c’est-à-dire fort peu de temps avant Mahomet, ils furent chassés par les Perses, qui y établirent des vice-rois. Ces derniers régnèrent sur l’Yémen, l’Hadramaut et l’Oman jusqu’à l’arrivée du prophète. Cette domination toute passagère ne comprit jamais du reste la vaste région du Nedjed ni l’Hedjaz, et nous pouvons dire que de tous les pays civilisés du monde, l’Arabie est peut-être le seul dont la plus grande partie n’ait jamais connu de domination étrangère. Gustave Le Bon (1884), La civilisation des Arabes : livres I et II. 91 3. – Civilisation de l’Arabie avant Mahomet Retour à la table des matières Les auteurs bibliques nous parlent souvent du commerce des Arabes, des villes qu’ils possédaient, et notamment de Saba, dans l’Yémen ; mais si les indications qu’ils nous donnent révèlent l’existence de grandes villes à une époque fort reculée, ils ne nous fournissent aucun document sur elles. Quatre cents ans environ avant J.-C., Hérodote nous parle de l’Arabie heureuse comme de la plus riche contrée du globe. À Mareb, l’antique Saba de la Bible, on trouvait, suivant lui, de riches palais ornés de portiques dorés remplis de vases d’or et d’argent et de lits de repos en métaux précieux. Strabon nous donne des renseignements analogues. Parlant d’après Artémidor, il nous dit que cette ville de Mareb était une merveilleuse cité. La toiture des palais était ornée d’or, d’ivoire et de pierres précieuses. Des meubles et des vases richement ciselés embellissaient les demeures. Suivant Eratosthène, les maisons, d’après la manière dont la charpente était assemblée, ressemblaient à celles des Égyptiens. Les anciennes chroniques arabes sont conformes aux renseignements fournis par les auteurs classiques. Tous sont unanimes à vanter la richesse de l’Yémen : « On y voyait, dit Masoudi à propos du pays de Mareb, de beaux édifices, des arbres magnifiques, des canaux en grand nombre, des rivières qui le parcouraient en tous sens. Tel était l’état de ce pays, qui avait en longueur et en largeur l’étendue que pourrait parcourir en un mois de temps un bon cavalier. Un voyageur, soit à pied, soit à cheval, pouvait suivre toute cette route d’une extrémité à l’autre sans ressentir les ardeurs du soleil ; il y trouvait partout un ombrage touffu qui ne le quittait pas ; car les arbres, dont la culture faisait la richesse de ce pays, couvraient toute cette terre et lui faisaient un abri continuel. Les habitants jouissaient de toutes les aisances de la vie : ils avaient en abondance tous les moyens de subsistance ; une terre fertile, un air pur, un ciel serein, des sources d’eau nombreuses, une grande puissance, une domination bien affermie, un empire au plus haut point de prospérité, tout contribuait à faire de leur pays un séjour dont les avantages étaient passés en proverbe. Ils se distinguaient aussi par la noblesse de leur conduite et par l’empressement avec lequel ils accueillaient de tout leur pouvoir, et suivant leurs facultés, tous les étrangers qui venaient dans leur pays et tous les voyageurs. Cet état de prospérité dura aussi longtemps qu’il plut a Dieu ; aucun roi ne leur résista qui ne fût défait ; aucun tyran ne marcha contre eux avec ses armées qui ne fût mis en déroute ; toutes les régions leur étaient soumises, tous les hommes reconnaissaient leurs lois ; ils étaient comme le diadème sur le front de l’univers. » Gustave Le Bon (1884), La civilisation des Arabes : livres I et II. 92 La prospérité de cette partie de l’Yémen tenait, parait-il, aux fameuses digues de Mareb, construites, suivant les auteurs arabes, par une reine nommée Balkis, et qu’ils supposent avoir été la même que celle qui visita Salomon. Placées à l’entrée d’une étroite vallée formée par des montagnes élevées entre lesquelles coulait un torrent rapide, elles transformèrent la vallée en un lac immense qui servait ensuite à l’irrigation de la contrée. Leur destruction, qui eut lieu vers le premier siècle de l’ère chrétienne, amena la dépopulation du pays. Dans l’édition papier de 1980 apparaît à la page 48 Planche couleurs # 2 Table de bronze incrustée d’argent du sultan Mohammed Ben Kalaoum, XIIIème siècle (Musée arabe du Caire) D’après une photographie et une aquarelle du Dr Gustave Le Bon téléchargeable sur le site web : Les Classiques des sciences sociales, section Auteurs classiques : Gustave Le Bon (1841-1931) : La civilisation des Arabes (1884). Retour à la table des figures (ordre numérique sur le site web) Les documents qui précèdent concordent assez entre eux pour nous prouver que l’Yémen fut le siège de villes aussi florissantes sans doute que celles de l’antique Égypte, et possédant une civilisation avancée. Leurs ruines dorment aujourd’hui dans la poussière, attendant, comme celles de Ninive et de Babylone l’ont attendu pendant longtemps, un explorateur. Le luxe des grandes villes de l’Yémen nous est encore indiqué par l’ancienneté et l’étendue de leurs relations commerciales. Il serait difficile en effet de citer dans l’histoire un peuple ayant eu des relations commerciales importantes et pas de civilisation. Or les relations des Arabes s’étendaient jusqu’aux limites du monde connu et duraient depuis une époque fort reculée, puisqu’il en est déjà question dans la Bible. Véritables entrepôts commerciaux du monde, pendant plus de 2 000 ans elles ont joue le rôle de Venise à l’époque de sa splendeur. C’est par les Arabes en effet que, pendant toute l’antiquité classique, l’Europe fut en rapports avec les régions éloignées de l’Asie. Le commerce des Arabes comprenait non seulement les objets de l’Arabie, mais encore ceux qu’ils recevaient de l’Afrique et de l’Inde. Il portait surtout sur des objets de luxe : ivoire, aromates, parfums, pierres précieuses, poudre d’or, esclaves, etc. Il eut lieu pendant longtemps par l’intermédiaire des Phéniciens, dont la langue était très voisine de celle des Arabes. Les produits apportés par ces derniers venaient se concentrer dans les grandes Cités de la Phénicie, telles que Tyr, d’où ils étaient ensuite expédies au dehors. Dans leur commerce des produits de l’Inde, les Arabes n’avaient pour concurrents que les Babyloniens. Ces derniers étaient en relations avec l’Inde par la route de terre ou par le golfe Persique. De Babylone, les marchandises arrivaient par caravanes en Gustave Le Bon (1884), La civilisation des Arabes : livres I et II. 93 Syrie, d’où elles étaient dirigées sur le reste du monde. Ces caravanes rencontraient dans ces longs trajets les entrepôts importants des villes d’Héliopolis et Palmyre, dont le voyageur admire aujourd’hui les ruines imposantes perdues dans le désert, et enfin la grande cité de Damas. Avec de telles relations commerciales, répétées depuis tant de siècles, on conçoit ce que pouvaient être autrefois les grandes villes de l’Arabie, et notamment celles de l’Yémen. Enrichies par un commerce séculaire, elles connaissaient tous les produits du luxe le plus raffiné, et on comprend que les auteurs grecs, latins et arabes aient été unanimes pour vanter les merveilleuses splendeurs de ces vastes cités. Ce ne fut pas uniquement d’ailleurs dans l’Yémen que brilla la civilisation des Arabes avant Mahomet. Les détails laissés par les anciennes chroniques sur les royaumes d’Hira et de Ghassan prouvent à quel point les futurs disciples du Prophète étaient susceptibles de civilisation. Nous avons déjà parlé de cette ville d’Hira, si célébrée par les Arabes et qui rivalisait par son luxe avec la capitale de la Perse et Constantinople. Le royaume de Ghassan, aussi important que celui d’Hira, fut fondé peu après J.-C. par des Arabes venus de l’Yémen et dura cinq cents ans. Suivant les historiens, il aurait possédé soixante villes fortes. Les découvertes de l’archéologie moderne ont prouvé la grandeur de sa civilisation par l’importance des monuments couverts d’inscriptions sabéennes et différents du style romain, découvertes auprès de son ancienne capitale Bosra, sur les frontières de la Syrie. On y a retrouvé également des vestiges de canalisation qui prouvent l’aptitude de sa population à exécuter des travaux véritablement gigantesques. Il faut remarquer cependant que, dans les royaumes d’Hira et de Ghassan, les Arabes s’étant trouvés en contact avec les Perses et les Romains leur civilisation dut être notablement influencée par ce contact étranger. Il ne pouvait en être ainsi dans l’Yémen dont le développement dut être fort antérieur à celui des Romains. C’est donc dans cette province qu’il importerait d’aller étudier les vestiges de l’antique civilisation arabe. Il est fâcheux que l’archéologie n’ait pas pénétré encore dans cette région. Actuellement nous ne sommes pas mieux renseignés sur les anciennes villes de l’Yémen que nous ne l’étions il y a quelques années sur celles de l’Assyrie ensevelies alors sous les sables du désert. Plus d’une indication nous permet cependant d’assurer que les recherches qu’on pourra effectuer seront fertiles. M. Halévy, qui a parcouru le Yémen il y a peu d’années, mais sans pouvoir y faire des fouilles, parle des objets d’or et d’argent que les Arabes découvrent souvent dans les ruines, et lui-même a trouvé près de Haram, non loin de Sanâ, des stèles chargées d’anciennes inscriptions et la porte d’entrée en dalles de grès d’un temple sabéen couvert de dessins de plantes et d’animaux. M. Schlumberger a pu, de son côté, acheter récemment à Constantinople une collection de deux cents pièces de monnaies d’anciens rois de l’Yémen un peu antérieures à J.-C., découvertes à Sanâ par un Arabe. Ces pièces qui étaient autrefois d’une rareté extrême, puisque l’on n’en connaissait que deux ou trois dans tous les musées de l’Europe, possèdent des particularités fort curieuses. Le type gravé sur une de leurs faces représente un personnage royal vu de profil, la tête couverte d’un diadème. Les cheveux tressés en cordelettes rappellent exactement les coiffures de ces Hycsos, ou rois pasteurs venus de l’Arabie, qui régnèrent pendant longtemps sur l’Égypte et dont M. Mariette a découvert des statues figurant aujourd’hui au musée de Boulaq. Sur l’autre face de la pièce est représentée une chouette. L’artiste semble avoir pris pour modèle des monnaies grecques très répandues alors chez tous les Gustave Le Bon (1884), La civilisation des Arabes : livres I et II. 94 peuples de la Méditerranée avec lesquels les Arabes étaient en relations commerciales fréquentes. Bien que fort insuffisantes, les indications archéologiques qui précèdent complè- tent utilement les renseignements que nous avons tirés des anciens auteurs, et nous permettent d’entrevoir dans le passé de l’Arabie une civilisation brillante, oubliée aujourd’hui, et qui attend encore son histoire. Du peu que nous en savons, nous pouvons certainement conclure qu’on ne doit pas considérer comme une horde de barbares un peuple qui, bien des siècles avant que les Romains eussent paru sur la scène du monde, édifiait de grandes cités et était en relations avec les plus importantes nations du globe. Dans l’édition papier de 1980 apparaît à la page 51 la figure # 18 Femmes bédouines du désert de la Syrie ; d’après une photographie. téléchargeable sur le site web : Les Classiques des sciences sociales, section Auteurs classiques : Gustave Le Bon (1841-1931) : La civilisation des Arabes (1884). Retour à la table des figures (ordre numérique sur le site web) 4. – Les anciennes religions de l’Arabie Retour à la table des matières Avant Mohomet, les diverses tribus arabes avaient eu des cultes très variés, parmi lesquels les plus répandus étaient ceux du soleil et des principaux astres. Ils avaient emprunté aux peuples avec lesquels ils étaient en relations commerciales plusieurs de leurs divinités. Aussi leur Panthéon était-il aussi peuplé que l’Olympe gréco-romain. Des inscriptions assyriennes antérieures de sept à huit siècles à J.-C., et celles de Safa prouvent qu’à une époque bien reculée les Arabes étaient polythéistes et élevaient des statues à leurs dieux. Voici, par exemple, ce que dit une inscription assyrienne racontant le retour d’Hassar-haddon d’une expédition dans l’Arabie déserte. « Le roi arabe X. s’est rendu avec de nombreux présents à Ninive, ville de ma domination : il a baisé mes pieds. Il m’a prié de lui rendre ses dieux ; j’ai eu pitié de Gustave Le Bon (1884), La civilisation des Arabes : livres I et II. 95 lui. J’ai fait réparer les statues des dieux ; j’y ai fait inscrire l’éloge d’Assour, mon seigneur, accompagné de ma signature et je les lui ai restituées. Tabua, princesse arabe qui avait été élevée dans mon palais, je l’ai revêtue de la dignité de reine et je l’ai renvoyée dans son pays avec ses dieux. » Des germes d’unité existaient cependant parmi les cultes varies de l’Arabie, et c’est en les développant que Mahomet put accomplir l’œuvre d’unification qu’il avait entreprise. Il y avait, en Arabie, un temple, nommé la Kaaba, fondé, suivant la tradition arabe, par Abraham, et qui était vénéré par tous les peuples de la péninsule pour lesquels il était un lieu de pèlerinage fort ancien. C’était le véritable Panthéon des dieux de l’Arabie et quand parut Mahomet, il contenait les statues ou les images de trois cent soixante dieux, parmi lesquels, suivant le témoignage de plusieurs auteurs arabes, notamment Haraivi, figuraient Jésus-Christ et la Vierge Marie. Tous les peuples de l’Arabie mettaient leur gloire à orner la Kaaba, et pour les juifs eux-mêmes c’était un lieu fort vénéré. La garde du temple était confiée aux Arabes de la tribu des Koreïschites, qui, pour cette raison, possédaient une autorité religieuse reconnue dans toute l’Arabie. Beaucoup d’Arabes, en dehors même de ceux assez nombreux qui pratiquaient le christianisme ou le judaïsme à l’époque de Mahomet, adoraient un dieu unique. Ceuxlà se qualifiaient d’Hanyfes, titre dont Mahomet aimait à se parer. Non seulement ils admettaient un Dieu unique, ce qui est un des principes fondamentaux du Coran, mais ils enseignaient, ce qui est un autre principe également fondamental du même livre, que l’homme doit se soumettre d’une façon aussi absolue à la volonté de Dieu qu’Abraham lorsqu’il se disposait à immoler son fils Isaac. Ce n’est donc pas sans raison que Mahomet a pu dire dans le Coran, qu’il y avait eu des musulmans avant lui. Dans l’édition papier de 1980 apparaît à la page 53 la figure # 19 Chameliers de l’Arabie pétrée. téléchargeable sur le site web : Les Classiques des sciences sociales, section Auteurs classiques : Gustave Le Bon (1841-1931) : La civilisation des Arabes (1884). Retour à la table des figures (ordre numérique sur le site web) Cette concentration de tous les dieux de l’Arabie à la Kaaba de la Mecque rendait possible la fusion de tous ces cultes en un seul. Cette fusion était facilitée encore par ce fait, que tous les adorateurs de ces dieux divers parlaient la même langue. Le moment où tous les Arabes pouvaient être réunis en une même croyance était arrivé. C’est là ce que comprit Mahomet, et c’est la façon dont il sut le comprendre qui fit sa force. Loin de songer à fonder un culte nouveau, comme on le répète parfois, il se borna à prêcher que le seul Dieu était celui du fondateur même de cette Kaaba, que toute l’Arabie vénérait, c’est-à-dire le Dieu d’Abraham. Gustave Le Bon (1884), La civilisation des Arabes : livres I et II. 96 Quand Mahomet parut, une tendance générale à l’unité politique et religieuse se manifestait par des signes nombreux. Le même mouvement, qui s’était jadis produit contre les divinités païennes au temps des empereurs romains, se produisait également en Arabie. Les antiques croyances perdaient de leur empire, et les idoles de leur prestige. Elles étaient trop vieilles ; et les dieux eux-mêmes ne doivent pas vieillir. Dans l’édition papier de 1980 apparaît à la page 54 la figure # 19 bis Agate. téléchargeable sur le site web : Les Classiques des sciences sociales, section Auteurs classiques : Gustave Le Bon (1841-1931) : La civilisation des Arabes (1884). Retour à la table des figures (ordre numérique sur le site web) Fin du livre I :“ Le milieu et la race ” Gustave Le Bon (1884), La civilisation des Arabes : livres I et II. 97 Gustave Le Bon, La civilisation des Arabes (1884) Livre deuxième Origines de la puissance des Arabes Retour à la table des matières Gustave Le Bon (1884), La civilisation des Arabes : livres I et II. 98 Gustave Le Bon, La civilisation des Arabes (1884) Livre deuxième: Origines de la puissance des Arabes Chapitre I Mahomet – Naissance de l’empire arabe 1. – La jeunesse de Mahomet Retour à la table des matières Le 27 Août de l’an 570 de l’ère chrétienne Mahomet naquit à la Mecque. Son père Adballah, mort deux mois avant sa naissance, était le fils d’un des pontifes du célèbre temple de la Kaaba ; sa mère, Amina, était la fille d’un chef de tribu. Les Arabes se sont plu à accompagner de prodiges la naissance de leur grand homme. Le monde s’émut, suivant eux, à l’apparition du futur prophète. Le feu sacré s’éteignit chez les Mages ; les génies du mal furent précipités du haut des étoiles. Quatorze des tours du palais de Khosroës le « roi des rois » s’écroulèrent avec fracas, comme pour annoncer la ruine prochaine du gigantesque empire des Perses. Mahomet fut d’abord nourri par sa mère, puis, suivant une coutume qu’on rencontre encore aujourd’hui, envoyé dans une tribu nomade du désert. Il n’y resta que jusqu’à l’âge de trois ans. Effrayés, suivant la tradition, par les prodiges qui accompagnaient sa présence, ses parents adoptifs ne voulurent plus le garder. Gustave Le Bon (1884), La civilisation des Arabes : livres I et II. 99 Il sortait à peine de la première enfance quand sa mère mourut, le laissant aux soins de son grand-père Abd-el-Mottatib qui le combla de soins. Mais les génies bienfaisants, qui devaient conduire si loin Mahomet, semblaient vouloir accumuler sur ses premières années tous les malheurs habituellement échelonnés dans le cours de l’existence. Son grand-père mourut deux ans après Amina. Recueilli par son oncle, commerçant toujours en voyage, Mahomet n’eut bientôt d’autre protecteur que lui-même. La tradition rapporte que pendant un de ses voyages en Syrie, l’oncle du futur prophète emmena ce dernier avec lui, et que Mahomet fit connaissance dans un monastère chrétien, à Bosra, d’un moine nestorien qui l’initia à la connaissance de l’Ancien Testament. Vers l’âge de 20 ans, Mahomet prit part à un combat qui eut lieu entre les Koréïschites et une autre tribu. On assure qu’il y révéla déjà les talents militaires qu’il devait manifester plus tard. Sa réputation était excellente. Sa bienveillance et sa sincérité lui avaient fait donner par les Koréïschites le surnom de el Amin, c’est-à-dire le fidèle. Cette réputation, jointe sans doute aussi aux avantages physiques qu’il possédait, lui conquirent à l’âge de vingt-cinq ans la bienveillance d’une riche veuve, nommée Khadidja, qui le chargea de ses affaires commerciales. Elles lui fournirent l’occasion de retourner en Syrie, et de revoir le moine qui l’avait initié à la connaissance de l’Ancien Testament. À son retour, il épousa la riche veuve, bien qu’elle eût quarante ans, et lui seulement vingt-cinq. Ce fut sa première femme, et il n’en prit pas d’autres tant qu’elle vécut. La chronique ne dit rien des quinze années qui suivirent le premier mariage de Mahomet. On suppose, assez gratuitement du reste, qu’il élaborait les dogmes de la future religion dont il devait être le chef. Il ne manifestait cependant aucune répugnance à accepter le culte national, et rien n’indique qu’il songeait à le renverser. 2. – Prédications de Mahomet Retour à la table des matières Ce n’est qu’a l’âge de quarante ans que Mahomet parla pour la première fois de sa mission. À la suite d’une des retraites qu’il faisait annuellement sur le mont Harra à trois milles de la Mecque, il vint trouver sa femme Khadidja, la figure toute troublée, et lui tint, suivant les historiens arabes, ce langage : « Cette nuit j’errais sur la montagne lorsque la voix de l’ange Gabriel est venue frapper mes oreilles : « Au nom de ton maître, qui a créé l’homme et qui vient enseigner aux hommes ce qu’ils ignorent, Mahomet, tu es le prophète de Dieu et je suis Gabriel ! » Telles sont les paroles divines, et des ce moment j’ai senti en moi la puissance prophétique. » Gustave Le Bon (1884), La civilisation des Arabes : livres I et II. 100 En femme docile, Khadidja n’hésita pas à croire à la mission prophétique de son époux, et alla en informer un de ses cousins nomme Waraka, qui passait pour un homme fort instruit. Waraka déclara que si ce qu’on lui disait était vrai, Mahomet avait vu apparaître l’ange qui autrefois alla trouver Moïse, et était destiné à être le prophète et le législateur des Arabes. Satisfait de cet appui, Mahomet manifesta son allégresse en faisant sept fois le tour de la Kaaba, puis il rentra chez lui, et depuis cette époque, suivant Aboulféda, les révélations ne cessèrent de se succéder. Pendant trois ans, Mahomet ne fit de prédications que devant ses proches parents, gens généralement influents par leur âge et leur position. Lorsqu’il se fut bien assuré de leur concours, il annonça publiquement sa mission et commença à combattre le polythéisme, dont le foyer était, comme nous l’avons vu, le temple de la Kaaba, asile sacré de tous les dieux de l’Arabie. Dans l’édition papier de 1980 apparaît à la page 57 la figure # 20 Vue de Médine ; d’après une photographie. téléchargeable sur le site web : Les Classiques des sciences sociales, section Auteurs classiques : Gustave Le Bon (1841-1931) : La civilisation des Arabes (1884). Retour à la table des figures (ordre numérique sur le site web) Les premières tentatives du prophète ne furent pas heureuses : elles n’aboutirent qu’à le faire tourner en ridicule. Mais chez les Koréïschites, gardiens de la Kaaba, la raillerie se transforma bientôt en fureur, et ils menacèrent de mort Mahomet et ses partisans. Mahomet ne se laissa pas rebuter par ces premières difficultés. Suivant Aboulféda, il déclara que quand même ses ennemis « placeraient le soleil à sa droite et la lune à sa gauche, » il n’abandonnerait pas son oeuvre. Les Koréïschites songèrent pendant longtemps à se porter à des violences contre le prophète, mais, d’après les mœurs arabes, tous les membres d’une famille se devant protection, toucher à Mahomet eût été s’exposer à d’infaillibles représailles de la part de ses nombreux parents. Mahomet put donc continuer pendant quelque temps ses prédications et faire quelques nouveaux prosélytes sans être trop inquiété. Mais ces nouveaux convertis, n’ayant pas la même protection que leur maître, furent bientôt obligés d’émigrer en Abyssinie. Gustave Le Bon (1884), La civilisation des Arabes : livres I et II. 101 Les historiens arabes assurent que quand le roi d’Abyssinie les interrogea sur la religion nouvelle, Djafa, cousin de Mahomet, lui répondit : « Nous étions plongés dans les ténèbres de l’ignorance ; nous adorions des idoles. Livrés à toutes nos passions, nous ne connaissions de loi que celle du plus fort, quand Dieu a suscité parmi nous un homme de notre race, illustre par sa naissance, depuis longtemps estimé pour ses vertus. Cet apôtre nous a enseigné à professer l’unité de Dieu, à rejeter les superstitions de nos pères, à mépriser les divinités de pierre et de bois. Il nous a ordonné de fuir le vice, d’être sincères dans nos discours, fidèles à nos engagements, affectueux et bienfaisants envers nos parents et nos voisins. Il nous a défendu d’attaquer l’honneur des femmes, de dépouiller les orphelins. Il nous a recommandé la prière, l’aumône et le jeûne. Nous avons cru a sa mission ; nous avons accepté les dogmes et la morale qu’il nous apportait de la part de Dieu. » Mahomet supportait toutes les persécutions avec une grande douceur, et son éloquence entraînante lui attirait chaque jour de nouveaux disciples. Pour s’assurer un peu de tranquillité, il se retira chez son oncle, Abou Taleb, personnage très influent. Il y avait dix ans que Mahomet prêchait sa doctrine, et il était déjà arrivé à l’âge de cinquante ans, lorsqu’il fit deux pertes très graves pour lui : l’une, celle de l’oncle qui le protégeait, l’autre, celle de sa femme Khadidja, dont les parents étaient également très influents. Ne pouvant résister seul à ses ennemis, le prophète quitta la Mecque et se dirigea vers Taief, ville voisine, mais quand il se présenta devant les habitants de cette ville pour défendre la vérité de sa mission, on refusa de l’écouter, et il dut se retirer. Une circonstance particulière vint faire pencher vers Mahomet la fortune qui, jusqu’alors, lui avait faiblement souri. Il avait profité du pèlerinage annuel de la Mecque pour prêcher sa doctrine à des tribus de l’Yémen, jalouses des habitants de cette dernière ville, et qui, d’après leurs traditions, attendaient un prophète. Séduites par sa parole, elles crurent sans hésiter qu’il était le prophète attendu et en parlèrent avec enthousiasme aux habitants de Yathreb, fort jaloux aussi de la Mecque. Plusieurs d’entre eux se rendirent en députation auprès de lui pour écouter l’exposé de sa doctrine. Rien n’était plus simple et plus clair que cet exposé : croire à un Dieu unique et à une autre vie où les méchants seront punis et les bons récompensés. Obéir absolument à la volonté de Dieu, prier soir et matin, après s’être purifié par des ablutions. Pratiquer toutes les vertus. Reconnaître Mahomet comme l’envoyé du Seigneur, et lui obéir. Séduits par cette doctrine, les envoyés l’adoptèrent, prêtèrent serment au prophète, et partirent pour la propager. Lorsque les Koréïschites apprirent que Mahomet avait trouvé de nouveaux affiliés, ils furent exaspérés. Ces gardiens du sanctuaire, ne pouvaient évidemment tolérer aucune religion nouvelle capable de léser leurs intérêts. Ils se réunirent et décidèrent la mort du prophète. Mahomet n’apprit le complot que lorsque les conjurés entouraient sa maison. Il put cependant se glisser dehors à la faveur des ténèbres, et, après avoir déjoué toutes les poursuites, réussit, en compagnie de son ami Abou Bekr, à arriver à Yathreb, qui, depuis cette époque, reçut le nom de Médine. Gustave Le Bon (1884), La civilisation des Arabes : livres I et II. 102 La fuite du prophète, ou hégire, est devenue pour les Arabes la date de la numération des années. C’est du jour de cette fuite (an 622 de J.-C., et 1er de l’hégire) que date leur ère. 3. – Mahomet depuis l’Hégire Retour à la table des matières L’entrée du prophète à Médine fut un triomphe ; ses disciples ombrageaient sa tête de branches de palmier et le peuple se précipitait en foule sous ses pas. Dans l’édition papier de 1980 apparaît à la page 59 la figure # 21 Campement des pèlerins aux portes de Médine ; d’après une photographie instantanée. téléchargeable sur le site web : Les Classiques des sciences sociales, section Auteurs classiques : Gustave Le Bon (1841-1931) : La civilisation des Arabes (1884). Retour à la table des figures (ordre numérique sur le site web) Dès son arrivée à Médine, Mahomet commença a organiser le culte qu’il avait fondé. Le Coran, qui n’était encore qu’à l’état d’ébauche, allait se compléter graduellement par les révélations fréquentes que le ciel envoyait au prophète dans toutes les circonstances difficiles ; mais les principes fondamentaux du nouveau culte étaient déjà posés. Il institua successivement les pratiques de l’islamisme : la prière répétée cinq fois par jour aux appels faits de la mosquée par la voix des muezzins ; le jeûne du Ramadan, c’est-à-dire l’abstinence complète de toute nourriture du lever au coucher du soleil pendant un mois, et enfin la dîme, afin que chaque musulman contribue aux dépenses de la religion qui venait de se fonder. À peine arrivé à Médine, le prophète eut à diriger soit personnellement, soit par l’intermédiaire de ses disciples, plusieurs escarmouches. Le premier combat sérieux fut celui de Bedr, la seconde année de l’hégire. L’armée de ses adversaires comptait deux mille hommes, celle de Mahomet trois-cent quatorze combattants, dont trois cavaliers seulement. La déroute complète de ses ennemis commença la réputation militaire du prophète. Gustave Le Bon (1884), La civilisation des Arabes : livres I et II. 103 Pendant plusieurs années, Mahomet eut à soutenir contre ses voisins des luttes dans lesquelles les revers succédaient souvent aux triomphes. Il se montra toujours résigné dans la défaite et très modéré dans les succès. On ne le vit inflexible que dans une circonstance où il fit décapiter sept cents prisonniers appartenant à une tribu juive qui l’avait trahi. L’influence de Mahomet continua à grandir pendant plusieurs années mais pour qu’elle devint générale, il était indispensable qu’il possédât la Mecque. Avant d’en venir aux armes, il voulut tenter la voie des négociations et se présenta devant la ville sainte, suivi de quatorze cents de ses disciples. Il n’obtint pas l’entrée de la cité, mais les messagers que lui envoyèrent les Koréïschites furent très frappés de la vénération des compagnons du prophète pour leur maître : « J’ai visité César et Khosroès dans leurs palais, disait l’un d’eux, mais jamais je n’ai vu de souverain vénéré par son peuple comme l’est Mahomet par ses compagnons. » Pour consoler ses disciples de cet échec, Mahomet les conduisit contre Khaïbar, ville importante à cinq journées au nord-est de Médine, habitée par des tribus juives, et qui était l’entrepôt de leur commerce. Bien que cette ville fût solidement fortifiée, il réussit à s’en emparer. Ce fut après le siège de Khaïbar que Mahomet faillit voir sa destinée interrompue par la main d’une femme. Une juive, nommée Zaïnab, fit servir sur sa table de la viande de brebis empoisonnée. Ayant trouvé au premier morceau un goût étrange, Mahomet n’alla pas plus loin et déclara que la brebis venait de l’avertir qu’elle était empoisonnée. Amenée devant le prophète, la fille d’Israël fit une déclaration très subtile qui lui sauva la vie : « Il n’y a point de prophète, dit-elle, qui n’ait des révé- lations célestes ; j’ai voulu, si tu n’étais qu’un imposteur, venger les malheurs de ma patrie ; et si tu étais véritablement l’envoyé du Seigneur, je savais qu’il ne te laisserait pas succomber sous de telles embûches. » Malgré la protection du Seigneur, Mahomet se ressentit de l’empoisonnement le reste de sa vie, et les chroniqueurs admettent que ce fut des suites de cet accident qu’il mourut trois ans plus tard. Sentant son influence grandir chaque jour, Mahomet résolut de faire une nouvelle tentative pour s’emparer de la Mecque. Il réunit une armée de dix mille hommes, la plus puissante qu’il eût eue jusqu’alors sous ses ordres et se présenta devant les murs de la ville. Son prestige était alors devenu si grand qu’il y entra sans combat. La conduite de Mahomet à l’égard des Koréïschites, ses ennemis acharnés depuis plus de vingt ans, fut pleine d’humanité. Après les avoir sauvés non sans peine de la fureur de ses compagnons, il se borna à détruire les trois cent soixante idoles de la Kaaba et consacra ce temple au culte de l’islamisme. Depuis cette époque, il en est resté le foyer. La prise de la Mecque détermina la soumission de la plupart des tribus voisines : quelques-unes se réunirent pour résister, mais elles furent promptement vaincues. Mahomet était alors arrivé au faite de la puissance. Il résolut de diriger une expé- dition contre les Grecs de la Syrie, qui menaçaient, croyait-il, ses frontières. Gustave Le Bon (1884), La civilisation des Arabes : livres I et II. 104 Il put réunir trente mille hommes, dont dix mille cavaliers. Arrivé à Tabouk, située à moitié chemin entre Médine et Damas, il apprit que les Grecs renonçaient à leur entreprise. Il s’arrêta ; mais son expédition n’avait pas été inutile, car elle détermina la soumission des chefs arabes de la partie de la péninsule confinant à l’Égypte et à la Syrie. Avant même qu’il fût maître de la Mecque, Mahomet avait cherché à accroître son prestige en envoyant de tous côtés, et même aux plus puissants souverains, des messages dans lesquels il les engageait à se convertir à la foi nouvelle. Il avait même envoyé une petite expédition, – la seule qui de son vivant eut lieu en dehors de l’Arabie – contre le roi de Ghassan, chef arabe vassal des Grecs. Ses soldats furent complètement battus, mais cette expédition n’en fut pas moins fructueuse, car les Arabes chargés de la garde des frontières, et qui n’avaient pas reçu leur solde d’Héraclius, s’empressèrent de se joindre au prophète. Les messages envoyés par Mahomet en dehors de l’Arabie n’obtinrent aucun succès. L’histoire a conservé le souvenir de la façon dont fut reçu celui qu’il adressa au roi des Perses. L’envoyé du prophète arriva au moment où des ambassadeurs signaient la paix entre Khosroès et l’empereur Heraclius. La lettre remise à Khosroès portait d’abord le nom du signataire, ce qui, suivant les usages orientaux, impliquait une prétention à la supériorité. Indigné de cette suscription, le souverain qui se qualifiait de roi des rois ne voulut pas en lire davantage : il déchira la missive et la foula aux pieds en s’écriant : « Voilà un esclave qui place son nom avant le mien. » Lorsque Mahomet apprit sa réponse, il se borna à dire : « Que Dieu déchire son royaume comme il a déchiré ma lettre ! » Les successeurs du prophète devaient bientôt réaliser ce voeu. Khosrorès ne se borna pas du reste à déchirer la lettre de Mahomet. Il envoya au gouverneur de l’Yémen l’ordre de se saisir de cet individu de l’Hedjaz qui voulait se faire passer pour prophète ; mais le roi des Perses fut tué Par son fils avant que le gouvernement eût essayé d’exécuter cette difficile mission. Dix ans s’étaient écoulés depuis la date mémorable de l’hégire, quand Mahomet vint faire à la Mecque un pèlerinage qui devait être le dernier. De retour à Médine, il tomba bientôt gravement malade : « Il était alors, dit Aboulféda, dans la maison de Zaïnab, fille de Djahsch, car il passait tour à tour une nuit chez chacune de ses femmes. Son état ayant empiré le jour qu’il se trouva dans la maison de Maïmouna, fille de Harith, il les fit toutes rassembler, et leur demanda à être soigné chez l’une d’elles sans en plus sortir. Elles y consentirent aussitôt, et on le porta dans la maison d’Aïescha. » Se sentant perdu, il résolut de faire ses adieux à son peuple. L’ayant réuni il remercia le Seigneur de lui avoir permis d’accomplir sa mission, et ajouta : « O vous qui m’écoutez, si j’ai frappé quelqu’un sur le dos, voici mon dos, qu’il frappe ; si j’ai nui à la réputation de quelqu’un, qu’il se venge sur ma réputation ; si j’ai dépouillé quelqu’un de son bien, voici mon bien, qu’il se paye, et que pour cela il ne craigne pas de s’attirer ma haine : la haine n’est pas dans mon caractère. Un homme lui ayant alors réclamé le paiement d’une dette de trois dirhems, Mahomet les lui donna aussitôt en disant : « La honte dans ce monde est plus facile à supporter que dans l’autre. » Il pria encore pour ceux qui avaient combattu avec lui ; puis on le ramena chez sa femme Aïescha. Trois jours avant sa mort, il voulut se faire encore transporter à la mosquée pour y faire sa prière, mais n’ayant pu supporter ce transport, il délégua pour faire la prière à Gustave Le Bon (1884), La civilisation des Arabes : livres I et II. 105 sa place Abou-Bekr, et ce fut cette désignation qui fit choisir plus tard ce dernier pour son successeur. Après quinze jours de maladie, Mahomet termina sa carrière dans la onzième année de l’hégire, à l’âge de soixante-trois ans. Quand il mourut, la presque totalité de l’Arabie jusqu’à l’Oman avait embrassé l’islamisme : Arabes, juifs, Chrétiens avaient adopté la foi nouvelle. Tous les habitants de l’Arabie formaient un seul peuple. Enthousiasmé par leurs jeunes croyances, et conduit par des chefs habiles, ils allaient bientôt conquérir le monde. Dans l’édition papier de 1980 apparaît à la page 62 la figure # 22 Ablutions au puits sacré de Zem-Zem pendant le pèlerinage de la Mecque ; d’après une photographie instantanée. téléchargeable sur le site web : Les Classiques des sciences sociales, section Auteurs classiques : Gustave Le Bon (1841-1931) : La civilisation des Arabes (1884). Retour à la table des figures (ordre numérique sur le site web) 4. – Caractère et vie privée de Mahomet Retour à la table des matières Nous nous sommes surtout occupé dans ce qui précède de la vie publique de Mahomet. Il nous reste maintenant à essayer de reconstituer le caractère et la vie privée du prophète, d’après les documents que les Arabes nous ont laissés. L’historien arabe Aboulféda donne, d’après les descriptions des contemporains, le portrait suivant de Mahomet : « Ali, son premier disciple et son gendre, nous l’a dépeint suivant la tradition comme un homme d’une taille moyenne, sa tête était forte, sa barbe épaisse ; sa charpente osseuse annonçait la vigueur ; son visage était plein et coloré; quelques cheveux blancs sur le sommet de la tête, quelques poils blancs au milieu de sa barbe noire indiquaient à peine la trace des années. Quant à ses qualités morales, elles l’emportaient sur celles des autres hommes. Adressant à Dieu de fréquentes prières, il était sobre de discours futiles, et son goût le portait à garder le silence. Son visage Gustave Le Bon (1884), La civilisation des Arabes : livres I et II. 106 annonçait la bienveillance ; Son humeur était douce, son caractère égal ; parents ou étrangers, faibles ou puissants, trouvaient en lui une égale justice. Il aimait les humbles et ne méprisait pas le pauvre à cause de sa pauvreté, comme il n’honorait pas le riche à cause de sa richesse. Toujours soigneux de se concilier l’amour des hommes marquants et l’attachement de ses compagnons, qu’il ne rebutait jamais, il écoutait avec une grande patience celui qui venait s’asseoir auprès de lui. Jamais il ne se retirait, que l’homme auquel il donnait audience ne se fût retiré le premier ; de même que si quelqu’un lui prenait la main, il la lui laissait aussi longtemps que la personne qui l’avait abordé ne retirait la sienne. Il en était de même si l’on restait debout avec lui à traiter de quelque affaire ; toujours dans ce cas il ne partait que le dernier. Souvent il visitait ses compagnons, les interrogeant sur ce qui se passait entre eux. Il s’occupait lui-même à traire ses brebis, s’asseyait à terre, raccommodait ses vêtements et ses chaussures, qu’il portait ensuite, tout raccommodés qu’ils étaient. Au nombre de ses compagnons, il admettait de pauvres gens qu’on appelait Ahl-el-Saffa, les hommes du banc. – C’étaient de malheureux Arabes qui, n’ayant ni asile, ni famille, dormaient la nuit dans la mosquée de Médine et s’y abritaient le jour. Le banc de la mosquée étant leur domicile, ils en avaient pris le nom. Quand le prophète allait souper, il en faisait appeler quelques-uns pour partager son repas, et distribuait les autres aux principaux de ses compagnons pour qu’ils pourvussent à leur nourriture. AbouHoraïra, l’un d’eux, nous a laissé la tradition suivante : Le prophète, dit-il, sortit de ce monde sans s’être une seule fois rassasié de pain d’orge, et quelquefois il arrivait que sa famille entière passait un ou deux mois sans que, dans aucune des maisons où elle faisait sa résidence, on eût allumé du feu pour y préparer les aliments. Des dattes et de l’eau, voilà quelle était sa nourriture. J’ai vu quelquefois le prophète tellement pressé par la faim, que pour en moins sentir les angoisses, il était obligé de s’appuyer fortement une pierre sur son ventre et de l’y maintenir avec sa ceinture. À la description qui précède, on peut ajouter, d’après les autres chroniqueurs arabes, que Mahomet avait beaucoup d’empire sur lui-même; qu’il était rêveur, taciturne et très tenace dans ses résolutions. Sa simplicité était remarquable. Il était néanmoins fort soigneux de sa personne. À toutes les époques de sa vie, même lorsqu’il devint riche, il se servait luimême. Son aptitude à supporter les fatigues était très grande ; sa patience et sa douceur égalaient sa persévérance. Un de ses serviteurs, resté dix-huit ans avec lui, assurait n’avoir pas été grondé une seule fois. C’était un guerrier habile. Sans fuir le danger, il ne le recherchait pas, et avait trop de réflexion pour posséder à une bien haute dose le courage aventureux de ses compatriotes. On assure qu’il était peu lettré, et la chose est probable, car un lettre eût apporté un peu plus d’ordre dans la composition du Coran ; mais il est probable aussi que si Mahomet avait été un savant, il n’eut pas fondé une religion nouvelle. Les illettrés seuls savent bien se mettre à la portée des illettrés. Instruit ou non, il possédait une sagacité très grande, et qui rappelle celle que les livres des juifs attribuent à Salomon. Alors qu’il était fort jeune, le hasard le désigna pour arbitre dans une querelle qui s’était élevée entre les principales familles de la Mecque, pour savoir qui aurait l’honneur de mettre en place dans le temple de la Kaaba, qu’on reconstruisait alors, la fameuse pierre noire apportée du ciel à Abraham par un ange. Devant les adversaires sur le point d’en venir aux armes, Mahomet étendit son manteau par terre, plaça la pierre dessus, et pria les principaux chefs de Gustave Le Bon (1884), La civilisation des Arabes : livres I et II. 107 prendre les côtés du manteau pour l’élever au niveau où elle devait être placée. Lorsqu’elle fut à ce niveau, il la mit en place de ses propres mains, et la dispute se trouva ainsi terminée. La seule faiblesse de Mahomet fut son amour pour les femmes, amour tardif, du reste, car jusqu’à l’âge de cinquante ans il resta fidèle à sa première épouse. Il ne se cachait pas de cette passion : « Les choses que j’aime le plus au monde, disait-il, ce sont les femmes et les parfums ; mais ce qui me réconforte le plus l’âme, c’est la prière. » Il était peu scrupuleux sur l’âge des femmes qu’il épousait : Aïescha n’avait que dix ans quand il la prit pour épouse ; mais Maïmouna en avait cinquante et un. Cette passion était poussée si loin chez lui, qu’ayant vu par hasard, en déshabillé, la femme de son fils adoptif, il éprouva un tel désir de la posséder, que ce dernier dut divorcer avec elle pour la lui céder. Les musulmans se montrèrent scandalisés ; mais l’ange Gabriel, avec lequel le prophète était en rapports journaliers, déclara l’opération régulière ; et son approbation ayant été inscrite au Coran, les critiques furent réduits au silence. En une seule année, Mahomet épousa quatre femmes, mais il n’en eut que quinze en tout, dont onze seulement à la fois. Ce chiffre peut sembler un peu élevé à un Européen, mais il n’a rien d’exagéré pour les Orientaux, et le prophète aurait pu épouser un nombre de femmes bien plus considérable, s’il se fût autorisé de l’exemple du plus sage des monarques dont parle la Bible, le grand roi Salomon. Dans l’édition papier de 1980 apparaît à la page 64 Planche couleurs # 3 MOSQUÉE D’OMAR À JÉRUSALEM D’après une photographie et une aquarelle de Dr. Gustave Le Bon [Gravure d’une exceptionnelle beauté !] [JMT] téléchargeable sur le site web : Les Classiques des sciences sociales, section Auteurs classiques : Gustave Le Bon (1841-1931) : La civilisation des Arabes (1884). Retour à la table des figures (ordre numérique sur le site web) Il n’est pas tout à fait démontré que Mahomet ait obtenu de ses femmes une fidélité bien complète, et il paraît avoir été victime de ces désagréments conjugaux assez fréquents chez les Européens, qu’ils sont rares chez les Orientaux. Aïescha notamment lui suscita beaucoup d’ennuis et donna des prises sérieuses à la médisance, mais l’ange Gabriel, toujours bienveillant, certifia sa vertu, et son attestation sur ce point délicat ayant été inscrite au Coran, le doute ne fut plus permis. Gustave Le Bon (1884), La civilisation des Arabes : livres I et II. 108 Mahomet finit, du reste, par comprendre qu’il n’était pas toujours avantageux d’avoir trop de femmes à la fois, car il défendit à ses disciples d’en avoir plus de quatre en même temps. Il n’est pas besoins d’ajouter que ce n’est pas lui qui établit la polygamie chez les Arabes ; elle existait bien avant le prophète chez tous les peuples de l’Asie, quel que fût leur culte, et existe encore. Malgré son faible pour les femmes, Mahomet s’est montré peu indulgent pour elles. Bien que moins sévère à leur égard que les auteurs de la Bible, il les qualifie cependant dans le Coran « d’êtres qui grandissent dans les ornements et les parures et sont toujours à disputer sans raison. » « Je ne connais pas, disait-il, de défaut qui soit plus puissant qu’une de vous, femmes, à faire disparaître le sens moral de l’homme, même le plus prudent et le plus raisonnable. » Au dire d’Aboulféda, Mahomet assurait qu’on compte un certain nombre d’hommes accomplis, mais que parmi les femmes on n’en peut citer que quatre : Aseïa, femme de Pharaon ; Marie, mère de Jésus ; Khadidja, femme du prophète, et Fatime, sa fille. Mahomet n’eut d’enfants que de sa première femme Khadidja, – la troisième des quatre femmes parfaites de la création. – De ces enfants, au nombre de sept, trois fils moururent, et il ne lui resta finalement que quatre fines, dont la plus connue est Fatime, qui épousa son fils adoptif Ali. Mahomet laissa neuf veuves. Inconsolables ou non, elles ne purent se remarier, afin de respecter la défense du prophète. Bien qu’il se crût l’envoyé de Dieu, Mahomet n’avait pas la prétention de faire des miracles. Comme il est de tradition cependant qu’un fondateur de religion doit en faire quelquefois, ses disciples lui en ont attribué un certain nombre. Voici un résume, que j’emprunte à M. Kasimirski : « Une fois, il a fendu la lune en deux au vu de tout le monde. Sur sa demande, Dieu a fait rebrousser chemin au soleil, afin qu’Ali pût s’acquitter de la prière de l’après-midi, qu’il avait manquée, parce que le prophète s’était endormi sur ses genoux, et qu’Ali ne voulait pas le réveiller. Toutes les fois que le prophète marchait à côté de quelque autre personne, quoique de taille moyenne, il paraissait toujours la dépasser de toute la tête. Son visage était toujours resplendissant de lumière, et lorsqu’il tenait ses doigts devant son visage, ils brillaient comme des flambeaux de la lumière empruntée à son visage. On a souvent entendu les pierres, les arbres et les plantes saluer Mahomet et s’incliner devant lui ; des animaux, tels que les gazelles, les loups, les lézards, lui parlaient, et le chevreau, rôti en entier, lui adressait aussi la parole. Il avait un pouvoir absolu sur les démons, qui le redoutaient et croyaient à son apostolat. Il a rendu la vue à des aveugles, il a guéri des malades, et même ressuscité des morts ; il a fait un jour descendre une table toute dressée pour Ali et sa famille, qui avaient faim ; il a prédit que sa postérité issue de Fatime serait la victime des injustices et des persécutions, et que les Ommiades régneraient mille mois, et c’est ce qui s’est réalisé, etc. » Il est en outre démontré pour tous les bons musulmans que Mahomet fut transporté une nuit au ciel sur un animal fantastique, appelé Borak, être ailé à figure de femme, corps de cheval, et queue de paon. après avoir traversé les sept cieux, il arriva auprès du trône de Dieu. Gustave Le Bon (1884), La civilisation des Arabes : livres I et II. 109 On a assuré que Mahomet était épileptique, mais je n’ai rien trouvé dans les chroniques arabes qui permette de se prononcer avec certitude sur ce point. Tout ce que nous savons par le témoignage de ses contemporains, y compris celui de sa femme Aïescha, c’est que pendant ses inspirations célestes, il tombait dans un état particulier caractérisé par de la congestion faciale, des gémissements et finalement une syncope. En dehors de ses hallucinations, Mahomet, comme beaucoup d’aliénés, avait un jugement très sain. Au point de vue scientifique, il faut classer évidemment Mahomet, comme la plupart des fondateurs de religions, dans la grande famille des aliénés. Mais la chose importe peu. Ce ne sont pas de froids penseurs qui fondent des cultes nouveaux et conduisent les hommes : les hallucinés seuls peuvent remplir ce rôle. Quand on examine l’action des fous dans le monde, on reconnaît qu’elle fut immense. Ils fondent des religions, détruisent des empires et soulèvent les masses à leur voix. Leur main puissante a conduit l’humanité jusqu’ici et le cours de l’histoire eût été tout autre si la raison, et non la folie, avait régné dans le monde. Quant à prétendre que Mahomet fut un imposteur, il me semble évident qu’une telle assertion ne peut se soutenir un instant. Ce n’est que dans ses hallucinations qu’il pouvait trouver les encouragements nécessaires pour surmonter toutes les résistances qui entourèrent ses premiers pas. Il faut d’abord croire en soi pour réussir à imposer sa croyance aux autres. Mahomet se croyait appuyé par Dieu, et, fort d’un tel appui, il ne pouvait reculer devant aucun obstacle. Dans l’édition papier de 1980 apparaît à la page 66 la figure # 23 Tombeau de Fatime, fille de Mahomet, dans le grand cimetière de Damas ; d’après une photographie. téléchargeable sur le site web : Les Classiques des sciences sociales, section Auteurs classiques : Gustave Le Bon (1841-1931) : La civilisation des Arabes (1884). Retour à la table des figures (ordre numérique sur le site web) Lorsque Mahomet mourut, il avait obtenu ce résultat immense de réunir en une seule nation, obéissant à une seule croyance, et capable par suite d’obéir à un seul maître, tous les peuples de l’Arabie. Il serait inutile de rechercher si le résultat atteint fut bien celui que se proposait le prophète. Nous connaissons si peu les vraies causes de la succession des événements que nous devons nous contenter d’admettre, comme le font habituellement les historiens, que les résultats obtenus par l’influence des grands hommes sont réellement ceux qu’ils cherchaient à obtenir. On démontrerait facilement que la valeur de cette règle est contestable, mais ce serait sortir de mon cadre que de le faire ici. Gustave Le Bon (1884), La civilisation des Arabes : livres I et II. 110 Quoi qu’il en soit, il est certain que Mahomet obtint en Arabie un résultat que toutes les religions venues avant lui, y compris le christianisme et le judaïsme, n’avaient pu obtenir. Il rendit donc aux Arabes un immense service. La réponse faite par des envoyés d’Omar au roi de Perse, qui les interrogeait sur le rôle du prophète, indique nettement l’étendue de ce service : « Nous étions si misérables que l’on voyait parmi nous des gens apaiser leur faim en dévorant des insectes et des serpents ; d’autres faisaient mourir leurs filles pour n’avoir pas à partager leurs aliments avec elles. Plongés dans les ténèbres de la superstition et de l’idolâtrie, sans lois et sans frein, toujours ennemis les uns des autres, nous n’étions occupés qu’à nous piller et à nous détruire mutuellement. Voilà bien ce que nous avons été. Mais nous sommes maintenant un peuple nouveau. Dieu a suscité au milieu de nous un homme, le plus distingué des Arabes par la noblesse de sa naissance, par ses vertus, par son génie, et il l’a choisi pour être son envoyé et son prophète. Par l’organe de cet homme, Dieu nous a dit : « Je suis le Dieu unique, éternel, créateur de l’univers. Ma bonté vous envoie un guide pour vous diriger. La voie qu’il vous montre vous sauvera des peines que je réserve dans une autre vie à l’impie et au criminel, et elle vous conduira près de moi dans le séjour de la félicité. » La persuasion s’est insinuée peu à peu dans nos cœurs ; nous avons cru à la mission du prophète ; nous avons reconnu que ses paroles étaient les paroles de Dieu, ses ordres, les ordres de Dieu, et que la religion qu’il nous annonçait est la seule vraie religion. Il a éclaire nos esprits, il a éteint nos haines, il nous a réunis en une société de frères sous des lois dictées par la sagesse divine. » S’il faut juger de la valeur des hommes par la grandeur des œuvres qu’ils ont fondées, nous pouvons dire que Mahomet fut un des plus grands hommes qu’ait connus l’histoire. Des préjugés religieux ont empêché bien des historiens de reconnaître l’importance de son oeuvre ; mais les écrivains chrétiens eux-mêmes commencent aujourd’hui à lui rendre justice. Voici comment s’exprime à son égard un des plus distingués d’entre eux, M. Barthélemy Saint-Hilaire : « Mahomet a été le plus intelligent, le plus religieux, le plus clément des Arabes de son temps. Il n’a dû son empire qu’à sa supériorité. La religion prêchée par lui a été un immense bienfait pour les races qui l’ont adoptée. » En quoi consistait cette religion qui devait soumettre tant de millions d’hommes à sa loi ? Quelles vérités nouvelles enseignait-elle au monde ? Nous allons l’examiner maintenant. Gustave Le Bon (1884), La civilisation des Arabes : livres I et II. 111 Gustave Le Bon, La civilisation des Arabes (1884) Livre deuxième: Origines de la puissance des Arabes Chapitre II Le Coran 1. – Résumé du Coran Retour à la table des matières Le Coran, livre sacré des mahométans, est le code religieux, civil et politique qui règle leur conduite. Bien que révélé par Dieu à Mahomet, ce livre sacré est assez incohérent. Le style en est parfois remarquable, mais l’ordre et la logique y font fréquemment défaut. On se l’explique facilement quand on sait comment l’ouvrage a été composé. Il fut écrit en effet au jour le jour, suivant les nécessités du moment. Grâce aux relations de Mahomet avec l’ange Gabriel, une révélation nouvelle venait le tirer d’embarras toutes les fois qu’une difficulté se présentait, et la révélation était aussitôt consignée dans le Coran. La rédaction définitive du Coran est postérieure à Mahomet. De son vivant, il acceptait lui-même plusieurs versions du même passage. Ce fut seulement plusieurs années après sa mort que son quatrième successeur fit adopter une version définitive, en comparant ensemble toutes celles recueillies par les disciples du maître. Le Coran est composé de cent quatorze chapitres ou sourates divisés en versets ; Mahomet y parle toujours au nom de Dieu. Gustave Le Bon (1884), La civilisation des Arabes : livres I et II. 112 Les Arabes considèrent le Coran comme l’œuvre la plus remarquable qui ait jamais été produite. Cette opinion est évidemment empreinte d’une exagération tout orientale, mais il faut bien reconnaître cependant que certains passages ont en réalité des allures d’une poésie majestueuse qu’aucun livre religieux n’a surpassées. La conception philosophique de l’univers, dans le Coran, est à peu près celle des deux grandes religions sémitiques qui l’avaient précédé : le judaïsme et le christianisme. On a prétendu que les traditions aryennes de la Perse et de l’Inde avaient eu une part manifeste dans le christianisme et l’islamisme ; mais dans ce dernier, l’influence aryenne est vraiment bien faible. Mahomet n’était nullement un grand philosophe, un de ces profonds penseurs comparables aux fondateurs du brahmanisme et du bouddhisme. Ce n’est pas lui qui eût affirmé avec les bouddhistes qu’il n’y a pas de cause première dans le monde, que l’univers est un enchaînement de nécessités, de décompositions et de recompositions sans fin. Il n’eût même pas été jusqu’au demi-scepticisme des auteurs des livres sacrés du brahmanisme, et n’eût pas inséré dans le Coran des réflexions comme la suivante, qu’on trouve dans les Védas ! « D’où vient cette création ? Est-elle l’œuvre d’un créateur ou non ? Celui qui contemple du haut du firmament, celui-là le sait. Peut-être lui-même ne le sait-il pas 1. » Mais ce sont là des abstractions à l’usage des philosophes ; et Mahomet n’avait pas la prétention d’écrire pour ces derniers. Il voulait une religion très simple, à la portée de son peuple, et il sut y réussir, en extrayant des cultes alors existants ce qui leur convenait. Loin de songer à créer un culte nouveau, il annonça vouloir uniquement continuer les prophètes bibliques, dont il admit les révélations comme parfaitement authentiques depuis Abraham jusqu’à Jésus. En fait, le judaïsme, le christianisme et l’islamisme sont les trois branches d’un même tronc, et présentent une étroite parenté. La religion prêchée par le prophète est d’une simplicité très grande. Dans un entretien avec l’ange Gabriel déguisé en Arabe, Mahomet la définit complètement en quelques lignes : « En quoi consiste l’islamisme ? lui demande l’ange. À professer, répond Mahomet, qu’il n’y a qu’un seul Dieu et que je suis son prophète, à observer strictement les heures de la prière, donner l’aumône, jeûner le mois de Ramadan, et accomplir le pèlerinage à la Mecque. » L’ange Gabriel s’étant déclaré satisfait de la définition, il est évident qu’elle est parfaite. Le mahométan résume l’islamisme dans cette profession de foi dont on ne saurait méconnaître la concision sévère : « Il n’y a d’autre Dieu que Dieu, et Mahomet est son prophète. » Pour donner une idée du Coran, je reproduirai ici quelques-uns de ses passages les plus importants, relatifs à divers points fondamentaux de la doctrine. L’ouvrage ressemblant un peu à un livre dont toutes les pages auraient été mêlées au hasard, j’ai 1 Je renvoie le lecteur, pour ce qui concerne la philosophie de Bouddha et l’histoire de l’évolution des religions, au second volume de mon ouvrage l’Homme et les sociétés. Il y verra qu’une religion qui compte à elle seule autant d’adeptes que toutes les autres réunies repose sur la négation complète de toute divinité. Cette religion enseigne pourtant une morale fort pure, comme le reconnaît un écrivain religieux très orthodoxe, le célèbre Max Müller. « La morale la plus élevée qui ait été enseignée à l’humanité avant l’avènement du christianisme, dit-il, fut enseignée par des hommes aux yeux desquels les dieux étaient des ombres vaines, par des hommes qui n’élevaient point d’autels, qui n’en élevaient pas même au Dieu inconnu. » Gustave Le Bon (1884), La civilisation des Arabes : livres I et II. 113 essayé de rendre les citations plus claires, en réunissant à la suite l’un de l’autre des versets relatifs au même sujet, et qui sont disséminés au hasard dans le Coran. Voici d’abord comment Mahomet établit l’origine du Coran et sa parenté avec les livres sacres qui l’ont précédé 1 : À chaque époque son livre sacré. (XIII.) Voici le livre sur lequel il n’y a point de doute ; c’est la direction de ceux qui suivent le Seigneur. … C’est Gabriel qui, par la permission de Dieu, a déposé sur ton cœur, ô Mahomet ! le livre destiné à confirmer les livres sacrés venus avant lui pour servir de direction et annoncer d’heureuses nouvelles aux croyants. … Le Coran est un avertissement (LXXX) ; Quiconque veut, le retiendra dans sa mémoire ; Il est écrit sur des pages honorées, Sublimes, pures ; Tracé par les mains des écrivains honorés et justes. Je ne jurerai pas par les étoiles rétrogrades, (LXXXI.) Qui courent rapidement et se dérobent. J’en jure par la nuit quand elle survient, Par l’aurore quand elle s’épanouit, Que le Coran est la parole de l’envoyé illustre. Avant le Coran, il existait le Livre de Moïse, donné pour être le guide des hommes et la preuve de la bonté de Dieu ; or celui-ci (le Coran) confirme l’autre en langue arabe, afin que les méchants soient avertis, et afin que les vertueux apprennent d’heureuses nouvelles. Dieu a établi pour vous une religion qu’il recommanda à Noé ; c’est celle qui t’est révélée, ô Mahomet ! c’est celle que nous avions recommandée à Abraham, à Moïse, à Jésus, en leur disant : 0bservez cette religion, ne vous divisez pas en sectes. (LXII.) Le Dieu de Mahomet est seul dans le ciel. Voici suivant le prophète sa définition : Unique dans les cieux et sur la terre, dès qu’il a résolu quelque chose, il dit : Sois, et elle est. (LXIV.) Dieu est le seul Dieu, il n’y a point d’autre Dieu que lui, le vivant, l’immuable. Dieu est lui-même témoin de ce qu’il n’y a point d’autre Dieu que lui ; les anges et les hommes doués de science et de droiture répètent : Il n’y a point d’autre Dieu que lui, le puissant, le sage. (III.) Certes, dans la création des cieux et de la terre ; dans la succession alternative des jours et des nuits, dans les vaisseaux qui voguent à travers la mer pour apporter aux hommes des choses utiles, dans cette eau que Dieu fait descendre du ciel et avec laquelle il rend la vie à la terre morte naguère, et où il a disséminé des animaux de toute espèce, dans les variations des vents et dans les nuages astreints au service entre le ciel et la terre, dans tout cela il y a certes des avertissements pour tous ceux qui ont de l’intelligence. (Il.) 1 Tous les chiffres entre parenthèses indiquent de quelle sourate a été extrait le passage cité. Tant que le numéro ne change pas, c’est que les passages cités sont empruntés au même chapitre. Gustave Le Bon (1884), La civilisation des Arabes : livres I et II. 114 Ce Dieu unique, sans être aussi sévère que celui de la Bible, a néanmoins un caractère sombre et assez vindicatif. C’est une sorte de souverain absolu, irresponsable, n’ayant que son caprice pour loi : … Certes, Dieu est indulgent pour les hommes, malgré leur iniquité Mais aussi il est terrible dans ses châtiments. (XIII.) J’en jure par le point du jour et les dix nuits, (LXXXIX.) Par ce qui est double et ce qui est simple, Par la nuit quand elle poursuit sa course, N’est-ce pas là un serment qui sied à un homme sensé ? Ne vois-tu pas à quoi Dieu a réduit le peuple d’Ad, Qui habitait Irem, aux grandes colonnes, Ville dont il n’existait pas de pareille dans ce pays ? À quoi il a réduit les Theinoudites qui taillaient leurs maisons au roc dans la vallée, Et Pharaon inventeur du supplice des pieux ? Tous ils opprimaient la terre, Et y propageaient le mal, Dieu leur infligea à tous le fouet du châtiment. Ceux qui ne croiront point aux signes de Dieu, éprouveront un châtiment terrible. Dieu est puissant, vindicatif. (III.) Dans l’édition papier de 1980 apparaît à la page 71 la figure # 24 Ornements extraits d’un ancien coran du Caire (Ebers). téléchargeable sur le site web : Les Classiques des sciences sociales, section Auteurs classiques : Gustave Le Bon (1841-1931) : La civilisation des Arabes (1884). Retour à la table des figures (ordre numérique sur le site web) Quand Dieu s’empare des cités criminelles, c’est ainsi qu’il s’en empare. Il s’en empare terriblement et avec violence. (XI.) C’est lui qui fait briller l’éclair à vos regards pour inspirer la crainte et l’espérance. C’est lui qui suscite les nuages chargés de pluie. (XIII.) Le tonnerre célèbre ses louanges, les anges le glorifient pénétrés de frayeur. Il lance la foudre, et atteint ceux qu’il veut pendant qu’ils disputent au sujet de Dieu, car il est immense dans son pouvoir. La création du monde en six jours, Adam, le paradis terrestre, la chute du premier homme sont empruntés à la Bible. Il en est de même de la théorie des peines et des récompenses après la vie. Voici d’après Mahomet la description du jugement dernier : Lorsque le son assourdissant de la trompette retentira, (LXXX.) Le jour où l’homme fuira son frère, Gustave Le Bon (1884), La civilisation des Arabes : livres I et II. 115 Son père et sa mère, Sa compagne et ses enfants, Lorsque le ciel se fendra, (LXXXII.) Que les étoiles seront dispersées, Que les mers confondront leurs eaux, Que les tombeaux seront sens dessus-dessous, L’âme verra ses actions anciennes et récentes. J’en jure par le ciel et sa clarté (XCI), Par la lune, quand elle le suit de près, Par le jour quand il le laisse voir dans tout son éclat, Par la nuit quand elle le voile, Par le ciel et par celui qui l’a bâti, Par la terre et par celui qui l’a étendue, Par l’âme et celui qui l’a formée, Et qui lui a inspiré sa méchanceté et sa piété Celui qui la conserve pure sera heureux Celui qui la corrompt sera perdu. Le jour viendra où la terre et les cieux seront changés ; les hommes comparaîtront devant Dieu, l’unique, le victorieux. (XIV.) Alors tu verras les criminels, pieds et poings chargés de chaînes. Et l’on sonnera la trompette ; et tout ce qui est dans les cieux et sur la terre expirera, excepté ceux que Dieu voudra laisser vivre ; puis on sonnera une seconde fois, et voilà que tous les êtres se dresseront et attendront. (XXXIX.) Et la terre brillera de la lumière de son seigneur, et voilà que le Livre est déposé, et que les prophètes et les témoins sont mandés, et que la sentence sera prononcée avec justice, et que nul ne sera lésé. Et toute âme sera payée de ses oeuvres. Or, Dieu sait le mieux ce que les hommes font. Les infidèles seront poussés par troupes vers la Géhenne. On fera marcher les croyants par troupes vers le paradis. L’enfer comprend, suivant Mahomet, divers supplices variés dont voici quelques échantillons : … Le condamné au séjour du feu sera abreuvé d’une eau bouillante qui lui déchirera les entrailles. (XLVII.) Les hommes de la gauche (oh ! les hommes de la gauche !) (LXVI.) Seront au milieu d’un vent pestilentiel et de l’eau bouillante, Dans l’ombre d’une fumée noire. Oui, et j’en jure par la lune, (LXXIV.) Et par la nuit quand elle se retire, Et par la matinée quand elle se colore, Que l’enfer est une des choses les plus graves. Quant au paradis, il contient de quoi satisfaire les esprits les plus exigeants. Voici le tableau du paradis qui a été promis aux hommes pieux : des ruisseaux dont l’eau ne se gâte jamais, des ruisseaux de lait dont le goût ne s’altérera jamais, des ruisseaux de vin, délices de ceux qui en boivent. (XLVII.) S’abordant les uns les autres, les bienheureux se feront réciproquement des questions. (LII.) Gustave Le Bon (1884), La civilisation des Arabes : livres I et II. 116 Nous étions jadis, diront-ils, pleins de sollicitude pour notre famille. Dieu a été bienveillant envers nous ; il nous a préservés du châtiment pestilentiel. Nous l’invoquions jadis ; il est bon et miséricordieux. Les justes habiteront au milieu de jardins et de cours d’eau. (LIV.) Ils se reposeront accoudés sur des tapis dont la doublure sera de brocart. Les fruits des deux jardins seront à la portée de quiconque voudra les cueillir. (LV.) Là seront de jeunes vierges au regard modeste que n’a jamais touchées ni homme ni génie. Elles ressemblent à l’hyacinthe et au corail. Outre ces deux jardins, deux autres s’y trouveront encore, Deux jardins couverts de verdure, Où jailliront deux sources. Là il y aura des fruits, des palmiers et des grenades. Là il y aura de bonnes, de belles femmes. Les hommes de la droite (qu’ils seront heureux les hommes de la droite !) Séjourneront parmi des arbres de lotus sans épines, Et des bananiers chargés de fruits du sommet jusqu’au bas, Sous des ombrages qui s’étendront au loin, Près d’une eau courante, Au milieu de fruits en abondance, Que personne ne coupera, dont personne n’interdira l’approche Et ils se reposeront sur des lits élevés. Dans l’édition papier de 1980 apparaît à la page 73 la figure # 25 Chiffre de Mahomet ; d’après une ancienne inscription de la mosquée de Touloun, relevée par M. Marcel. téléchargeable sur le site web : Les Classiques des sciences sociales, section Auteurs classiques : Gustave Le Bon (1841-1931) : La civilisation des Arabes (1884). Retour à la table des figures (ordre numérique sur le site web) Mahomet est très tolérant pour les juifs et les chrétiens, mais il ne l’est pas pour les idolâtres et recommande de leur faire la guerre. Il n’est pas tendre non plus pour les incrédules. Voici comment il s’exprime à leur égard : Les plus mauvaises bêtes de la terre auprès de Dieu, ce sont ceux qui sont ingrats, qui ne croient pas ; (VIII). Ceux qui n’espèrent point nous voir, qui se contentent de la vie de ce monde et s’y confient avec sécurité ; ceux qui ne prêtent aucune attention a nos signes ; (X.) Ceux-là auront le feu pour demeure, comme prix de leurs oeuvres. Gustave Le Bon (1884), La civilisation des Arabes : livres I et II. 117 En ce qui concerne les juifs, et surtout les chrétiens, Mahomet, contrairement à une croyance très générale, se montre plein de tolérance et de bienveillance. Les versets suivants en sont la preuve : Point de contrainte en religion. La vraie route se distingue assez de l’erreur. (II.) Sur les pas des autres prophètes nous avons envoyé Jésus, fils de Marie, pour confirmer le Pentateuque ; nous lui avons donné l’Évangile, qui contient la direction et la lumière, il confirme le Pentateuque ; l’Évangile contient aussi la direction et l’avertissement pour ceux qui craignent Dieu. (V.) Les gens de l’Évangile jureront selon l’Évangile. Ceux qui ne jureront pas d’après un Livre de Dieu sont infidèles. (LXXIII.) Supporte avec patience les discours des infidèles, et sépare-toi d’eux d’une manière convenable. (LXXIII.) Nous avons établi pour chaque nation des rites sacrés qu’elle suit. Qu’ils cessent donc de disputer avec toi sur cette matière. Appelle-les au Seigneur, car tu es dans le sentier droit. (XII.) Certes, ceux qui croient et ceux qui suivent la religion juive, et les chrétiens et les Sabéens, en un mot quiconque croit en Dieu et au jour dernier, et qui aura fait le bien : tous ceux-là recevront une récompense de leur Seigneur ; la crainte ne descendra point sur eux, et ils ne seront point affligés. (II.) Parmi les juifs et les chrétiens, il y en a qui croient en Dieu et aux livres envoyés à vous et à eux, qui s’humilient devant Dieu et ne vendent point ses enseignements pour un vil prix. Ils trouveront leur récompense auprès de Dieu, qui est prompt à régler les comptes. N’engagez des controverses avec les hommes des Écritures que de la manière la plus honnête ; à moins que ce ne soit des méchants, dites : Nous croyons aux livres qui nous ont été envoyés ainsi qu’à ceux qui vous ont été envoyés. Notre Dieu et le vôtre sont un, et nous nous résignons entièrement à sa volonté. (XXIX.) Quant au prétendu fatalisme tant reproche aux Orientaux, et qu’on pourrait reprocher également à bien des savants modernes, je n’ai rien rencontre dans le Coran qui permette de considérer l’enseignement de Mahomet comme plus fataliste que celui de la Bible. Voici au surplus ce que j’ai pu y trouver d’essentiel sur ce point : Vous ne pouvez vouloir que ce que veut Dieu, le souverain de l’univers. (LXXXI.) Toute affaire dépend de Dieu… Quand vous seriez restés dans vos maisons (vous qui regrettez d’avoir combattu), ceux dont le trépas était écrit là-haut seraient venus succomber à ce même endroit. (III.) C’est Dieu qui vous a créés du limon et a fixé un terme à votre vie. Le terme marqué d’avance est dans sa puissance, et cependant vous doutez encore. (VI.) Chaque nation a son terme. Quand leur terme est arrivé, les hommes ne sauraient ni l’avancer ni le reculer. (VII.) Nous n’avançons ni ne reculons le terme fixé à l’existence de chaque peuple. (XXIII.) Gustave Le Bon (1884), La civilisation des Arabes : livres I et II. 118 … Il n’y a dans les cieux et sur la terre rien, qu’il soit plus petit ou plus grand qu’un atome, qui ne soit consigné dans le Livre évident. (XXXIV.) La femelle ne porte et ne met rien au monde dont Dieu n’ait connaissance ; rien n’est ajouté à l’âge d’un être qui vit longtemps, et rien n’en est retranché, qui ne soit consigné dans le Livre. (XXXV.) … Lorsque le terme fixé par Dieu arrive, nul autre ne saurait le retarder. (LXXI.) Aucun malheur n’atteint l’homme sans la permission de Dieu. Dieu dirigera le cœur de celui qui croira en lui. (LXVI.) Qui professe une plus belle religion que celui qui s’est abandonné tout entier à Dieu, qui fait le bien et suit la croyance d’Abraham ? (IV.) 2. – Philosophie du Coran, sa diffusion dans le monde Retour à la table des matières Quand on réduit le Coran à ses dogmes principaux, on voit que l’islamisme peut être considéré comme une forme simplifiée du christianisme. Il en diffère cependant sur bien des points et notamment sur un point fondamental : son monothéisme absolu. Son Dieu unique plane au sommet des choses, sans aucun entourage d’anges, de saints ou de personnages quelconques dont la vénération s’impose. L’islamisme peut revendiquer l’honneur d’avoir été la première religion qui ait introduit le monothéisme pur dans le monde. C’est de ce monothéisme pur que dérive la simplicité très grande de l’islamisme et c’est dans cette simplicité qu’il faut chercher le secret de sa force. Facile à comprendre, il n’offre à ses adeptes aucun de ces mystères et de ces contradictions si communs dans d’autres cultes, et qui heurtent trop souvent le bon sens. Un Dieu absolument unique à adorer ; tous les hommes égaux devant lui ; un petit nombre de préceptes à observer, le paradis comme récompense, si on observe ces préceptes, l’enfer comme châtiment, si on ne les observe pas. Rien ne saurait être plus clair ni moins prêter à l’équivoque. Le premier mahométan venu, à quelque classe qu’il appartienne, sait exactement ce qu’il doit croire et peut sans difficulté exposer les dogmes de sa religion en quelques mots. Pour qu’un chrétien puisse se risquer à parler de la Trinité, de la transsubstantiation ou de tout autre mystère analogue, il faut qu’il soit doublé d’un théologien versé dans toutes les subtilités de la dialectique. Cette extrême clarté de l’islamisme, jointe au sentiment de charité et de justice dont il est empreint, a certainement beaucoup contribué à sa diffusion dans le monde. De telles qualités expliquent comment des populations qui étaient chrétiennes depuis longtemps, comme les Égyptiens à l’époque de la domination des empereurs de Constantinople, ont adopté les dogmes du prophète aussitôt qu’elles les ont connus, alors Gustave Le Bon (1884), La civilisation des Arabes : livres I et II. 119 qu’on ne citerait aucun peuple mahométan qui, vainqueur ou vaincu, soit jamais devenu chrétien. Pour juger de l’utilité d’un livre religieux quelconque, ce n’est pas la valeur de ses conceptions philosophiques, généralement très faibles, qu’il faut prendre pour guide, mais bien l’influence que ses dogmes ont exercée. Examiné à ce point de vue, l’islamisme peut être considéré comme une des plus importantes religions qui aient règne sur les âmes. Il n’enseigne sans doute à ses disciples que ce que la plupart d’entre elles enseignent également : la charité, la justice, la prière, etc., mais il l’enseigne avec une telle simplicité qu’il est compris par tous. Il sait de plus faire passer dans l’âme une foi si vive, que le doute ne vient jamais l’effleurer. Son influence politique et civilisatrice fut véritablement immense. Avant Mahomet, l’Arabie se composait de provinces indépendantes et de tribus toujours en guerre ; un siècle après son apparition, l’empire des Arabes s’étendait de l’Inde à l’Espagne, et dans toutes les villes où flottait la bannière du prophète, la civilisation brillait d’un étonnant éclat. C’est qu’en effet l’islamisme est une des religions les plus compatibles avec les découvertes de la science, et une des plus aptes en même temps à adoucir les mœurs et à faire pratiquer la charité, la justice et la tolérance. La conception du bouddhisme est, au point de vue philosophique, assurément bien supé- rieure à celle de toutes les religions sémitiques ; mais pour se mettre à la portée des foules, il a dû se transformer entièrement, et sous cette forme modifiée, il est évidemment inférieur à l’islamisme. Dans l’édition papier de 1980 apparaît à la page 76 la figure # 26 Dernière page d’un ancien Coran de la Bibliothèque de l’Escurial. (Musée Espagnol). téléchargeable sur le site web : Les Classiques des sciences sociales, section Auteurs classiques : Gustave Le Bon (1841-1931) : La civilisation des Arabes (1884). Retour à la table des figures (ordre numérique sur le site web) La civilisation créée par les disciples de Mahomet eut le sort de toutes celles qui ont vécu à la surface du globe : naître, grandir, décliner et mourir. Elle a rejoint dans la poussière celles qui l’avaient précédée ; mais le temps a épargné les dogmes du prophète, et aujourd’hui leur influence est aussi vivante qu’elle le fut jamais. Alors que des religions plus anciennes perdent chaque jour de leur empire sur les âmes, la loi de Mahomet conserve toute sa puissance. L’islamisme compte aujourd’hui plus de cent millions de disciples dans le monde. Il est professé en Arabie, en Égypte, en Syrie, en Palestine, en Asie Mineure, dans une grande partie de l’Inde, de la Russie et de la Chine, et enfin dans presque toute l’Afrique jusqu’au-dessous de l’équateur. Gustave Le Bon (1884), La civilisation des Arabes : livres I et II. 120 Ces peuples divers, qui ont le Coran pour loi, sont rattachés entre eux par la communauté du langage et par les relations qui s’établissent entre les pèlerins venus tous les ans à la Mecque de tous les points du monde mahométan. Tous les sectateurs de Mahomet doivent, en effet, pouvoir lire plus ou moins le Coran en arabe : aussi, peut-on dire que cette langue est peut-être la plus répandue à la surface du globe. Bien que les peuples mahométans appartiennent à des races fort diverses, il existe ainsi entre eux des liens tellement profonds qu’il serait facile de les réunir à un moment donné sous la même bannière. La rapidité prodigieuse avec laquelle le Coran s’est répandu a toujours étonné les historiens hostiles à la religion qu’il enseigne, et ils n’ont cru pouvoir l’expliquer qu’en disant que cette propagation était le résultat de la morale relâchée de Mahomet et de l’emploi de la force ; mais il est facile de démontrer que ces explications n’ont pas le plus léger fondement. Il suffit de lire le Coran pour se convaincre que sa morale est tout aussi sévère que celles des autres religions. La polygamie y est acceptée sans doute ; mais, comme elle était déjà en usage chez tous les peuples orientaux bien avant Mahomet ; ceux qui adoptaient le Coran ne pouvaient y trouver à ce point de vue aucun avantage nouveau. L’argument tiré de l’état inférieur de la morale de Mahomet a été réfuté depuis longtemps, notamment par le savant philosophe Bayle. après avoir fait voir que les règles du prophète relatives au jeûne, à la privation de vin, aux préceptes de la morale, sont bien plus dures que celles des chrétiens, Bayle ajoute : « C’est donc se faire illusion que de prétendre que la loi de Mahomet ne s’établit avec tant de promptitude et tant d’étendue que parce qu’elle ôtait à l’homme le joug des bonnes oeuvres et des observances pénibles, et qu’elle lui permettait les mauvaises mœurs. Hottinger nous donne une longue liste des aphorismes moraux ou des apophtegmes des mahométans. On peut dire sans flatter cette religion que les plus excellents préceptes qu’on puisse donner à l’homme pour la pratique de la vertu et pour la fuite du vice sont contenus dans ces apophtegmes. » L’auteur fait remarquer ensuite que les plaisirs promis par Mahomet dans le paradis a ses disciples ne sont nullement au-dessus de ceux du paradis des chrétiens, car l’Évangile en parle « comme d’un état dont les délices surpassent tout ce que les yeux ont vu. » Lorsque nous étudierons les conquêtes des Arabes, et tâcherons de mettre en relief les causes qui ont détermine leur succès, nous verrons que la force ne fut pour rien dans la propagation du Coran, car les Arabes laissèrent toujours les vaincus libres de conserver leur religion 1. Si des peuples chrétiens se convertirent à la religion de leurs 1 Sur la tolérance des mahométans pour les juifs et les chrétiens. Nous avons vu par les passages du Coran cités plus haut que Mahomet montre une tolérance excessive et bien rare chez les fondateurs de religion pour les cultes qui avaient précédé le sien, le judaïsme et le christianisme notamment et nous verrons plus loin à quel point ses prescriptions à cet égard ont été observées par ses successeurs. Cette tolérance a été reconnue par les rares écrivains sceptiques ou croyants, qui ont eu occasion d’étudier sérieusement de près l’histoire des Arabes. Les citations suivantes que j’emprunte à plusieurs d’entre eux montreront que l’opinion que nous professons sur ce point ne nous est nullement personnelle. Les musulmans sont les seuls enthousiastes qui aient uni l’esprit de tolérance avec le zèle du prosélytisme, et qui, en prenant les armes, pour propager la doctrine de leur prophète, aient permis Gustave Le Bon (1884), La civilisation des Arabes : livres I et II. 121 vainqueurs et finirent par adopter leur langue, ce fut surtout parce que ces nouveaux conquérants se montrèrent plus équitables pour eux que ne l’avaient été leurs anciens maîtres, et parce que leur religion était d’une plus grande simplicité que celle qu’on leur avait enseignée jusqu’alors. S’il est un fait bien prouve par l’histoire, c’est qu’une religion ne s’impose jamais par la force. Lorsque les Arabes d’Espagne ont été vaincus par les chrétiens, ils ont préféré se laisser tuer et expulser jusqu’au dernier plutôt que de changer de culte. Dans l’édition papier de 1980 apparaît à la page 77 la figure # 27 Dernière page d’un ancien Coran de la Bibliothèque de l’Escurial. (Musée Espagnol). téléchargeable sur le site web : Les Classiques des sciences sociales, section Auteurs classiques : Gustave Le Bon (1841-1931) : La civilisation des Arabes (1884). Retour à la table des figures (ordre numérique sur le site web) Loin donc d’avoir été imposé par la force, le Coran ne s’est répandu que par la persuasion. Il est évident d’ailleurs que la persuasion seule pouvait amener les peuples qui ont vaincu plus tard les Arabes, comme les Turcs et les Mongols, à l’adopter. Dans l’Inde, où les Arabes n’ont fait en réalité que passer, le Coran s’est tellement répandu qu’il compte aujourd’hui plus de cinquante millions de sectateurs. Leur nombre s’élève chaque jour ; et, bien que les Anglais soient aujourd’hui les souverains du pays, bien qu’ils y entretiennent une véritable armée de missionnaires destinés à convertir au christianisme les mahométans, on ne connaît pas un seul exemple authentique de conversion ayant couronné leurs efforts. La diffusion du Coran en Chine n’a pas été moins considérable. Nous verrons dans un autre chapitre combien la propagande de l’islamisme y a été rapide. Bien que les Arabes n’aient jamais conquis la moindre parcelle du Céleste Empire les mahométans y forment aujourd’hui une population de plus de vingt millions d’individus. à ceux qui ne voulaient pas la recevoir de rester attachés aux principes de leur culte. (Robertson, Histoire de Charles-Quint.). Le Coran, qui commande de combattre la religion avec l’épée, est tolérant pour les religieux. Il a exempté de l’impôt les patriarches, les moines et leurs serviteurs. Mahomet défendit spécialement à ses lieutenants de tuer les moines, parce que ce sont des hommes de prière. Quand Omar s’empara de Jérusalem, il ne fit aucun mai aux chrétiens. Quand les croisés se rendirent maîtres de la ville sainte, ils massacrèrent sans pitié les musulmans et brûlèrent les juifs. (Michaud, Histoire des Croisades.) Il est triste pour les nations chrétiennes que la tolérance religieuse, qui est la grande loi de charité de peuple à peuple, leur ait été enseignée par les musulmans. C’est un acte de religion que de respecter la croyance d’autrui et de ne pas employer la violence pour imposer une croyance. (L’abbé Michou, Voyage religieux en Orient.) Gustave Le Bon (1884), La civilisation des Arabes : livres I et II. 122 Le reproche de fatalisme fait à la religion du prophète n’est pas plus sérieux que ceux auxquels nous avons répondu. Il n’y a rien, dans les citations relatives au fatalisme que j’ai extraites du Coran, qu’on ne trouve dans les autres livres religieux, la Bible, par exemple. Des théologiens, des philosophes, et notamment Luther, reconnaissent que le cours des choses est invariable. « Contre le libre arbitre militent tous les témoignages de l’Écrire, écrit le puissant fondateur de la réforme. Ces témoignages sont innombrables ; bien plus, ils sont l’Écriture tout entière. » La fatalité remplit les livres religieux de tous les peuples. Les anciens l’appelaient destin et l’avaient place au sommet des choses comme une puissance absolue à laquelle devaient obéir les dieux et les hommes. Les événements tracés par lui devaient toujours s’accomplir. (Oedipe essaie en vain de conjurer l’oracle qui lui a dit qu’il tuerait son père et épouserait sa mère. Il ne peut échapper à la fatalité inexorable. Mahomet ne s’est donc pas montré plus fataliste que les fondateurs des cultes qui l’avaient précédé. J’ajouterai qu’il ne s’est pas montré plus fataliste que les savants modernes qui admettent avec Laplace, suivant une idée déjà émise par Leibnitz, « qu’une intelligence qui, pour un instant donné, connaîtrait toutes les forces dont la nature est animée, et la situation respective des êtres qui la composent, si d’ailleurs elle était assez vaste pour soumettre ces données à l’analyse, embrasserait dans la même formule les mouvements des plus grands corps de l’univers et ceux du plus léger atome. Rien ne serait incertain pour elle, et l’avenir, comme le passé, serait présent à ses yeux. » Le fatalisme oriental, qui fait le fond de la philosophie des Arabes et de bien des penseurs modernes ayant un peu étudié l’envers des choses, est une sorte de résignation tranquille qui apprend à l’homme à subir sans vaines récriminations les lois du sort. Elle est beaucoup plus le résultat du caractère que des croyances. Bien avant Mahomet, les Arabes étaient fatalistes et cette conception des choses fut aussi étrangères à leur grandeur qu’elle le fut à leur décadence. Gustave Le Bon (1884), La civilisation des Arabes : livres I et II. 123 Gustave Le Bon, La civilisation des Arabes (1884) Livre deuxième: Origines de la puissance des Arabes Chapitre III Les conquêtes des Arabes 1. – Le monde à l’époque de Mahomet Retour à la table des matières Lorsque Mahomet mourut, deux grandes puissances se partageaient le monde connu : la première était l’empire romain d’Orient, qui, de Constantinople, dominait le midi de l’Europe, l’Asie antérieure et le nord de l’Afrique de l’Égypte à l’océan Atlantique ; la seconde était l’empire des Perses, dont l’action s’étendait fort loin en Asie. Quant à l’Europe, le nord et l’occident étaient la proie des Barbares, qui vivaient dans l’anarchie en se disputant les dépouilles des Romains. Épuisé par ses luttes avec les Perses et par les nombreuses causes de dissolution qu’il portait en lui, l’empire d’Orient était en pleine décadence. C’était encore un colosse, mais un colosse miné de toutes parts, et qu’un souffle devait renverser. Épuisé également par ses luttes séculaires avec l’empire d’Orient, l’empire des Perses présentait aussi des signes de profonde décadence. L’Égypte et l’Afrique supportaient avec lassitude la lourde domination qui pesait sur elles. Constantinople continuait à exploiter les peuples, mais depuis longtemps ne Gustave Le Bon (1884), La civilisation des Arabes : livres I et II. 124 les gouvernait plus. Les luttes religieuses et les perpétuelles exactions du gouvernement avaient entièrement ruiné le pays. En Europe, la situation n’était pas meilleure. L’Espagne, qui, sous la domination arabe, devait être le siège d’un si brillant empire, appartenait aux Visigoths chrétiens. Aptes à conquérir, ces derniers s’étaient montrés impuissants à civiliser. Leurs querelles religieuses les avaient forcés d’implorer l’appui de l’empereur d’Orient ; mais leurs alliés d’un jour étaient bientôt devenus des ennemis qu’il avait fallu combattre. En Italie, Rome avait perdu son ancien prestige, et le nom romain était méprisé partout : la ville éternelle obéissait à tous les Barbares qui l’envahissaient tour à tour. C’est en Syrie surtout, la première des contrées où les Arabes conquérants portèrent leurs armes, que l’anarchie était profonde. Les villes ayant échappé aux dévastations résultant des guerres perpétuelles entre les Perses et les Romains prospéraient encore, mais elles ne s’intéressaient plus qu’aux spéculations commerciales et aux controverses religieuses. Le monde finissait pour elles aux portes de la cité. Les campagnes étaient désertes. La population n’avait même plus aucune idée de patrie et obéissait au premier maître venu qui consentait à la nourrir. Avilie par des croisements avec tous les peuples asiatiques vaincus par elle, l’ancienne aristocratie des vainqueurs avait perdu toute valeur et toute influence. Lorsque nous avons eu à examiner dans notre précédent ouvrage l’action des divers facteurs qui régissent l’évolution des sociétés, nous avons rangé parmi les plus importants l’influence d’un idéal. Culte de la patrie, croyance religieuse, amour de l’indépendance, de la gloire, du peuple ou de la cité, etc., peuvent être considérés au point de vue philosophique comme des illusions ; mais ce sont ces illusions qui ont toujours mené les hommes, et c’est sous leur égide que se sont élevés les édifices politiques et sociaux qui ont abrité l’humanité jusqu’ici. La grandeur des Romains fut fondée surtout sur le culte de Rome, et Rome resta maîtresse du monde tant qu’un Romain n’hésita pas à sacrifier sa vie pour augmenter sa puissance. On pourrait caractériser d’un mot l’état des peuples gréco-romains et asiatiques quand parut Mahomet, en disant que tout idéal était mort chez eux depuis longtemps. L’amour de la patrie, le culte des anciens dieux n’avaient plus de prestige sur les âmes. Le sentiment dominant était l’amour égoïste de soi-même. Avec un mobile semblable, on ne résiste guère à des peuples prêts à sacrifier leur vie pour leurs croyances. Mahomet sut créer un idéal puissant pour des peuples qui n’en avaient pas ; et c’est en cela surtout que consiste sa grandeur. Cet idéal nouveau était sans doute, comme tous ceux qui l’avaient précédé, un vain fantôme, mais il n’y a pas de réalités aussi puissantes que de tels fantômes. Jamais les sectateurs du prophète n’hésitaient à sacrifier leur vie pour leur nouvelle croyance, parce qu’aucun bien terrestre ne leur semblait supérieur à la vie future que cette croyance leur faisait espérer. L’islamisme fut bientôt, pour tous les peuples soumis à sa loi, ce qu’avait été jadis pour les Romains la grandeur de Rome. Il donna des intérêts communs et des espé- rances communes à des populations séparées jusqu’alors par des intérêts très divers, et réussit ainsi à diriger tous leurs efforts vers un même but. Mais si la communauté des intérêts et des croyances peut suffire à amener l’homogénéité d’un peuple, elle ne suffit pas à lui donner les moyens de conquérir un Gustave Le Bon (1884), La civilisation des Arabes : livres I et II. 125 monde, alors même que ce monde se trouverait dans l’état de décadence où étaient arrivés l’empire gréco-romain et celui des Perses à l’époque de Mahomet. Bien que le colosse ne fût plus qu’une ombre, cette ombre était redoutable encore. Pour lutter contre elle avec succès, il fallait joindre aux croyances, qui dirigeaient les efforts dans un même sens, des qualités guerrières très grandes. Le courage et l’amour des combats ne manquaient pas aux Arabes, car ces qualités étaient héréditaires chez eux depuis des siècles ; le mépris de la mort leur était enseigné par la croyance nouvelle, qui leur promettait des jouissances infinies dans un autre monde ; mais l’art de la guerre leur était entièrement inconnu, et la vaillance ne le remplace pas. Les combats des Arabes entre eux n’étaient que de véritables luttes de barbares, où toute la tactique consistait à se précipiter en foule les uns contre les autres et à combattre chacun pour soi. Dans l’édition papier de 1980 apparaît à la page 80 les figures # 28 à 30 Monnaies des premiers khalifes. (Ces monnaies et les suivantes proviennent de la collection de M. Marcel.) la figure # 31 Monnaie du khalife ommiade de Damas, Echâm, 107 de l’hégire (725 J.-C.). la figure # 32 Monnaie du khalife el Mahady, 162 de l’hégire (779 J.-C.). la figure # 33 Monnaie du khalife el Mamoun, 218 de l’hégire (833 J.-C.). téléchargeables sur le site web : Les Classiques des sciences sociales, section Auteurs classiques : Gustave Le Bon (1841-1931) : La civilisation des Arabes (1884). Retour à la table des figures (ordre numérique sur le site web) Cet art de la guerre, les Perses et les Romains le possédaient encore à un très haut degré, et leurs premières rencontres avec les Arabes le firent bien voir. Les défaites des Arabes en Syrie montrèrent bientôt à ces derniers ce qui leur manquait, et ils s’instruisirent rapidement à l’école de leurs vainqueurs. Les nombreux transfuges, attirés par la foi nouvelle, servirent d’instructeurs aux disciples du prophète et leur enseignèrent la tactique, la discipline et les moyens d’attaque que ces derniers ignoraient. En quelques années ils étaient entièrement formés, et, au siège de Damas, leurs adversaires les virent avec stupeur se servir de machines aussi parfaites et aussi bien maniées que celles des Grecs. Gustave Le Bon (1884), La civilisation des Arabes : livres I et II. 126 2. – Caractère des conquêtes des Arabes Retour à la table des matières L’habileté politique que déployèrent les premiers successeurs de Mahomet fut à la hauteur des talents guerriers qu’ils surent bien vite acquérir. Dès leurs premiers combats, ils se trouvèrent en présence de populations que des maîtres divers tyrannisaient sans pitié depuis des siècles, et qui ne pouvaient qu’accueillir avec joie des conquérants qui leur rendraient la vie moins dure. La conduite à tenir était clairement indiquée, et les khalifes surent sacrifier aux intérêts de leur politique toute idée de conversion violente. Loin de chercher à imposer par la force leur croyance aux peuples soumis, comme on le répète toujours, ils déclarèrent partout vouloir respecter leur foi, leurs usages et leurs coutumes. En échange de la paix qu’ils leur assuraient, ils ne leur imposaient qu’un tribut très faible, et toujours inférieur aux impôts que levaient sur eux leurs anciens maîtres. Avant d’entreprendre la conquête d’un pays, les Arabes y envoyaient toujours des ambassadeurs chargés de propositions de conciliation. Ces propositions étaient presque partout identiques à celles que, suivant l’historien arabe El-Macyn, Amrou fit faire l’an 17 de l’hégire aux habitants de la ville de Gaza, assiégés par lui, et qui furent faites également aux Égyptiens et aux Perses. Les voici : « Notre maître nous ordonne de vous faire la guerre si vous ne recevez pas sa loi. Soyez des nôtres, devenez nos frères, adoptez nos intérêts et nos sentiments, et nous ne vous ferons point de mal. Si vous ne le voulez pas, payez-nous un tribut annuel avec exactitude tant que vous vivrez, et nous combattrons pour vous contre ceux qui voudront vous nuire et qui seront vos ennemis de quelque façon que ce soit, et nous vous garderons fidèle alliance. Si vous refusez encore, il n’y aura plus entre vous et nous que l’épée, et nous vous ferons la guerre jusqu’à ce que nous ayons accompli ce que Dieu nous commande. » La conduite du khalife Omar à Jérusalem nous montre avec quelle douceur les conquérants arabes traitent les vaincus, et contraste singulièrement avec les procédés des croisés, dans la même ville, quelques siècles plus tard. Omar ne voulut entrer dans la cité sainte qu’avec un petit nombre de ses compagnons. Il demanda au patriarche Sophronius de l’accompagner dans la visite qu’il voulut faire dans tous les lieux consacrés par la tradition religieuse, et déclara ensuite aux habitants qu’ils étaient en sûreté, que leurs biens et leurs églises seraient respectés, et que les mahométans ne pourraient faire leurs prières dans les églises chrétiennes. La conduite d’Amrou en Égypte ne fut pas moins bienveillante. Il proposa aux habitants une liberté religieuse complète, une justice impartiale pour tous, l’inviolabilité des propriétés, et le remplacement des impôts arbitraires et excessifs des Gustave Le Bon (1884), La civilisation des Arabes : livres I et II. 127 empereurs grecs par un tribut annuel fixé à 15 francs par tête. Les habitants des provinces se montrèrent tellement satisfaits de ces propositions qu’ils se hâtèrent d’adhérer au traité, et payèrent d’avance le tribut. Les Arabes respectèrent si religieusement les conventions acceptées, et se rendirent si agréables aux populations soumises autrefois aux vexations des agents chrétiens de l’empereur de Constantinople, que toute l’Égypte adopta avec empressement leur religion et leur langue. C’est là, je le répète, un de ces résultats qu’on n’obtient jamais par la force. Aucun des peuples qui avaient dominé en Égypte avant les Arabes ne l’avait obtenu. Dans l’édition papier de 1980 apparaît à la page 81 la figure # 34 Monnaie de Touloun, 157 de l’hégire (870 J.-C.). la figure # 35 Monnaie du khalife Raddy, 328 de l’hégire (933 J.-C.). les figures # 36-37 Monnaie en or du khalife fatimite Mostanser, 442 et 465 de l’hégire (1050 et 1072 J.-C.). la figure # 38 Monnaie du sultan Saladin frappée à Damas l’an 583 de l’hégire (1187 de J.-C.). Elle porte sur son revers le nom du khalife abasside de Bagdad. téléchargeables sur le site web : Les Classiques des sciences sociales, section Auteurs classiques : Gustave Le Bon (1841-1931) : La civilisation des Arabes (1884). Retour à la table des figures (ordre numérique sur le site web) Les conquêtes des Arabes présentent un caractère particulier qui les distingue de toutes celles accomplies par les conquérants qui leur ont succédé. D’autres peuples, tels que les Barbares, qui envahirent le monde romain, les Turcs, etc., ont pu fonder de grands empires, mais ils n’ont jamais fondé de civilisation, et leur plus haut effort a été de profiter péniblement de celle que possédaient leurs vaincus. Les Arabes, au contraire, ont crée très rapidement une civilisation nouvelle fort différente de celles qui l’avaient précédée, et ont amené une foule de peuples à adopter, avec cette civilisation nouvelle, leur religion et leur langue. Au contact des Arabes, des nations aussi antiques que celles de l’Égypte et de l’Inde ont adopté leurs croyances, leurs coutumes, leurs mœurs, leur architecture même. Bien des peuples, depuis cette époque, ont dominé les régions occupées par les Arabes, mais l’influence des disciples du prophète est restée immuable. Dans toutes les contrées de l’Afrique et de l’Asie où ils ont pénétré, depuis le Maroc jusqu’à l’Inde, cette influence semble s’être implantée pour toujours. Des conquérants nouveaux sont venus remplacer les Arabes : aucun n’a pu Gustave Le Bon (1884), La civilisation des Arabes : livres I et II. 128 détruire leur religion et leur langue. Un seul peuple, les Espagnols, a réussi à se débarrasser de la civilisation arabe, mais nous verrons qu’il ne l’a fait qu’au prix de la plus irrémédiable décadence. 3. – Les premiers successeurs de Mahomet Retour à la table des matières Quand Mahomet mourut, l’an 632 de l’ère chrétienne, son oeuvre n’était qu’ébauchée et des dangers de toutes sortes menaçaient de la faire disparaître pour toujours. L’unité politique de l’Arabie qu’il avait fondée n’était que la conséquence de son unité religieuse et cette unité religieuse pouvait finir avec son fondateur. Les Arabes avaient bien pu reconnaître l’autorité d’un envoyé de Dieu, mais la mission de cet envoyé étant accomplie, rien n’indiquait qu’il dût avoir un successeur. Bien des tribus avaient consenti à sacrifier leur amour de l’indépendance et leur haine de toute autorité à un prophète de Dieu, ne se sentaient nullement disposées à subir la loi de successeurs dont ce prophète n’avait jamais parlé et qui ne pouvaient prétendre exercer la même mission. Dans l’édition papier de 1980 apparaît à la page 82 la figure # 39 Autre monnaie de Saladin. la figure # 40 Monnaies du khalife el Melek-el-Kamel du commencement du XIIIe siècle. Elles portent au revers le nom du khalife abbasside de Bagdad. la figure # 41 Monnaie du sultan Beybars. téléchargeables sur le site web : Les Classiques des sciences sociales, section Auteurs classiques : Gustave Le Bon (1841-1931) : La civilisation des Arabes (1884). Retour à la table des figures (ordre numérique sur le site web) D’autres dangers plus grands encore menaçaient d’étouffer en germe l’œuvre du prophète. Plusieurs hallucinés excités par les succès de Mahomet avaient cherche, eux aussi, à se faire passer pour prophètes. L’un d’eux avait même à moitié converti Gustave Le Bon (1884), La civilisation des Arabes : livres I et II. 129 l’Yémen et, sans le dévouement de quelques fidèles qui allèrent l’assassiner, un schisme eût enlevé à l’islamisme la plus belle de ses provinces. Un autre exalté s’était borné à ajouter quelques chapitres au Coran, et son influence s’était tellement étendue qu’elle balança pendant quelque temps celle des premiers successeurs du maître. Dans l’édition papier de 1980 apparaît à la page 83 les figures # 42-50 Monnaies des Arabes d’Espagne. (Musée espagnol d’antiquités.) téléchargeables sur le site web : Les Classiques des sciences sociales, section Auteurs classiques : Gustave Le Bon (1841-1931) : La civilisation des Arabes (1884). Retour à la table des figures (ordre numérique sur le site web) L’œuvre naissante avait donc devant elle bien des obstacles. Ils ne furent surmontés que grâce au génie politique remarquable des compagnons de Mahomet. Ceux-ci choisirent pour succéder au prophète des hommes qui n’eurent pas d’abord d’autre mission que de faire respecter la loi écrite dans le Coran, de sorte que ce n’était pas à ces chefs électifs que les Arabes obéissaient en apparence, mais à un code ayant une origine divine incontestée. Les premiers successeurs du prophète, Abou Bekr (632-634), Omar (634-644), Othman (644-655) et Ali (655-660), avaient tous été compagnons de Mahomet. Ils conservèrent ses mœurs simples et sa vie austère : rien en eux n’indiquait le souverain. Abou Bekr ne laissa à sa mort que l’habit qu’il portait, le chameau qu’il montait et l’esclave qui le servait. Pendant sa vie, il ne s’était alloué que cinq drachmes par jour pris sur le trésor public pour sa subsistance. Omar, bien qu’ayant partagé entre ses soldats de riches dépouilles, portait une robe rapiécée et dormait sur les degrés des temples parmi les indigents. Ce ne fut que par transitions insensibles que les Arabes passèrent du régime démocratique au régime monarchique. Sous les premiers successeurs du prophète, l’égalité était complète : le droit était le même pour tous. Le quatrième khalife, Ali, comparut en personne devant un tribunal comme accusateur d’un individu qu’il croyait lui avoir volé une armure. Lorsque le roi chrétien des Ghassanides, converti avec ses tribus à l’islamisme, vint à la Mecque y trouver Omar après sa conversion, il frappa un Arabe qui l’avait heurté par mégarde. Sur la plainte de l’Arabe, Omar fut obligé d’appliquer la loi et d’ordonner que le prince subirait la peine du talion : « Eh quoi ! commandeur des croyants, s’écria le roi, un homme du peuple porterait la main sur le chef de tant de tribus ! – Telle est la loi de l’islam, reprit le khalife ; il n’y a devant elle ni privilèges, ni castes. Tous les musulmans étaient égaux aux yeux du prophète comme ils le sont à ceux de ses successeurs. » Gustave Le Bon (1884), La civilisation des Arabes : livres I et II. 130 Ces coutumes équitables ne se continuèrent pas longtemps, et les khalifes finirent par devenir des souverains absolus ; mais l’égalité de tous les Arabes devant le Coran a persisté jusqu’à nos jours. Le premier successeur du prophète fut Abou Bekr. Mahomet l’avait désigné une fois pour dire la prière a sa place, et cette raison fut celle qui le fit élire. L’élection donna lieu à des dissensions qui se reproduisirent à la nomination de ses successeurs. Lorsqu’il eut reçu le serment de fidélité de ses compagnons, Abou Bekr leur tint, d’après les historiens arabes, le discours suivant : « Me voici chargé du soin de vous gouverner ; si je fais bien, aidez-moi ; si je fais mal, redressez-moi ; dire la vérité au dépositaire du pouvoir est un acte de zèle et de dévouement ; la lui cacher est une trahison ; devant moi l’homme faible et l’homme puissant sont égaux ; je veux rendre à tous impartiale justice ; si jamais je m’écarte des lois de Dieu et de son prophète, je cesserai d’avoir droit à votre obéissance. » Dans l’édition papier de 1980 apparaît à la page 85 la figure # 51 Enseigne arabe des Almohades. (Musée espagnol d’antiquités.) téléchargeable sur le site web : Les Classiques des sciences sociales, section Auteurs classiques : Gustave Le Bon (1841-1931) : La civilisation des Arabes (1884). Retour à la table des figures (ordre numérique sur le site web) Abou Bekr eut d’abord à lutter contre les rivaux qui visaient au rôle de khalife, puis contre les chefs qui voulaient se soustraire au paiement des tributs imposés par le Coran. Il comprit bien vite d’ailleurs que le meilleur moyen de calmer ces dissensions était de donner aux Arabes l’occasion d’exercer au dehors leurs habitudes querelleuses et guerrières. Cette politique habile fut également celle de ses successeurs. Tant qu’elle put être appliquée, l’islam ne cessa de s’étendre. Le jour ou les Arabes n’eurent plus rien a conquérir dans le monde, ils tournèrent leurs armes contre eux-mêmes. L’ère de leur désunion commença et avec elle commença aussi l’ère de leur décadence. Leur puissance devait être détruite bien plutôt par leurs propres armes que par celles des peuples qu’ils avaient soumis. Ce fut seulement sous le deuxième successeur de Mahomet, Omar, que commencèrent les grandes conquêtes des Arabes. Ils avaient obtenu, sous Abou Bekr, plusieurs succès en Syrie ; mais nous avons dit que si leur courage était grand, leur habileté guerrière était faible. Leurs succès furent mélangés de revers jusqu’au jour où ils furent aussi instruits que leurs adversaires dans le métier des armes. Omar fut aussi habile comme général que comme administrateur. Il fut en outre d’une équité exemplaire. Gustave Le Bon (1884), La civilisation des Arabes : livres I et II. 131 Les historiens arabes mettent dans sa bouche les paroles suivantes lors qu’il monta, comme successeur du prophète, dans la chaire de Médine : « O vous qui m’écoutez, sachez bien qu’il n’y aura jamais d’homme plus puissant à mes yeux que le plus faible d’entre vous, lorsqu’il aura pour lui la justice ; et que jamais homme ne me paraîtra plus faible que le plus puissant parmi vous, s’il élève des prétentions injustes. » Dans l’édition papier de 1980 apparaît à la page 86 la figure # 52 Clefs arabes de villes et de châteaux. (Musée espagnol d’antiquités.) téléchargeable sur le site web : Les Classiques des sciences sociales, section Auteurs classiques : Gustave Le Bon (1841-1931) : La civilisation des Arabes (1884). Retour à la table des figures (ordre numérique sur le site web) Dans l’édition papier de 1980 apparaît à la page 87 la figure # 53 Casse-tête d’un prince arabe d’Égypte. Cette arme et les quatre suivantes ont été dessinées par Prisse d’Avesnes. Elles sont de style persan-arabe. téléchargeable sur le site web : Les Classiques des sciences sociales, section Auteurs classiques : Gustave Le Bon (1841-1931) : La civilisation des Arabes (1884). Retour à la table des figures (ordre numérique sur le site web) C’est avec Omar que commence en réalité l’empire des Arabes. Obligé de quitter la Syrie et de se réfugier dans Constantinople, sa capitale, l’empereur Héraclius comprit que le monde allait avoir de nouveaux maîtres. Gustave Le Bon (1884), La civilisation des Arabes : livres I et II. 132 4. – Résumé de l’histoire des Arabes Retour à la table des matières Nous allons résumer dans ce paragraphe et suivant l’ordre chronologique les principaux faits de l’histoire guerrière des Arabes pendant les huit siècles que leur civilisation a duré. Premier siècle de l’hégire. – Les premières conquêtes des successeurs de Mahomet se firent dans l’ancienne Babylonie, où dominait la Perse, et dans la Syrie, où régnait l’empereur de Constantinople, Héraclius. Commencées sous le premier successeur du prophète, qui mourut bientôt, elles furent continuées par Omar, qui entra en personne à Jérusalem. La Syrie, occupée depuis sept siècles par les Romains, leur fut enlevée en sept années. La Mésopotamie et la Perse furent bientôt soumises aux soldats d’Omar : deux mois suffirent pour renverser de son trône le dernier des Sassanides et s’emparer de l’empire tant de fois séculaire du roi des rois. À l’occident, les troupes envoyées par Omar, sous la conduite d’Amrou, poète et guerrier, obtinrent d’aussi rapides succès. l’Égypte et la Nubie furent bientôt conquises, et quand Omar mourut, en 644, l’empire arabe, né depuis vingt ans à peine, était déjà très vaste. Othman, successeur d’Omar, était plus qu’octogénaire. Il continua cependant la série des conquêtes. Ses lieutenants achevèrent de s’emparer de la Perse, portèrent leurs armes jusqu’au Caucase et commencèrent à explorer l’Inde. Le successeur d’Othman, Ali (655), gendre du prophète, fut en butte à des compé- titions qui compromirent un moment l’empire arabe. Après cinq ans de règne, il fut assassiné. Avec lui disparut la première série de ces khalifes, anciens compagnons de Mahomet, considérés comme les pères de l’islamisme. Son successeur, Moawiah (660), ouvre la série des khalifes dits Ommiades. Ces derniers transfèrent le siège du khalifat à Damas, et commencent à prendre les mœurs des souverains asiatiques. Le nouveau khalife envoya des troupes dans tout le nord de l’Afrique, dont il forma un gouvernement distinct, et ne s’arrêta qu’aux bords de l’Océan. Une flotte de douze cents barques parcourut la Méditerranée, dont elle conquit les îles, et envahit la Sicile. Constantinople fut assiégé pendant sept ans, mais inutilement. L’Oxus fut franchi, et les lieutenants du khalife portèrent sa bannière jusqu’à Samarcande. Gustave Le Bon (1884), La civilisation des Arabes : livres I et II. 133 Moawiah mourut (680) après vingt ans de règne. La dynastie fondée par lui devait durer un siècle. Les Ommiades continuèrent les conquêtes. Elles s’étendirent en Asie jusqu’aux frontières de la Chine et en occident jusqu’à l’Atlantique. En 712, les Arabes franchissent le détroit de Gibraltar, pénètrent en Espagne, réussissent à enlever cette contrée à la monarchie chrétienne des Goths et en font un grand royaume soumis pendant près de huit siècles à la puissance des Arabes. À la fin du premier siècle de l’hégire, la bannière du prophète flottait de l’Inde a l’Atlantique, du Caucase au golfe Persique, et un des plus grands royaumes chrétiens de l’Europe, l’Espagne, avait dû subir la loi de Mahomet. Dans l’édition papier de 1980 apparaît à la page 88 la figure # 54 Poignard d’un prince arabe d’Égypte. téléchargeable sur le site web : Les Classiques des sciences sociales, section Auteurs classiques : Gustave Le Bon (1841-1931) : La civilisation des Arabes (1884). Retour à la table des figures (ordre numérique sur le site web) Second siècle de l’hégire. – Le second siècle de l’hégire voit les Arabes étendre encore un peu leurs conquêtes ; mais ils s’occupent surtout d’organiser leur gigantesque empire. Ils pénètrent en Gaule jusqu’à la Loire, mais repoussés par CharlesMartel, ils ne se maintiennent que dans le midi de la France, d’où ils ne furent définitivement expulsés que par Charlemagne. Le second siècle de l’hégire fut témoin du transfèrement de la capitale de l’empire de Damas à Bagdad, ville fondée en 762 par Almanzor, et du remplacement de la dynastie des Ommiades par celle des Abbassides (752), descendants d’Abbas, oncle du prophète. Tous les Ommiades furent massacrés, sauf un rejeton, qui échappa par hasard et réussit à se créer, en 756, un khalifat indépendant en Espagne. Dès le commencement du second siècle de l’hégire, l’empire arabe avait atteint les limites qu’il ne devait plus franchir. Il s’étendait des Pyrénées et des colonnes d’Hercule jusqu’à l’Inde, des rives de la Méditerranée aux sables du désert. La plus grande partie de l’Asie obéissait aux khalifes, de l’Arabie pétrée au Turkestan, de la vallée de Kaschmir au Taurus. La Perse était asservie. Le roi de Kaboul et tous les autres chefs de la vallée de l’Indus payaient tribut. En Europe, ils Gustave Le Bon (1884), La civilisation des Arabes : livres I et II. 134 possédaient l’Espagne et les îles de la Méditerranée. En Afrique, l’Égypte et tout le nord du continent reconnaissaient leurs lois. L’ère des conquêtes est terminée, celle de l’organisation va commencer. L’activité des conquérants se tourne vers les oeuvres de la civilisation, et le règne des premiers Abbassides est l’époque de la splendeur des Arabes en Orient. Ils reprennent la culture grecque et créent bientôt une civilisation brillante où les lettres, les sciences et les arts rayonnent du plus vif éclat. Avec Haroun-al-Raschid (786-809), les arts, les sciences, l’industrie, le commerce prennent un rapide essor. Poètes, savants, artistes portent aux confins du monde la renommée du héros célèbre des Mille et une nuits. Constantinople lui paie un tribut, et Charlemagne, l’empereur d’Occident, lui envoie une ambassade. La même prospérité continue sous El Mamoun, le successeur d’Haroun. Mais les liens qui réunissaient en une seule main les races si diverses composant ce gigantesque empire étaient trop fragiles pour le maintenir longtemps uni, et nous allons le voir se séparer en fragments qui vivront chacun de leur vie propre, et où la civilisation continuera à rayonner pendant longtemps. Dès la fin du second siècle de l’hégire, les luttes qui devaient amener la séparation se manifestaient déjà. Au troisième siècle, les démembrements vont commencer. Troisième siècle de l’hégire. – Le démembrement de l’empire arabe, déjà commencé à l’une de ses extrémités par la formation du khalifat de Cordoue, se continue à l’autre par la formation, en Perse et dans l’Inde, à l’Orient de Bagdad, de plusieurs principautés. Cette capitale se trouva ainsi bientôt entourée de souverains indé- pendants. En Égypte, Touloun achète son indépendance politique et fonde une dynastie. L’Afrique est abandonnée à elle-même. L’Espagne est gouvernée par des khalifes entièrement indépendants. Quatrième siècle de l’hégire. – Le mouvement de dislocation de l’empire arabe, avec fondation de dynasties locales indépendantes, se continue. Bagdad perd son rôle de capitale, et le siège réel de l’islam est au Caire en Égypte. L’ancienne capitale des khalifes rayonne encore d’un vif éclat, mais le foyer le plus brillant de la civilisation arabe se trouve maintenant en Espagne. Les grandes universités arabes de Tolède, Grenade, Cordoue, attirent des disciples de toutes les parties du monde, y compris l’Europe chrétienne. Cinquième siècle de l’hégire. – Le cinquième siècle de l’hégire est témoin de deux événements importants : la première croisade, et l’apparition, dans le monde arabe, des Turcs Seldjoucides. Amenés primitivement du Turkestan, comme prisonniers de guerre, ces barbares, après avoir formé d’abord la garde prétorienne des khalifes de Bagdad, finissent par absorber peu à peu le pouvoir réel et ne laisser à ces derniers qu’une puissance apparente. après avoir réussi à s’emparer du gouvernement de toutes les contrées avoisinant Bagdad, ils vont mettre le siège devant Constantinople, Gustave Le Bon (1884), La civilisation des Arabes : livres I et II. 135 s’emparent de la Syrie et substituent leur fanatisme à la tolérance des Arabes. Le culte chrétien est prohibé, les pèlerins persécutés. L’Europe, qu’effrayaient depuis longtemps les progrès des mahométans, finit par s’émouvoir. Les exhortations de Pierre l’Ermite, l’appel du pape Urbain II provoquent la formation de la première croisade (1095). Toute une génération de chrétiens se précipite sur la Palestine et s’en empare. Godefroy de Bouillon fonde l’éphémère royaume chrétien de Jérusalem. Dans l’édition papier de 1980 apparaît à la page 89 la figure # 55 Lance d’un prince arabe d’Égypte. téléchargeable sur le site web : Les Classiques des sciences sociales, section Auteurs classiques : Gustave Le Bon (1841-1931) : La civilisation des Arabes (1884). Retour à la table des figures (ordre numérique sur le site web) Le même siècle vit également les Sarrazins expulsés de la Sicile et quelques triomphes des chrétiens en Espagne. La prise de Tolède par Alphonse de Castille est le début de la conquête qui ne devait être réalisée qu’après quatre siècles d’efforts. Sixième siècle de l’hégire. – Les premiers succès des chrétiens en Orient avaient stimulé leur courage, et une seconde croisade (1147) avait été prêchée contre l’islam. Comme toutes celles qui vont la suivre, elle se termina par des désastres. Le fameux sultan d’Égypte, Saladin, envahit la Palestine, expulse entièrement les chrétiens, et malgré une troisième croisade (1189), dirigée par Frédéric Barberousse, Philippe Auguste et Richard Cœur de Lion, il reste maître de la ville sainte. Septième siècle de l’hégire. – Le septième siècle vit encore plusieurs croisades dirigées contre l’islam, mais toutes tournèrent à l’entière confusion de l’Europe. Dans la quatrième (1202), au lieu de s’en prendre aux mahométans, les croisés pillent Constantinople, qui appartenait aux chrétiens, et y fondent un empire latin d’Orient, qui eut encore moins de vie que celui de Jérusalem. Les quatre dernières croisades ne sont pas plus heureuses. Fait prisonnier à la septième, saint Louis dut payer une rançon élevée ; à la huitième, il mourut de la peste sous les murs de Tunis dont il s’imaginait convertir le gouverneur. Cette huitième croisade fut la dernière : le monde chrétien comprit qu’il n’était pas encore assez puissant pour refouler les mahométants et renonça à conquérir la Gustave Le Bon (1884), La civilisation des Arabes : livres I et II. 136 Palestine. Le symbole de l’islamisme continua à dominer les lieux saints et les domine encore. Pendant que les Arabes soutenaient contre les chrétiens de l’Occident les luttes dont ils sortaient complètement vainqueurs, un ennemi autrement redoutable que les croisés se levait à l’extrême Orient. Des plateaux de la Tartarie, des flots de Mongols, conduits par Gengis Khan, se précipitaient sur l’Asie, et, après avoir successivement envahi la Chine, la Perse et l’Inde, s’emparaient en 1258 de Bagdad, et mettaient fin à cette dynastie des Abbassides qui durait depuis cinq cents ans. Dans l’édition papier de 1980 apparaît à la page 90 les figures # 56-57 Haches d’un prince arabe d’Égypte. téléchargeables sur le site web : Les Classiques des sciences sociales, section Auteurs classiques : Gustave Le Bon (1841-1931) : La civilisation des Arabes (1884). Retour à la table des figures (ordre numérique sur le site web) Aussi barbares que les Turcs, les Mongols se distinguaient d’eux, cependant, en ce qu’ils étaient aptes à recevoir un certain degré de culture. Ils n’auraient pu, comme les Arabes, fonder une civilisation nouvelle, mais ils surent adopter celle de leurs vaincus. L’Orient cessa d’être régi par des dynasties arabes, mais leur civilisation continua à y régner. Refoulée par ces conquérants, leur puissance se concentra en Égypte et en Espagne. Dans l’édition papier de 1980 apparaît à la page 91 la figure # 58 Casque d’un prince arabe d’Égypte (style persan-arabe). téléchargeable sur le site web : Les Classiques des sciences sociales, section Auteurs classiques : Gustave Le Bon (1841-1931) : La civilisation des Arabes (1884). Retour à la table des figures (ordre numérique sur le site web) Gustave Le Bon (1884), La civilisation des Arabes : livres I et II. 137 Huitième siècle de l’hégire. – Le huitième siècle de l’hégire est rempli par la lutte des Turcs et des Mongols, qui se disputent les anciennes possessions des Arabes en Orient. Pour ces derniers, l’heure de la décadence a sonné. Neuvième siècle de l’hégire. – Le neuvième siècle de l’hégire fut témoin de la chute complète de la puissance et de la civilisation des Arabes en Espagne, ou ils régnaient depuis près de huit cents ans. En 1492, Ferdinand s’empara de Grenade, leur dernière capitale, et commença les expulsions et les massacres en masse que continuèrent ses successeurs. Trois millions d’Arabes furent bientôt tués ou chassés, et leur brillante civilisation, qui rayonnait depuis huit siècles sur l’Europe, s’éteignit pour toujours. Le neuvième siècle de l’hégire marque la fin de l’empire des Arabes comme puissance politique. Ce ne fut que par leur religion, leur civilisation et leur langue qu’ils continuèrent à jouer un grand rôle en Orient. Les peuples qui avaient vaincu les Arabes comme autrefois les Barbares vainquirent les Romains, tentèrent de continuer leur oeuvre, et c’est au nom du Coran que le croissant remplaça la croix grecque à Constantinople, et fit trembler le monde chrétien. Mais si les Turcs étaient des guerriers habiles, ils n’avaient pas les qualités qui permettent à un peuple de s’élever à la civilisation. Loin de faire progresser l’œuvre de leurs vaincus, ils ne purent même pas profiter de l’héritage qui leur avait été légué. « L’herbe ne pousse plus sur la terre que le Turc a foulé, » disent les Arabes. Elle n’y poussa plus, en effet, et nous verrons au cours d’un autre chapitre dans quelle décadence tomba bien vite l’ancien empire des Arabes entre les mains de ses nouveaux maîtres. Fin du deuxième livre : “ Les origines de la civilisation arabe ”